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Jean-François Halin, créateur d’OSS 117: "J’ai déjà une idée pour un quatrième film"

Jean Dujardin et Bérénice Béjo dans OSS 117: Le Caire, nid d'espions.

Jean Dujardin et Bérénice Béjo dans OSS 117: Le Caire, nid d'espions. - Gaumont

Le scénariste Jean-François Halin raconte comment il a créé les deux OSS 117 portés par Jean Dujardin et dévoile les coulisses du troisième volet, attendu pour 2021.

Jean-François Halin nous a tous fait rire un jour. Auteur historique des Guignols et de Groland, le scénariste est aussi le complice de Patrick Timsit, dont il a écrit les spectacles et son Quasimodo del Paris. Ce défenseur d’un humour politiquement incorrect est surtout le chef d’orchestre de la série Au service de la France et d’OSS 117 avec Jean Dujardin. Alors que le troisième volet, Alerte rouge en Afrique noire, débute prochainement son tournage, Jean-François Halin évoque pour BFMTV.com, à l'occasion du festival CineComedies, organisé à Lille du 2 au 6 octobre, sa carrière, sa vision de l’humour et la possibilité d’un quatrième OSS 117.

CineComedies est un festival qui honore la comédie, un genre souvent décrié…

C’est un genre souvent décrié, parce qu’il est trop pratiqué. Il y a trop de comédies, et sans doute trop de comédies faites pour des raisons pas uniquement artistiques. Le cinéma est encore en partie financé par la télévision, qui préfère les comédies. Ce qui est bien avec CineComedies, c’est que c’est un festival sans palmarès, sans compétition. On est là pour regarder des films et rendre hommage non seulement à des acteurs, mais aussi à des scénaristes, ce qui est rarissime.
Jean-François Halin, le scénariste d'OSS 117.
Jean-François Halin, le scénariste d'OSS 117. © Capture d'écran - Warner TV France

Vous avez travaillé entre 1990 et 1996 aux Guignols. Chaque jour, vous deviez trouver de nouveaux gags. C’est une sacrée école. 

C’était à la fois génial et vertigineux. Le direct était à huit heures moins cinq. Il fallait avoir terminé vers 17 heures. Les textes, après, descendaient sur le plateau en répétition avec les imitateurs et les marionnettes. Il y avait une règle de base: bon ou mauvais, il devait y avoir un texte. Quand il n’était pas bon et que ça ne riait pas, on ne se sentait pas bien le soir-même et le lendemain on se disait qu’on ne devait pas recommencer. Cela pendant six ans à raison de deux cent émissions par an. J’ai ensuite bossé longtemps sur Groland, mais c’était déjà plus fictionnel. 

Avez-vous ressenti de la peine à la mort de Chirac, comme Bruno Gaccio?

Quand Bruno dit qu'il a de la peine, il a aussi de la nostalgie par rapport à sa jeunesse, par rapport à ces moments qu'on a eu ensemble à propos de Chirac. On a quand même rempli de choses un personnage qui n'avait pas de programme... On était avec Bruno et Benoît [Delépine] dans notre petit bureau à rire comme des bossus, à mettre dans ce personnage tout ce qu'on avait vécu avec nos pères, qui étaient tous nés à la même époque que lui. Je ne pense pas que Bruno ait une nostalgie particulière de Jacques Chirac. Jacques Chirac était quand même un grand agité, très nerveux, qui était souvent acoquiné à une droite assez musclée.

Et les pommes?

Vous savez que c'est une légende? Cela n'a jamais été le slogan de Chirac! C'est marrant. J'ai envoyé tout à l'heure un texto à Delépine. J'ai vu dans Le Monde une image de gens en train de déposer des fleurs et des pommes en hommage à Jacques Chirac en cette journée de deuil. Il faut quand même imaginer que nous sommes partis des Guignols, Benoît et moi, il y a vingt-trois ans. Depuis sa mort, j'ai répondu à sept interviews sur les Guignols! Qu'on en parle encore vingt-trois ans après, à la mort du chef d'Etat de la sixième puissance mondiale, c'est dire à quel point Les Guignols étaient importants pour les gens. La force de la comédie! 

Les émissions satiriques sur l’actualité ont-elles quasiment disparu?

