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Crash de l'A320: les premières certitudes, et les interrogations

Plusieurs heures après le drame, la thèse de l'accident est privilégiée par Lufthansa, la maison-mère de la compagnie Germanwings, qui a perdu ce mardi dans un terrible crash un Airbus A320 dans le département français des Alpes-de-Haute-Provence. Mais des zones d'ombre ont émergé.

Plusieurs heures après le drame, la thèse de l'accident est privilégiée par Lufthansa, la maison-mère de la compagnie Germanwings, qui a perdu ce mardi dans un terrible crash un Airbus A320 dans le département français des Alpes-de-Haute-Provence. Mais des zones d'ombre ont émergé. - Anne-Christine Poujoulat - AFP

Plusieurs heures après le drame, la thèse de l'accident est privilégiée par Lufthansa, la maison-mère de la compagnie Germanwings, qui a perdu ce mardi dans un terrible crash un Airbus A320 dans le département français des Alpes-de-Haute-Provence. Mais des zones d'ombre demeurent.

"Un accident". A l'heure actuelle ce mardi soir, c'est le seul mot qui revenait officiellement pour évoquer la tragédie du crash de l'Airbus A320 de la compagnie Germanwings, qui s'est déroulée dans les montagnes des Alpes-de-Haute-Provence. Un drame qui a coûté la vie à au moins 150 personnes, selon toute vraisemblance.

Ce terme, c'est la compagnie aérienne qui l'utilise. Selon la Lufthansa, qui possède la filiale low-cost endeuillée, toute autre théorie serait de la spéculation, d'après une responsable de l'entreprise qui s'exprimait depuis Barcelone, où a décollé l'avion. D'autres sources, en France notamment, se montrent beaucoup plus prudentes. Que savons-nous vraiment, alors que l'enquête ne fait que commencer, et qu'une seule des deux boîtes noires a été retrouvée? Eléments de réponse.

> "Aucune hypothèse ne peut bien sûr être écartée"

"A ce stade nous considérons qu'il s'agit d'un accident et toute autre chose relèverait de la spéculation", a déclaré Heike Birlenbach, vice-présidente de Lufthansa pour les ventes et services en Europe. Une affirmation que s'est refusé de prononcer de son côté le Premier ministre français, Manuel Valls: 

"Aucune hypothèse ne peut bien sûr être écartée", a martelé le chef du gouvernement.

> Une chute soudaine inexpliquée

Cette prudence, le procureur de la République de Marseille, Brice Robin, saisi de l'affaire, l'a également invoquée, ce mardi soir en direct sur BFMTV. "Il est trop tôt, bien sûr, pour donner les causes de l'accident", a-t-il expliqué. "La seule chose que nous savons c'est que cet avion a perdu de l'altitude très rapidement, alors qu'il était à 10.000 voire 12.000 mètres d'altitude, et qu'il s'est retrouvé à 2000 mètres avant de percuter la montagne à environ 1500 mètres", a détaillé le procureur.

"Cette perte d'altitude rapide de cet avion est pour l'instant inexpliquée, et dès qu'elle a commencé il n'y a pas eu de contact radio", a précisé Brice Robin. "Les contrôleurs aériens ont tenté d'entrer en contact par radio" avec l'A320 "et n'ont pas eu de réponse".

> Un choc d'une violence inouïe, et le silence

Invité de BFMTV, Jean-Claude Bück, ancien pilote de ligne et commandant de bord chez Air France, s'est dit impressionné par les images du crash. "L'avion s'est littéralement pulvérisé", a-t-il commenté sur notre antenne. "De ce qu'on nous montre, on ne voit que des petits morceaux, c'est très, très impressionnant." Et ce qui dénote d'un choc d'une violence inouïe. 

Mais ce qui étonne plus particulièrement ce spécialiste, ce sont les témoignages recueillis non-loin des lieux de l'accident, par BFMTV, notamment. "Ils disent qu'ils ont vu l'avion passer, mais aucun ne dit s'ils ont entendu ou non le bruit des moteurs. C'est un élément intéressant, si les moteurs étaient arrêtés, ce serait déjà une avancée", a-t-il expliqué.

D'un point de vue technique, il a également été annoncé que l'A320 de Germanwings, l'un des plus vieux encore en service, avait été totalement révisé en ce mois de mars.

> Une trajectoire qui serait restée rectiligne

L'avion a-t-il pu exploser en vol? Jean-Claude Bück n'est pas de cet avis. "Je pense que ce n'est pas le cas, car d'après ce que l'on sait la trajectoire de l'avion n'était pas du tout erratique, il est descendu à une vitesse qui n'est pas affolante, en gros aux environs de 3000 pieds par minute, ce qui correspond à un atterrissage standard", a encore éclairé cet expert.

Par ailleurs, "la trajectoire" de l'appareil "semblait relativement rectiligne", a ajouté l'ancien pilote de ligne. "Ce qui semble dire que l'avion a été pilotée jusqu'au bout", avance-t-il. Reste à savoir par qui? "S'agit-il du pilote ou du pilote automatique, ça, il est impossible de le savoir pour l'instant."

> Pourquoi n'y a-t-il pas eu de signal de détresse?

Consultant en aéronautique pour BFMTV, Gérard Feldzer a expliqué qu'en cas d'urgence, les pilotes sont souvent amenés à faire d'autres tâches pour tenter de sauver leur appareil, et n'ont pas forcément le temps d'activer les signaux de détresse.

A ce titre, Jean-Claude Bück apporte quelques précisions: "Quand il arrive quelque chose d'anormal, la règle d'or c'est de maintenir la trajectoire, et ensuite d'analyser la situation. En fonction des cas de figure, il peut y avoir toute une liste de choses à faire avant de pouvoir lancer l'alerte."

> Un travail difficile ce mercredi, mais des réponses?

Comme annoncé en fin d'après-midi mardi, la première des deux boîtes noires de l'appareil a été retrouvée. Un élément clé qui pourrait permettre aux enquêteurs du Bureau d'enquêtes et analyses (BEA) d'apporter très rapidement des informations fondamentales.

D'après le procureur de Marseille, cet objet était en route pour Paris dans la soirée, et selon les informations de BFMTV, la boîte noire en question est celle qui contient les échanges du cockpit de l'appareil, la CVR (pour Cockpit Voice Recorder). Quant à la DFDR, l'autre boîte noire, qui enregistre elle toutes les données de vol, elle était encore activement recherchée. Un travail de fourmi, sur une zone montagneuse difficile d'accès, qui s'étalerait sur environ 2 hectares. Et qui pourrait être compliqué par les conditions météorologiques attendues ce mercredi.

Un nouveau point sur l'enquête, mené par le procureur de la République de Marseille, est prévu ce mercredi à 11 heures.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV