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Canular "homophobe" dans TPMP: la polémique a fait battre le record de plaintes du CSA en 2017

Au total, le CSA a enregistré 39.000 plaintes concernant la blague jugée homophobe dans "Radio Baba"

Au total, le CSA a enregistré 39.000 plaintes concernant la blague jugée homophobe dans "Radio Baba" - Joel Saget - AFP

Près de 90.000 plaintes auront été enregistrées par le CSA en 2017. Un record dû en grande partie à une séquence d'une émission de Cyril Hanouna qui a fait couler beaucoup d'encre. Retour sur une controverse sans précédent.

C'est sans aucun doute l'une des polémiques qui aura le plus marqué l'année 2017, et les chiffres en témoignent. Comme l'a indiqué la Conseil supérieur de l'audiovisuel à l'AFP ce mercredi, le régulateur a enregistré un nombre record de plaintes dans les 12 derniers mois. Près de 90.000 signalements ont été enregistrés, dont près de la moitié en réaction au canular jugé homophobe de Cyril Hanouna.

En effet, cette séquence diffusée le 18 mai dernier sur C8 lors du prime TPMP: Radio Baba a entraîné à elle seule 39.000 plaintes au CSA. Soit plus que le nombre total de plaintes enregistrées en 2016 (38.000) et en 2015 (9.000). Quelques minutes d'antenne qui ont déclenché une tempête d'indignations, allant du Web à l'Élysée, et de très lourdes retombées pour la chaîne de la TNT. 

Piège et mimiques

Rappel des faits: durant la séquence Baba Hotline, diffusée en deuxième partie de soirée, Cyril Hanouna se prête à un canular téléphonique visant des hommes homosexuels. Après la diffusion d'une fausse petite annonce, l'animateur reçoit en direct les coups de téléphone de plusieurs hommes qui pensent s'adresser à un potentiel partenaire sexuel.

Tout en mimique stéréotypée, la voix anormalement haut-perchée, Cyril Hanouna leur répond sous une fausse identité et les encourage à lui tenir des propos salaces. Le malaise palpable qui s'installe sur le plateau fait office d'avant-goût d'une tempête médiatique que l'équipe n'avait probablement pas vu venir.

Entre "erreur" et "acharnement médiatique"

Dès le lendemain matin, les réactions indignées se multiplient sur les réseaux sociaux. Pas moins de 5.000 signalements sont déposés auprès du CSA en 24 heures, obligeant l'animateur à réagir. Dans le numéro suivant de TPMP, il fait intervenir deux responsables d'associations de lutte contre l'homophobie. Tout en se défendant des accusations qui pèsent sur lui, Cyril Hanouna reconnaît avoir "commis une erreur". Mais le mal est fait et la polémique ne fait que prendre de l'ampleur. 

Dans les jours qui suivent, les plaintes déposées auprès du CSA ne cessent de grimper. Le 22 mai, un record absolu est battu avec 20.000 signalements enregistrés. L'animateur fait un mea culpa un peu plus appuyé: il admet de nouveau son "erreur" dans son émission et exprime son désir de "permettre de faire avancer le combat". Sans jamais perdre de vue la dénonciation d'un "acharnement médiatique" dont il estime faire l'objet.

Contre-attaque de C8

Mais la machine est lancée. La presse internationale s'empare de l'affaire tandis que Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, se dit "choqué"

L'affaire prend encore de l'ampleur lorsqu'un membre de l'association Le Refuge affirme à France Info que l'une des victimes du canular a été "virée" de chez elle après sa diffusion. Une enquête de Buzzfeed News remet en cause cette version des faits. H20, la société de production de Cyril Hanouna, déposera trois plaintes pour diffamation, dénonciation calomnieuse et diffusion de fausses nouvelles. L'un d'entre elles est classée sans suite en juin.

Soulèvement populaire et retombées financières

Alors que le CSA en est encore à recueillir les plaintes, plusieurs utilisateurs de Twitter interpellent les marques qui diffusent leurs publicités sur C8 durant Touche pas à mon poste. Ils sont nombreux à les encourager à lâcher l'émission... et obtiennent gain de cause.

Un grand nombre d'annonceurs indiquent avoir retiré leurs publicités de cette case horaire. PSA, Chanel et Disneyland, tout comme Décathlon et Orange: au 22 mai, ils sont une vingtaine de groupes à avoir annoncé la suspension de leurs spots. À cette même période, Cyril Hanouna menace d'attaquer le CSA, avant de renoncer, par "souci d'apaisement".

Coutumier du fait

Alors que Cyril Hanouna et C8 se débattent avec cette polémique qu'ils n'arrivent pas à calmer ils font l'objet d'une sanction du CSA pour deux séquences polémiques remontant à 2016. À cause d'un canular morbide joué aux dépens d'un chroniqueur et d'un jeu durant lequel Cyril Hanouna avait posé la main d'une collègue sur son entrejambe (au-dessus du pantalon), aucune publicité ne sera diffusée pendant Touche pas à mon poste durant trois semaines au mois de juin. 

Après des semaines de polémique, le CSA annonce sa sanction concernant la séquence jugée homophobe fin juillet. Le régulateur réclame 3 millions d'euros à C8, déjà très fragilisée. Très vite, la chaîne annonce que des recours seront "bien entendu lancés". Et d'après Puremédias, elle a tenu parole. Le site rapportait en octobre que la chaîne avait déposé deux recours devant le Conseil d'État afin de faire annuler les trois semaines sans publicité. Toujours selon le site, C8 a envoyé une lettre au CSA en juin, réclamant 13,6 millions d'euros pour indemniser les trois semaines sans publicité. Par ailleurs, la chaîne contesterait également l'amende de 3 millions d'euros. 

Si Cyril Hanouna n'a eu de cesse de combattre les soupçons d'homophobie qui pèsent sur lui, la chaîne semble avoir retenu la leçon. Dès l'été, l'animateur annonçait un changement significatif de ligne éditorial, avec plus de place pour l'information média. En septembre, Touche pas à mon poste a opéré son retour avec un clip prônant la tolérance, porté par une équipe de chroniqueurs repensée.

B.P.