Il y a Canteloup, que j’ai connu aux Guignols, et quelques émissions de radio. Mais quelque chose qui soit plus mordant, plus dérangeant, qui fasse de la polémique, il n’y en a plus beaucoup. Il y a Groland, mais c’est une vieille émission. Elle a trente ans. Est-ce qu’il y a des choses qui ont été créées [depuis]? Je l’ai vu en faisant la série Au service de la France: la comédie divise. Quand on dit diviser, il y a déjà moins de monde… Certains, au niveau des programmes, des producteurs ou des distributeurs de cinéma, ont par moment tendance à sous-estimer le public. Il y a un politiquement correct, qui est aussi le fait des créateurs qui s’autocensurent et qui, selon moi, n’est pas la volonté du public, mais de gens qui décident pour le public. J’ai cette impression. Je pense qu’aujourd’hui OSS 117 ne pourrait pas se faire. 
Jean Dujardin dans OSS 117: Le Caire nid d'espions
Jean Dujardin dans OSS 117: Le Caire nid d'espions © Gaumont

Dans OSS 117, comme dans Au service de la France, vous aimez rire des crétins. Pourquoi?

Je pense que c’est lié à ma génération. Voyez les films de Claude Sautet: Yves Montand joue un grand couillon hâbleur, démonstratif. J’ai toujours aimé ces personnages contents d’eux, assez hédonistes, qui répètent des imbécilités [racistes et misogynes] qui sont pour eux comme des vérités un peu acquises. Celui qui a très bien campé ces personnages-là, c’est Jean-Pierre Marielle dans Les Galettes de Pont-Aven et Comme la lune, qui est le portrait d’un imbécile absolument parfait. Les gens adorent ces personnages. Ils sont flamboyants, ils ont de l’envergure. Ils ont des grands bras, ça mouline, ça brasse du vent.

Regrettez-vous l'absence de Michel Hazanavicius dans OSS 117 3?

Il faut que je vous explique. J’ai recréé le personnage d’OSS 117 d’après les livres [de Jean Bruce], qui ne sont pas drôles. Michel [Hazanavicius] est venu une fois que Jean Dujardin a été choisi, que le scénario a été écrit. C’est moi qui ai conseillé Michel aux producteurs. Au moins une quinzaine de réalisateurs a refusé de réaliser OSS 117 en pensant que c’était soit trop débile, soit trop dangereux, soit trop politiquement incorrect. Le second, nous l’avons écrit, Michel et moi. Le troisième, je l’ai écrit tout seul. Vous avez dû voir écrit que Michel refusait de le réaliser parce qu’il trouvait le scénario mauvais. Michel voulait faire ce film autrement. Il aurait sans doute voulu l’écrire lui-même…

C'est Nicolas Bedos qui prend la relève...

Je sais que le choix du réalisateur divise, même si on me raconte que ça commence à s’atténuer un peu. Tout cela est très passionnel. J’avais une grosse pression dès le départ. Ce sont des films dont le succès nous a un peu dépassés. Il a fallu faire abstraction de toute cette pression. Je suis allé écrire en Belgique et au Maroc.

Certains ont remarqué des points communs entre OSS 117 et plusieurs présidents, comme de Gaulle, Chirac et Macron.

OSS incarne quelque chose de très français, tout simplement. Il y a un peu d’arrogance, il est sûr de lui, mais avec des failles. C’est une sorte d’archétype du Français vu de l’étranger. Ce qui a surtout marqué les gens dans le rapprochement entre OSS 117 et Macron, c’est le discours sur la jeunesse dans le second film, ce discours paternaliste, gaulliste et réactionnaire sur les jeunes qui était d’autant plus jubilatoire que le film se déroule un an avant Mai 68. C’est toujours drôle d’inventer des personnages dont la "boussole indique le sud", comme lorsque OSS dit que l’Islam est une religion qui ne va pas durer. C’est une ironie dramatique assez facile, mais efficace. 

OSS 117 3 évoquera-t-il l’homosexualité d’OSS 117, comme Hazanavicius l’avait annoncé il y a dix ans?

