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Affaire Benalla: un syndicat de police, partie civile dans le dossier, demande son dépaysement

Alexandre Benalla devant la commission d'enquête du Sénat.

Alexandre Benalla devant la commission d'enquête du Sénat. - Bertrand GUAY / AFP

Le syndicat Vigi police soupçonne les juges parisiens de liens avec l'Elysée et réclame le dépaysement de la procédure sur l'affaire Benalla vers une autre juridiction que le tribunal de grande instance de Paris.

Le syndicat Vigi police, partie civile dans l’affaire Benalla, a déposé ce jeudi une demande de dépaysement de l'intégralité du dossier. Le syndicat dénonce en effet de multiples irrégularités et "dysfonctionnements" dans la procédure. Il fait notamment valoir les liens entre les juges parisiens et l’Elysée, et réclame que la procédure soit traitée par d'autres magistrats:

"Il semblerait que des membres du gouvernement soient intervenus dans la procédure de nomination du nouveau procureur de la République de Paris (...) Le premier ministre aurait pour sa part assumé auprès d’un média 'être intervenu', avec le président de la République, dans la nomination de Rémy Heitz, voulant 'être certain' qu’il serait 'parfaitement à l’aise' avec le nouveau procureur de Paris", écrit le syndicat dans sa demande adressée à la procureure générale de Paris, que BFMTV a pu consulter.

Pour une procédure "traitée sereinement"

Avant de poursuivre:

"Il est permis de penser que le fait que le procureur de la République ne permette pas aux magistrats instructeurs d’enquêter sur ces faits a pour objectif d’éviter que des investigations approfondies et complètes soient réalisées dans le cadre de ce dossier".

Le syndicat Vigi police regrette également dans son courrier que l'accès au dossier d'instruction de l'affaire Benalla lui ait été refusé cinq mois durant, malgré le fait que ce dernier soit partie civile, rendant impossible pour lui "d'avoir connaissance des éléments de la procédure".

Les cas Strzoda et Emelien

Autre anomalie soulevée par le syndicat, le fait que Patrick Strzoda, directeur de cabinet de la présidence de la République, ait paru informé de la convocation à venir d’Alexandra Benalla dans l’affaire des passeports diplomatiques. Ce dernier avait en effet déclaré devant la Commission des Lois du Sénat le 16 janvier dernier, qu'Alexandre Benalla serait entendu par le parquet dans « les prochaines heures ». Ce qui s’était bel et bien déroulé comme tel.

De même que Vigi police explique avoir déposé le 27 août 2018 une demande d'acte pour qu'Ismaël Emelien, conseiller spécial d'Emmanuel Macron qui a détenu un temps les bandes de vidéosurveillance frauduleusement transmises à Alexandre Benalla par des policiers, soit lui aussi auditionné. Une demande à laquelle n'ont jamais répondu les magistrats instructeurs.

"Il est impossible que cette procédure soit traitée sereinement et il est impératif qu’elle soit renvoyée vers une autre juridiction", conclut finalement Vigi police.

Le parquet général a désormais 10 jours pour répondre à cette demande et trancher.

Alexandra Gonzalez avec Manon Fossat