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Affaire Gregory: "AnaCrim", le logiciel qui relance l'enquête

Trois personnes se trouvent jeudi matin en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur la mort de Grégory Villemin, assassiné en 1984. Les avancées technologiques sont notamment à l'origine de ce nouveau rebondissement dans cette affaire qui bouleverse la France depuis près de 33 ans.

Les enquêteurs ont-ils mis la main sur le corbeau qui harcelait la famille Villemin et qui a revendiqué la mort du petit Grégory, 4 ans, en 1984? Depuis mercredi trois personnes ont été placées en garde à vue. Il s'agit du grand oncle, de la grande tante et de la tante de l'enfant retrouvé mort dans la Vologne. Les grands-parents paternels de l'enfant ont été entendus comme témoins dans la journée avant d'être relâchés.

Depuis 33 ans, les rebondissements dans cette affaire ont été nombreux. Le dernier en date repose sur des études graphologiques. Car cette enquête est guidée par les témoignages, les révélations mais aussi des progrès technologiques en matière d'enquête. Et notamment "AnaCrim", le super logiciel mis à la disposition du Service central du renseignement criminel (SCRC) et des sections de recherche de gendarmerie.

Vision globale d'une affaire

Ce logiciel a été mis à la disposition des gendarmes, il y a une dizaine d'années, pour résoudre les affaires complexes ou les "cold cases", ces affaires criminelles jamais résolues. Il a pour objet de rassembler tous les éléments ou indices, recueillis sur le terrain ou lors des auditions, d'une enquête quelque soit leur nature: personnes, lieux, événements, photos, documents... L'application analyse tout et permet alors de créer des liens, des relations, des similitudes entre toutes les entrées ou des contradictions. 

"En mettant en face des interrogatoires, en regardant si les heures qui sont signalées à tel ou tel moment sont bien les bonnes, tout ça c'est que permet l'informatique avec une bien meilleure puissance que le cerveau humain et donc éventuellement de nouvelles déductions qui s'en suivraient", détaille Matthieu Aron, directeur adjoint de la rédaction de L'Obs, qui a suivi pendant longtemps l'affaire Grégory.

Dans l'enquête du meurtre de l'enfant, les suspects se sont multipliés depuis 33 ans. Grâce à AnaCrim, les enquêteurs ont un aperçu large du dossier quelque soit la masse d'informations: "Il permet d'avoir une vision globale de la procédure et de distinguer la logique qui se dessine au travers de la commission d'un fait criminel ou délictuel", explique au Parisien le colonel Didier Berger, chef du Bureau des affaires criminelles (BAC) de la gendarmerie. 

Nouvelles stratégies d'auditions

Les pistes d'enquête vont ainsi être prioriser, les indices, même les plus infimes, analysés. Une fois les hypothèses de travail établies, les enquêteurs vont pouvoir mettre en place de nouvelles stratégies d'auditions. "Le retravail du dossier sur la base des contradictions font ressortir des éléments qui peuvent mettre en difficulté tel ou tel témoin qui aurait menti et l'obliger cette fois-ci à dire la vérité", estime Didier Seban, avocat pénaliste. Une technique si utile que tous les grands services d'enquête européens se sont dotés d'un tel outil.

Selon nos informations, le placement en garde à vue à Dijon des époux Jacob et de Ginette Villemin a été motivé par des comparaisons d’écriture, menées grâce aux évolutions technologiques les plus récentes, qui ont offert un intérêt plus marqué. Le travail du Service central du renseignement criminel a également permis de reconstituer la chronologie des jours précédant et suivant le crime, de façon à positionner dans l’espace et dans le temps l’ensemble des témoins et des éléments qui sont alors apparus intéressants. Suffisant pour éclaircir les zones d'ombre de cette enquête?

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- © Emeline Gaube / BFMTV.com
Justine Chevalier