Non, pas du tout. Je sais qu’il y a eu la volonté de Jean [Dujardin] et de Michel [Hazanavicius] de le faire vieillissant, un peu chauve, ayant fait totalement son coming-out. Mais OSS 117, pour moi, c’est Tintin, c’est un héros qui ne vieillit pas. Peut-être qu’il a peut-être un peu plus de mal dans le 3, mais c’est notre beau Hubert Bonisseur de la Bath. Il gagne à la fin. On a envie qu’il soit fort, séducteur. De tous les échos que nous avons, le film est toujours aussi irrévérencieux. On retrouve complètement l’esprit d’OSS 117 et selon moi on a peut-être même poussé un peu plus loin. 

D’où vient "Comment est votre blanquette?", la fameuse réplique du premier film?

C’est tout bête, c’est parce que ma mère m’en fait. Ma mère est une bonne cuisinière. Quand elle veut me faire plaisir, elle me fait une blanquette. "Blanquette", c’est aussi un mot qui est vraiment typé France années 1950-1960. Ça correspondait parfaitement à OSS 117 et à l’ambiance que je voulais décrire. 

Il y a beaucoup de gags d’inspiration autobiographique dans OSS 117?

Il y en a plein! Ça va des noms de famille aux situations. L’endroit dans lequel se rend OSS pour écouter les Aigles de Kheops - qui sont les Frères Musulmans - est un véritable restaurant de Marrakech qui est tenu par deux amis dont un malheureusement est mort en scooter - ce qui a inspiré le début des Petits Mouchoirs. Je ne connais pas Guillaume Canet, mais nous avions cet ami en commun. La réplique "Comment s'appelle cette guitare en forme de gros tourteau fromager?" est un clin d’œil à mon adolescence parce que j’ai un ami qui m’avait fait découvrir les tourteaux fromagers à Soulac et on en mangeait tout le temps. Les gens qui me connaissent bien disent qu’ils ont l’impression de m’entendre parler quand ils entendent OSS! Le troisième se passe au début des années 1980. Ce n’est pas forcément une époque que j’ai adorée, mais qui en tout cas a été importante pour moi. OSS est bourré de détails autobiographiques, comme Au service de la France

"Y a pot", une des répliques d’Au service de la France, est devenue culte...

J’ai la chance de trouver des petites formules qui sont reprises comme ça. "Y a pot", c’est la caricature de ces services secrets qui sont une administration pure et dure dans les années 1960 et 1970: ils ne sont pas tellement là pour travailler, mais pour boire un coup. Un ami m’a d’ailleurs raconté que ce chariot à boissons existait au ministère de la Défense dans les années 1990. 

Vous avez écrit récemment Do you do you Saint-Tropez avec Christian Clavier, qui sortira en 2021.

Christian aime beaucoup OSS et voulait que l’on travaille ensemble. C’était impossible pour moi de ne pas travailler avec lui. Il a une capacité à incarner des gens pas très sympathiques, sûrs d’eux… Il jubile à jouer ça. C’est un grand comédien de comédie. Do you do you Saint-Tropez sera plus burlesque que OSS 117 et Au service de la France. C’est un Agatha Christie détourné. Ça se passe en 1970 à Saint-Tropez chez des milliardaires. C’est inspiré de choses vécues par Christian. Il est entouré par Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Rossy de Palma, Jérôme Commandeur, Virginie Hocq… C’est très impressionnant.

Sur quoi travaillez-vous désormais? 

Le problème, c’est que je m’étais préparé à faire la troisième saison d’Au service de la France et je crois qu’il n’y en aura pas. Arte est très contente de l’image de la série et de l’audience - on a quand même été diffusé pendant la Coupe du monde. La série marche bien sur Netflix, notamment auprès des trentenaires. Elle continue d’exister, mais visiblement il n’y aura pas de suite alors qu’on avait trouvé une très bonne idée. Il faut que je réfléchisse à ce que je veux faire. Pourquoi pas un quatrième OSS et profiter du fait que l’attention est détournée sur le troisième pour le préparer tranquillement. Pourquoi pas? J’ai déjà une idée. J’ai aussi envie de faire une mini-série policière parodique: un polar français fait à l’américaine avec de la grandiloquence, un truc un peu ridicule. J’ai un acteur en tête. Il est probable que l’équipe d’auteurs d’Au service de la France, Claire Lemaréchal et Jean-André Yerlès, s’y attelle avec moi.
Jérôme Lachasse