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Primaires démocrates: après deux premiers revers, Joe Biden peut-il encore croire à l'investiture? 

Largement battu en Iowa et au New Hampshire et en nette baisse dans les sondages nationaux, l'ancien vice-président de Barack Obama doit rapidement rebondir et relancer sa campagne.

Les scrutins se suivent et se ressemblent pour Joe Biden. Au lendemain de la primaire démocrate qui s'est tenue dans le New Hampshire, où l’ancien vice-président de Barack Obama n’a obtenu que 8% des suffrages, de nombreuses questions se posent sur la candidature de celui qui faisait pourtant, de par son passé politique, un favori logique à l’intronisation du parti.

En Iowa, déjà, les mauvais résultats étaient visibles. Joe Biden n’était arrivé qu’en quatrième position du caucus, avec 15,8% des voix, bien loin derrière les deux candidats qui se disputaient la victoire dans cet État rural. Pete Buttigieg et Bernie Sanders étaient tous deux respectivement crédités de 26,2 et 26,1% des votes.

Pourtant, les différents sondages, dont certains assez récents, ne laissaient pas présager de tels scores. Malgré un délitement visible au fil des mois, l’homme de 76 ans, fourbu à l’exercice politique avec ses 36 ans passés au Sénat, paraissait encore en bonne position en fin d'année 2019

Le bide de Biden?

Pour autant, de par le faible poids que représentent les deux premiers États appelés à voter, la partie est encore loin d’être perdue pour Joe Biden. "Il ne partait de toutes façons pas favori, ce n’était pas des états pour lui. Puis, au niveau des délégués, ce n’est pas encore grave", souligne François Durpaire, consultant de BFMTV et spécialiste des Etats-Unis.

"Pour lui, le vrai test sera la Caroline du Sud (qui votera le 29 février prochain, ndlr). S’il gagne, il sera relancé. En revanche, s’il termine deuxième, sa campagne sera bien plus compliquée", explique-t-il encore. Et à l'heure actuelle, les sondages le donnent gagnant dans cet État. 

Pour l'heure, ce qui compte pour le candidat Biden, ce n’est pas d’expliquer les défaites, encore secondaires, mais la raison pour laquelle il existe un tel "décrochage" par rapport aux sondages qui le donnait, sinon large vainqueur, parmi les vrais favoris du scrutin.

Personnage peu fédérateur

Les raisons de ces premiers deux premiers revers seraient à trouver dans la personnalité même de Joe Biden, souligne encore François Durpaire.

Pour lui, la doctrine du Parti démocrate, en particulier en cette période d’élection, est toujours la même: "organiser, organiser, et faire le show." "Biden n’est pas capable de faire le show. Il n’est pas capable de faire du groud game, aller sur le terrain à la rencontre des gens", souligne-t-il.

L’homme n’est pas fédérateur, et n’a jamais provoqué l’enthousiasme, au sein même de son parti. Jugé trop conservateur, voire trop vieux, sa campagne ces derniers mois n'a pas fait augmenter sa côte de popularité. Il avait également été accusé de gestes déplacés envers plusieurs femmes

Et cela se ressent dans la perte de confiance des donateurs. "Bernie Sanders est encore parvenu à lever 25 millions de dollars, bien plus que Joe Biden."

Un tel cas de figure existait déjà fin 2019, lorsque Joe Biden n'avait levé "que" 22,7 millions de dollars, moins que les 24,7 millions de Pete Buttigieg, et bien moins que les 34,5 millions de dollars dédiés à la campagne de Bernie Sanders. 

Ce n’est pas la première fois que ce type de reproche est adressé au septuagénaire. A l’inverse de ses concurrents dans cette primaire, ce dernier reste en effet l’un des symboles de l’establishment, de par sa riche carrière politique, mais aussi en raison d'un certain immobilisme politique. 

Pas de duel établi chez les démocrates

En réalité, il est encore "trop tôt" pour dire si Joe Biden n'est plus en course pour l'investiture démocrate, affirme François Durpaire. Dans la longue liste des États appelés à voter pour le scrutin, "le New Hampshire reste un État de clarification."

Cela a été le cas. Le vote a permis de voir la force de frappe de Bernie Sanders, de confirmer la bonne tendance actuelle de Pete Buttigieg, et de voir apparaître de nouveaux outsiders, dont Amy Klobuchar, créditée de 20%, et dont la candidature prend de plus en plus d'ampleur. 

Surtout, "il n'y a pas encore de duel établi. On pensait que Sanders et Biden s'affronteraient mais ce n'est pas le cas. Toutefois, Sanders a gagné son duel interne contre Warren (créditée de 9% dans le New Hampshire)", mais le flou demeure. Une situation de flottement, qui pourrait permettre à Biden de redonner vigueur à sa campagne dans les semaines à venir. 
Hugo Septier