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Affaire Grégory: pourquoi il n'y a pas prescription

La prescription est repoussée à chaque nouvel acte d'enquête.

La prescription est repoussée à chaque nouvel acte d'enquête. - AFP

Voilà près de 33 ans que l'enquête est ouverte. Le 16 octobre 1984, le corps de Grégory Villemin, 4 ans, était découvert dans la Vologne, dans les Vosges. Plusieurs personnes ont été soupçonnées du crime, de nouvelles investigations ont été menées au fil des années, rendant pour le moment impossible la clôture de ce dossier.

Cela va bientôt faire 33 ans que policiers, gendarmes, magistrats tentent de découvrir la vérité autour du meurtre de Grégory Villemin. Le 16 octobre 1984, quelques heures après le signalement de sa disparition, le corps de l'enfant est découvert dans la Vologne, une rivière des Vosges. Depuis, l'enquête ne cesse de connaître des rebondissements. Le dernier en date: le placement mercredi en garde à vue de trois membres de la famille de la jeune victime.

Ces interpellations sont le fruit d'analyses minutieuses et notamment d'expertises graphologiques. Les enquêteurs pourraient être sur la piste du corbeau qui avait menacé la famille Villemin pendant des années, avant d'adresser un courrier parlant du meurtre de Grégory. Un crime motivé par un esprit de vengeance. Si ces auditions menées par les hommes de la section de recherche de la gendarmerie de Dijon débouchaient sur des aveux ou sur la mise en évidence d'indices graves ou concordants contre un des gardés à vue, un procès pourrait se tenir.

Un délai de prescription repoussé

Car 33 ans après les faits, le délai de prescription court jusqu'en 2018. Un délai exceptionnel en matière judiciaire, rendu possible par la loi: à chaque fois qu'un magistrat engage de nouveaux actes, la prescription est repoussée. La dernière fois, c'était en 2008. "Le procureur général du tribunal de grande instance de Bordeaux avait, à la demande des parents de Grégory, accepté de faire de nouvelles analyses ADN, notamment sur le pantalon de l’enfant", se rappelle Dominique Rizet, note spécialiste police-justice.

A cette époque, le délai de prescription en matière criminelle était de 10 ans. Jean-Marie et Christine Villemin avaient motivé leur demande d'acte l'évolution de la science concernant les analyses ADN. Une loi adoptée le 16 février dernier a repoussé ce délai - ou ce "mode d’extinction d’un droit résultant de l’inaction de son titulaire pendant un certain laps de temps" - à 20 ans. "La loi n'est pas rétroactive, donc on reste dans le cadre des dix ans", précise Dominique Rizet.

Espoir

A la mort du petit garçon, Bernard Laroche, le cousin de Jean-Marie Villemin, est accusé du meurtre sur la base d'un témoignage. Sa belle-sœur, alors adolescente, était revenue sur ses déclarations. Bernard Laroche avait été libéré puis tué d'un coup de fusil par son cousin. En 1985, les policiers, qui avaient pris la suite des gendarmes dans ce dossier, avaient alors soupçonné Christine Villemin. Mise en examen, elle bénéficiera d'un non-lieu neuf ans plus tard. En 2008, les parents de Grégory demandent de nouvelles analyses sur l'ADN présent sur une partie d'un timbre collé à une lettre envoyée par le corbeau.

Trente-trois ans plus tard, Jean-Marie et Christine Villemin, qui ont quitté les Vosges pour la région parisienne, ont toujours espoir de découvrir la vérité sur la mort de leur petit garçon. "Jamais, ils n’ont désespéré de voir évoluer cette affaire dans le sens de la vérité qu’ils attendent avec intensité", confie Me Marie-Christine Chastant-Morand. "On sait depuis le début que le cœur de l’affaire est intra-familial", conclut l'avocate.

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- © Emeline Gaube / BFMTV.com
Justine Chevalier