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Primaires démocrates aux Etats-Unis: pourquoi Joe Biden a raté son entrée en matière

Si les résultats sont encore partiels ce mercredi, Joe Biden ne devrait plus décoller de la quatrième position à l'issue du caucus de l'Iowa, première étape de la primaire démocrate. Ancien vice-président des Etats-Unis, favori des sondages, sa campagne est minée par le manque d'enthousiasme, et par la concurrence dévastatrice de ses nombreux rivaux proches eux aussi d'une ligne centriste.

Serinée sur tous les tons, la rengaine a pris la force d'une évidence: Joe Biden, l'ancien vice-président de Barack Obama et actuel candidat à la désignation du Parti démocrate dans l'optique du prochain scrutin présidentiel, est le seul apte à battre Donald Trump. Sauf que ces jours-ci, on a du mal à l'imaginer capable de vaincre d'abord ses collègues et concurrents.

Les résultats du caucus de l'Iowa, qui commencent péniblement à filtrer avec un délai qui consterne l'Amérique, ont dévoilé un classement peu avantageux pour Joe Biden. Avec 15,4% des suffrages exprimés, il se classe en quatrième position après Pete Buttigieg (26,8%), Bernie Sanders (25,2%), et Elizabeth Warren (18,4%), après le dépouillement de 71% des bureaux de vote. Et la sénatrice du Minnesota, Amy Klobuchar, le talonne de près, avec 12,6%. 

Homme de l'establishment et parent pauvre 

Comment expliquer la glissade le jour J de celui qui a si longtemps dominé les enquêtes d'opinion? Les 77 ans de Joe Biden reviennent souvent dans la bouche ou sous la plume des commentateurs, comme ses bientôt cinq décennies passées sur la colline du Capitole à Washington, symbole même de l'establishment. Mais ces deux facteurs ne peuvent à eux seuls expliquer la déroute: d'une part, parce que Bernie Sanders est plus âgé que lui et intègre tout de même le duo de tête, de l'autre, parce que le même homme siège au Congrès depuis pas loin de trente ans. 

Une donnée, livrée ici par le New York Times, ajoute une nouvelle dimension au dossier, et contribue autant à éclairer sa défaite qu'à la nourrir. A chacune des levées de fonds, Joe Biden a rassemblé moins d'argent que ses concurrents. Lors de la plus récente, effectuée au cours du dernier quart de l'année 2019, il a réuni 22,7 millions de dollars, moins, donc, que les 24,7 millions de Pete Buttigieg, et très en-deçà des 34,5 millions de dollars dédiés à la campagne de Bernie Sanders. 

La concurrence de Pete Buttigieg 

Et ce manque d'enthousiasme s'enfonce plus en amont, comme l'a montré ici Reuters. Joe Biden, qui a officialisé tard son entrée en campagne, a peu mobilisé parmi les bénévoles et a formé son équipe de collaborateurs bien après ses rivaux. Pour comprendre les tenants et les aboutissants du manque d'allant électoral de Joe Biden dans l'Iowa, il faut ainsi se tourner vers ceux-ci. 

C'est assurément en mordant, et profondément, dans la base des Démocrates en principe sensibles aux orientations politiques d'un Joe Biden que Pete Buttigieg a construit son succès. L'agence de presse analyse ainsi l'attrait exercée par ce dernier sur son électorat: maintenir une ligne de modération tout en renouvelant les visages. Les thèmes majeurs de l'équipée de Pete Buttigieg collent d'ailleurs aux préoccupations motrices et classiques de sa formation politique, entre climat et santé. Surtout, comme le remarque Radio Canada dans un reportage, rien dans son programme, ni dans son parcours, ne promet de renverser la table et donc d'effrayer les plus timorés. 

Embouteillage chez les centristes 

Le cocktail, un brin traditionnel, paraît prometteur dans les urnes mais, comme la mixture sent bon, ils sont nombreux à vouloir boire dans le calice sociale-libérale: Pete Buttigieg et Joe Biden donc mais aussi Amy Klobuchar. Visiblement, bien qu'important le panel appartenant à cette famille de pensée n'est pas extensible, et le premier, comme la troisième, s'en sont mieux sortis que le second. Plus inquiétant encore, un quatrième "modéré" va sous peu entrer dans la danse et, à son tour, marcher sur les pieds de l'ex-vice-président: le milliardaire new-yorkais, Michael Bloomberg. La menace est d'autant plus sérieuse que, comme l'a relevé l'agence Associated Press, donateurs et électeurs pro-Joe Biden posent désormais sur l'ancien maire de New York, et ex-Républicain, un tout autre regard. 

S'il ne prétend pas avoir remporté une quelconque victoire dans l'Iowa, l'entourage de Joe Biden tâche de ne pas perdre la face de surcroît, et pose que son candidat n'a pas encore pu rencontrer le cœur de son électorat, arguant de sa popularité auprès des Afro-Américains, fort peu présents en Iowa. Joe Biden lui-même joue le coup d'après, comme il l'a affirmé mardi notamment auprès du New York Times"Je ne suis jamais content de rien (...) Ecoutez, j'ai toujours dit que je voulais bien me débrouiller en Iowa, mais l'important c'est que je regarde les quatre premiers Etats à voter. Les quatre premiers sont la clé". 

Tous les candidats démocrates sillonnent d'ailleurs dès maintenant les terres du New Hampshire où les militants voteront le 11 février prochain. Pourtant là non plus les choses s'annoncent mal pour Joe Biden. Un sondage paru ce mercredi pour le Boston Globe le donne certes en deuxième position, à égalité avec Pete Buttigieg, mais à neuf points derrière Bernie Sanders et ses rutilants 24% tandis qu'une enquête WHDH le voit troisième avec 13%, écrasé par Bernie Sanders, jaugé à 32%, et surpassé par Pete Buttigieg, à 17%. 

Robin Verner