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Jean-Marie Poiré: "On écrit une nouvelle comédie avec Christian Clavier"

Jean-Marie Poiré sur le tournage des Visiteurs 3

Jean-Marie Poiré sur le tournage des Visiteurs 3 - TF1 Productions

Invité au festival CineComedies de Lille, le réalisateur des Visiteurs et des Anges Gardiens évoque sa carrière, Les Visiteurs 4 et son nouveau projet avec son acteur fétiche Christian Clavier.

Ses films ont fait pleurer de rire des millions de spectateurs. Réalisateur du Père Noël est une ordure, de Papy fait de la résistance ou encore des Visiteurs, Jean-Marie Poiré a marqué les années 1980 et 1990 avec ses comédies au montage épileptique, truffées de gags burlesques et de bons mots.

Avec son acteur fétiche Christian Clavier, il a notamment créé un personnage mythique, Jacquouille, qui figure désormais au panthéon de la comédie française aux côtés du gendarme de Louis de Funès et du Don Camillo de Fernandel. Invité fin septembre au festival CineComedies de Lille, le cinéaste évoque sa carrière, Les Visiteurs 4 et son nouveau projet avec Christian Clavier.

Le dernier plan des Visiteurs 3 vous montre en train de courir vers une porte et la fermer. Quelle est la signification de ce plan?

(rires) C’est un plan mis par le monteur. Il m’arrive de faire des facéties pendant les tournages, parce que j’aime bien foutre une ambiance de déconnade sur les films. Je crois qu’il ne faut pas que les comédies se fassent dans un climat sérieux, parce que les acteurs doivent être absolument désinhibés. C’est comme les chahuts d’enfants: il faut les laisser déconner et après on obtient des choses magnifiques. Si on vous dit sérieusement: "Vas-y, fais moi rire", ça ne va pas le faire. Je fais beaucoup de singeries dans mes films et à moment donné j’étais passé par derrière, personne ne m’attendait et j’ai claqué la porte. C’était une blague pour faire rire l’équipe - surtout que je suis parfois stressant avec les équipes, parce que je veux travailler vite. Je n’ai découvert ce rush qu’à la toute fin.

Ce n’est donc pas une manière de dire que c’est votre dernier film, que vous arrêtez le cinéma?

Pas du tout. Et j’espère que ce n’est pas le cas, parce que je suis en train d’écrire un nouveau film et j’aimerais bien qu’il se fasse…

De quoi s’agit-il?

C’est un comédie avec Christian Clavier. On écrit avec Jean-François Halin [le co-scénariste d’OSS 117 de Michel Hazanavicius, NDLR].

Est-ce Les Visiteurs 4?

Ce n’est pas Les Visiteurs 4. Je ne sais pas s’il y en aura un. J’aurais eu très envie. Les Visiteurs 3, qui a quand même été un succès contrairement à ce que beaucoup de gens ont dit, n’a pas fait non plus le score des Visiteurs 2. J’ai lu beaucoup d’âneries dans la presse sur le fait qu’on avait perdu de l’argent: le film est une affaire très bonne, parce que c’est un film très bien produit en plus. Mais pour monter un Visiteurs 4, ça devient difficile, car le cinéma est surtout une économie, une industrie. La partie artistique est un coup de pot (rires).

Jean Reno et Christian Clavier dans les Visiteurs 3
Jean Reno et Christian Clavier dans les Visiteurs 3 © Gaumont

Quel sera le sujet de votre nouveau film avec Clavier?

Ce sera un polar. Je pense qu’il va être drôle. En parlant avec Christian, je lui ai dit qu’il n’avait jamais joué de flic. On va pouvoir découvrir, j’espère, Christian Clavier en flic!

Clavier est un acteur qui peut tout jouer, la folie comme le sérieux.

C’est un des plus grands acteurs français de tous les temps. Le public ne s’y est pas trompé: même si Clavier n’est pas tellement encensé par les critiques, le public a fait de lui le plus gros box-office de l’histoire du cinéma français. Sa carrière, c’est celles de Fernandel et de De Funès réunies. Il m’a toujours sidéré dans l’incarnation de ses rôles, dans son travail sur le look.

Vous vous souvenez de votre première rencontre?

Très bien. Je l’ai rencontré dans un restaurant à Val d’Isère pendant le tournage des Bronzés font du ski. Il était venu dîner avec Balasko, que j’avais rejointe pour écrire le film Retour en force. Avec Clavier, on s’est incroyablement bien entendu. Il y avait une complicité: on était d’accord sur les films des autres comme sur la façon de jouer dans les comédies. Cette soirée a beaucoup joué dans ma vie. Lorsque le Splendid a produit Le Père Noël, chacun est venu avec son metteur en scène. Et le seul qui n’avait pas de metteur en scène attitré était Clavier. Comme il avait gardé un très bon souvenir de notre discussion, il a fait pencher la balance de mon côté. Et c’est comme ça que j’ai fait Le Père Noël.

Jean-Marie Poiré sur le tournage des Visiteurs 3
Jean-Marie Poiré sur le tournage des Visiteurs 3 © TF1 Productions

Votre style a beaucoup évolué avec le temps. À partir de L’Affaire Corned Beef, les grands angles, les contre-plongées et le montage épileptique deviennent votre marque de fabrique.

