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Rencontre avec John Knoll, superviseur des effets visuels de Star Wars, Avatar et Mission Impossible

Star Wars: La Menace fantôme

Star Wars: La Menace fantôme - Lucasfilm

Co-créateur de Photoshop et superviseur des effets visuels d’Avatar, Star Wars, Pirates des Caraïbes et Mission Impossible, John Knoll est à Paris cette semaine pour une masterclass. Il retrace pour BFMTV.com son parcours.

Son nom ne vous dit rien. Pourtant, John Knoll est l’un des inventeurs, avec son frère Thomas, d’Adobe Photoshop. Outre le célèbre logiciel de retouche, ce superviseur des effets visuels à Industrial Light & Magic (ILM) a travaillé sur les blockbusters les plus importants des trente dernières années.

D’Abyss à Avatar en passant par la seconde trilogie de Star Wars, Pirates des Caraïbes et Mission Impossible, cet Américain de 56 ans est à Paris cette semaine pour assister au 5e Paris Image Digital Summit d'Enghien-les-Bains (Val-d'Oise) où il donnera une master class vendredi 1er février à 19h.

De Michael Jackson à Eddie Murphy

Comme pour beaucoup de personnes de sa génération, tout commence en 1977. "J’ai voulu faire ce métier principalement à cause de l’impact que Star Wars a eu sur moi quand j’étais enfant", se souvient-il. Le rêve devient réalité lorsqu’il est engagé à 24 ans, en 1986, chez ILM, la société d’effets spéciaux de George Lucas.

Captain EO
Captain EO © Disney

Deux mois après son arrivée, il décroche un poste sur Captain EO, le court-métrage que tourne Francis Ford Coppola avec Michael Jackson pour Disneyland. "Je m’occupais des champs d’étoiles, des explosions et de tout ce dont ils avaient besoin en animation", dit-il, précisant qu’il n’a pas eu la chance de travailler avec le "King of Pop".

John Knoll enchaîne rapidement avec Golden Child: L'Enfant sacré du Tibet, une comédie avec Eddie Murphy qui lui laisse peu de souvenirs, puis avec plusieurs films marquants des années 1980 comme L’Empire du soleil de Steven Spielberg (1987), L'Aventure intérieure de Joe Dante (1987) et Willow de Ron Howard (1988).

En 1989, il participe en tant que superviseur des effets spéciaux à Abyss de James Cameron, ambitieux long-métrage où une équipe de chercheurs découvre au fond de l'océan une mystérieuse espèce extraterrestre:

"J’avais en réalité le titre de graphiste sur le film", rectifie-t-il. "C’était les débuts des effets numériques sur les ordinateurs. J’ai travaillé sur le personnage du 'Pseudopod', cette espèce de grande tentacule liquide. On était huit dans notre équipe. C’était tout nouveau et on a cassé notre logiciel pour réussir les effets."

De Photoshop à Tom Cruise

Un an après Abyss, Knoll lance Photoshop avec son frère. "J’étais uniquement opérateur lorsque l’on a commencé à travailler sur Photoshop. Cela m’a beaucoup aidé à me sentir plus à l’aise avec les effets numériques et à mieux les comprendre. Au cours de la production d’Abyss, j’ai été transféré dans l’équipe qui gérait les effets visuels pour les chapeauter. Abyss a été le premier long-métrage à utiliser Photoshop."

Depuis, John Knoll a travaillé sur deux volets de la franchise Mission Impossible, celui de Brian de Palma en 1996, puis celui de Brad Bird en 2011. Dans le premier, il a supervisé plusieurs séquences devenues cultes: la course-poursuite de l’hélicoptère et du train dans le tunnel sous la Manche, la scène du début où Tom Cruise enlève son masque et la séquence haletante de l’infiltration de la CIA où Jean Reno regarde son couteau tomber au ralenti.

"C’était très amusant à faire. Pour le masque, on a tourné deux séquences séparément. On filmait d’abord la scène où il porte le masque collé sur son visage et il faisait semblant de l’enlever. Puis, on filmait avec un autre masque qui tenait moins bien pour qu’il puisse l’enlever. C’était la première étape. Ensuite, on utilisait le morphing pour mêler les deux images."

"Comme si les personnages s’envolaient au paradis"

Fan de Star Wars, John Knoll a pu travailler au milieu des années 1990 sur les éditions spéciales de la trilogie originale, où George Lucas a revisité certains effets qu’il jugeait datés. Une décision décriée par les fans.

"J’ai des sentiments mitigés [à ce propos]", répond John Knoll. "Pour moi, c’était surtout une opportunité de travailler avec de nouveaux outils plus performants. J’ai travaillé sur les batailles spatiales. Grâce à cette expérience, j’ai surtout pu établir une relation de confiance avec George Lucas - ce qui m’a conduit par la suite à travailler sur les épisodes I, II et III. Je me suis notamment chargé de la course de pods dans La Menace Fantôme."

Une dizaine d’années plus tard, John Knoll a également travaillé sur Rogue One, premier film dérivé de la saga intergalactique dont il a participé à l'écriture et a supervisé les effets spéciaux. Il est tout particulièrement fier d’une des scènes finales du film, très émouvante, où les personnages principaux voient leur mort arriver:

"C’était une scène délicate, car elle n’est pas réaliste. Dans les différentes versions de la séquence, l’impact de l’explosion ressemblait à une onde de choc. Kathleen Kennedy [la productrice, NDLR] voulait que cette scène ressemble à une transition, comme si les personnages s’envolaient au paradis..."

"Les montagnes flottantes de la planète Pandora"

Récompensé par un Oscar pour son travail sur le troisième Pirates des Caraïbes, John Knoll prête aussi main-forte le temps d’une scène ou deux à des blockbusters. On peut ainsi retrouver son nom au générique de Speed Racer des sœurs Wachowski, de Hugo Cabret de Martin Scorsese et d’Avatar de James Cameron:

"Un an avant la sortie d’Avatar, on a reçu un appel nous annonçant qu’ils cherchaient quelqu’un pour faire du travail complémentaire. On s’est surtout occupé des trains, des hélicoptères et de l’arrivée de la Valkyrie [vaisseau de transport utilisé dans le film, NDLR]", explique John Knoll, qui a aussi participé à l’élaboration de la séquence, très impressionnante, où les personnages découvrent les montagnes flottantes de la planète Pandora.

John Knoll ne travaillera pas sur les suites d’Avatar que prépare James Cameron. S’il ne sera pas, non plus, au générique de Star Wars épisode IX, il planche actuellement sur Jungle Cruise, nouvelle super-production Disney avec en vedette la plus grande star du monde: Dwayne Johnson.

Jérôme Lachasse