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"Je battrai Trump": qui est Amy Klobuchar, la surprenante outsider de la primaire démocrate?

Auréolée de ses presque 20% de votes à la primaire démocrate du New Hampshire, Amy Klobuchar devient une candidate sérieuse à l'investiture du parti en juillet prochain. Et pour défier Donald Trump à l'élection présidentielle.

"Bonjour l'Amérique, je suis Amy Klobuchar et je vais battre Donald Trump." Contrairement aux apparences, la sénatrice du Minnesota, en poste depuis 2007, n'a pas remporté la primaire du New Hampshire disputée ce mardi. Là encore, comme en Iowa, les deux premières places de ce scrutin local ont été trustées par Bernie Sanders et Pete Buttigieg, avec respectivement 26 et 24% des voix.

Pourtant, il y avait bien matière à célébrer pour cette avocate de profession de 59 ans, devant une foule de soutiens réunis dans la soirée à Concord, capitale de cet état du nord-est américain.

Avec presque 20% des voix, Amy Klobuchar est parvenue à se hisser à la troisième position du vote, poursuivant sur sa belle lancée initiée en Iowa, où ses 12% avaient surpris, même si elle n'y avait terminé qu'à la cinquième position. Elle devient ainsi, de facto, une candidate sérieuse à l'investiture démocrate de juillet prochain.

La reconquête du Midwest

À l'approche de la soixantaine, Amy Klobuchar aime à répéter qu'elle vient de la région des Etats-Unis que les démocrates doivent absolument reconquérir s'ils veulent gagner contre Donald Trump: le Midwest rural et ouvrier, qui court du Nord au centre et qui avait en partie basculé vers le milliardaire en 2016, lui offrant une victoire choc. 

"Ce qui me définit, c'est de savoir gagner largement en rassemblant", déclarait-elle au New York Times, qui lui a donné son soutien à égalité avec la sénatrice progressiste Elizabeth Warren.

Connue pour ses manières sans prétention et pour sa normalité, Amy Klobuchar a été réélue pour un troisième mandat dans le Minnesota en 2018 avec une écrasante majorité. À peine deux ans après que Donald Trump avait failli remporter l'Etat face à Hillary Clinton, sa performance a été remarquée.

Ex-procureure et ancienne avocate, elle fut la première femme élue au Sénat américain par le Minnesota, en 2006. 

"Bonhomme de neige" 

C'est d'ailleurs à l'échelle locale que pour elle commence la "reconquête" de ces états ouvriers et ruraux, historiquement acquis à la cause démocrate, et qui se sont tournés vers Trump en 2016. 

Dans le Minnesota, qu'elle sillonne chaque année d'un bout à l'autre et où tout le monde l'appelle "Amy", cette fille d'un célèbre journaliste sportif reste très populaire. Y compris dans les bassins miniers du Nord, qui restent encore indécis.

Sous la neige, par près de -10°C à Minneapolis, la sénatrice avait lancé en février 2019 sa candidature sur un message optimiste de rassemblement au-delà des lignes partisanes. 

Sa réponse à Donald Trump, qui s'était moqué de son allure de "bonhomme de neige" lors de cette annonce tout en semblant nier la réalité du changement climatique, illustre bien ses deux facettes, sérieuse et humoristique:

"La science est de mon côté", avait-elle taclé sur Twitter, avant d'ironiser sur la célèbre chevelure du président: "Et je me demande comment vos cheveux réagiraient dans une tempête".

Faire table rase de Trump 

Cet antagonisme avec l'actuel occupant de la Maison Blanche se retrouve d'ailleurs dans son programme politique. Sur son site de campagne, une série de cent propositions pour ses cent premiers jours de présidence avait été publiée en marge de l'annonce de sa candidature, en avril dernier. 

De la lutte contre le changement climatique à la réforme de l'immigration, en passant par les tragédies "honteuses" causées par un système d'assurance-santé inégalitaire, Amy Klobuchar la modérée n'hésite pas pour autant à défendre des positions qui divisent aux Etats-Unis. 

Parmi ses mesures phares, elle souhaite, en cas d'élection, suspendre de manière immédiate "les efforts de l'administration Trump pour éliminer les protections sociales", référence directe à la volonté du président en exercice de faire reculer l'Obamacare

Une bataille justifiée par son histoire personnelle. Elle avait en effet dû quitter l'hôpital 24h seulement après son accouchement, et alors que sa fille était en soins intensifs, faute d'assurances couvrant une hospitalisation plus longue.

Et dans sa volonté de défaire tout ce que l'administration Trump a mis en place, Amy Klobuchar fait également part de sa volonté de "reconstruire des relations avec les alliés" du pays, et de "rendre à l'Amérique son standing mondial." Sont notamment évoquées des rencontres avec les dirigeants canadiens et mexicains, mais aussi de plusieurs états européens. 

Normalité de façade?

Derrière cette "normalité" affichée par Amy Klobuchar demeurent toutefois certains points plus troubles. En 2019, des médias avaient fait état de sa dure réputation auprès de ses assistants, citant pour étayer ces rumeurs la grande rotation au sein de son personnel.

Comme le soulignait le média Slate, la quinquagénaire était accusée de terroriser son personnel par ses accès de colère imprévisibles, qui se soldent parfois par des hurlements et des objets jetés. Des mails humiliants, dans lesquels elle critiquait ouvertement ses équipes, étaient également évoqués. 

"Oui je peux être dure, et oui je pousse parfois les gens", avait-elle admis en 2019. "J'attends beaucoup de moi-même. J'attends beaucoup des gens qui travaillent pour moi. Mais j'ai aussi de grandes attentes pour ce pays", conclut-elle. 
Hugo Septier avec AFP