C’est une vision assez française de dire que mes films sont rapides. Ils ne sont pas plus rapides que les films américains commerciaux comme Batman! Quand j’ai fait Les Anges Gardiens, j’ai fait un sondage avec des gamins. Je leur montrais les studios et en échange leur professeur leur posait des questions. Je leur ai demandé si le montage était rapide, trop rapide ou pas assez rapide. 50% ont trouvé le montage normal, 0% l’a trouvé trop rapide et 30% ne l’ont pas trouvé assez rapide. Je peux parfaitement aimer un film très lent. Un mes films préférés est L’Île nue de Kaneto Shindō. C’est un film qui fait pleurer. C’est sublime. Mais, je ne suis pas sûr que je le regarde quatre fois de suite à la télévision. Il me plait beaucoup dans une salle de cinéma, seul, avec un grand écran. Les films lents passent très bien sur grand écran, mais pas du tout sur petit écran. La vie des films, c’est le petit écran. Le public évolue et il connaît déjà les films. Quand vous connaissez les films, vous les regardez encore plus vite. Vous ne pouvez pas voir un de mes films et penser à autre chose. Je pense beaucoup à une remarque que j’ai souvent lue. On me dit: "Qu’est-ce qui est plus intellectuel? Un film de Kaneto Shindō ou un film de Jean-Marie Poiré?" La réponse est la suivante: quand vous voyez un de mes films, votre esprit est sollicité toutes les secondes et demie et votre cerveau va travailler en permanence comme une fusée.

Est-ce vrai que le doublage américain des Visiteurs a été supervisé par Mel Brooks?

Mel Brooks a été engagé pour faire le doublage à la demande de Harvey Weinstein, c’est vrai. Il a fait une bande-annonce géniale, qui était d’une drôlerie fracassante. Son doublage était admirablement bien fait, très bien écrit, mais il y avait un énorme problème. C’est ma faute, parce que je ne le lui ai pas expliqué assez, je n’ai pas osé. Mel Brooks, vous savez, était le héros de mon enfance. J’étais un peu tremblant quand je l’ai rencontré et je n’avais pas envie de lui donner des cours - ce n’est pas mon genre. Mais j’aurais dû lui expliquer que dans mon film Jean Reno est un héros. Or, il en a fait un héros de pacotille. C’était lamentable. On aurait dit un film de Terrence Hill et Bud Spencer. Cette erreur rendait le film pas drôle. J’ai dit à Harvey qu’il fallait demander à Mel de refaire la voix de Jean avec une voix à la Stallone, à la Schwarzenegger: une voix de héros, qui parle avec des grosses couilles. Il m’a dit: “C’est trop cher, on laisse tomber.” Peut-être que j’ai eu tort, d’ailleurs… Peut-être que ça aurait plu aux Américains. Par moment, on est con et prétentieux…

Vous avez travaillé avec Michel Audiard. Quels souvenirs avez-vous de lui?

Michel me manque encore. C’est un homme que j’ai adoré, qui m’a donné ma chance au cinéma, par hasard, je n’ai jamais su pourquoi. J’ai rencontré Michel dans une première de cinéma où il se faisait braire. On a parlé littérature et cette discussion de politesse qui aurait dû durer deux minutes a duré un quart d’heure. Il était étonné de ce que j’avais lu et m’a fait engager comme auteur pour travailler avec lui. Il m’a tout appris. J’ai travaillé sur tous ses films, sauf le dernier Bons baisers... à lundi, car j’étais devenu chanteur de glam rock dans Les Frenchies. C’était très amusant et on a eu un gros succès d’estime, mais le public n’est pas venu (rires).

Vous avez aussi été l’assistant de Gérard Oury…

Il a beaucoup compté pour moi. Il avait besoin de faire de grands films. Il prenait toujours de grands artistes pour faire ses films: Claude Renoir comme chef opérateur et Jean André, qui travaillait avec Vadim, comme chef décorateur. Les producteurs de films dramatiques, chiants, merveilleux ou historiques ont quand même un certain respect pour les artistes. Les producteurs de comédies veulent se bourrer les poches. Ils ont un côté vendeurs de caramels, qui n’est pas très plaisant. Oury a bousculé ça. Je m’en suis inspiré. J’ai travaillé avec Catherine Leterrier, qui était la costumière des films de Bunuel et de Resnais, sur Papy et Les Visiteurs. La comédie doit être faite avec autant de soin que Lawrence d’Arabie.

Que s’est-il passé après Ma Femme s’appelle Maurice et Les Gaous, qui n’ont pas rencontré le succès attendu?

Ça s’appelle être un has-been. Il y a un moment où vous croyez que vous êtes une star… J’ai écrit trois quatre scénarios de films qui ne se sont pas faits. J’ai transformé un énorme film en roman, Mon ami A3, parce que je n’arrivais pas à le monter. J’ai failli faire Le Grimoire d’Arkandias et Clavier m’a demandé de réaliser On ne choisit pas sa famille, mais ça ne s’est pas fait. C’est pour ça que je me suis mis à faire de la peinture. Je suis devenu un très bon peintre. J’ai dû faire trente-cinq toiles. J’écris des bouquins, je construis des maisons. Je ne veux pas m’ennuyer.
Jérôme Lachasse