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Présidentielle aux États-Unis: qui est Val Demings, pressentie pour devenir colistière de Joe Biden? 

Val Demings en février 2020

Val Demings en février 2020 - HO / US Senate TV / AFP

Si la liste des prétendantes s'est réduite à une dizaine de noms, celui de Val Demings revient de manière insistante dans les médias américains. Son profil, proche du terrain, pourrait séduire le candidat démocrate à la Maison-Blanche.

Joe Biden revient de loin. En février, alors que venaient de débuter les primaires démocrates en vue de l’élection présidentielle américaine de novembre prochain, l’ancien vice-président de Barack Obama entre 2009 et 2017 enchaînait les revers. En Iowa tout d’abord, où il s’était fait déborder par Pete Buttigieg et Bernie Sanders, puis dans le New Hampshire, où il n’avait récolté que 8% des suffrages.

Pourtant, l’homme de 77 ans fourbu à l’exercice politique, avait su retourner la situation de manière quasi-miraculeuse. Quelques semaines plus tard, à la faveur du Super Tuesday lors duquel votaient plusieurs États à l’importante population Afro-Américaine, traditionnellement favorable à Biden, ce dernier s’était finalement emparé de la première place pour ne plus jamais l'abandonner.

Les primaires presque terminées et Joe Biden assuré de l'investiture, se pose alors la question de son colistier, à quelques mois du scrutin national. Où plutôt de la colistière, comme l'a expressément exigé le démocrate. Ainsi, plusieurs noms ont été évoqué dans la presse américaine, dont celui de Kamala Harris, également candidate à la primaire cette année, mais aussi Amy Klobuchar, où encore Elizabeth Warren, éliminée de manière précoce de la course à l’investiture.

Et ces derniers jours, un autre patronyme revient de plus en plus: celui de Val Demings.

Incarnation du rêve américain

De son nom complet Valdez Venita Butler, cette dernière donne l’impression d’avoir déjà vécu plusieurs vies, du haut de ses 63 ans. Issue d’une famille pauvre de Floride - son père était concierge et sa mère femme de ménage - elle a connu la ségrégation raciale des années 1960 et 1970 dans le sud des États-Unis. 

Pour autant, Val Demings connait un parcours brillant. Diplômée de criminologie, elle travaille pendant plus de 20 ans dans les services de police, avant de diriger celle d’Orlando, toujours en Floride, entre 2007 et 2011. Elle devient ainsi la première femme à occuper ce poste.

"On m'a dit assez de fois ce que je ne pouvais pas faire et ce que je ne pouvais pas être, mais je suis devenue chef de police. [...] Le rêve américain est bel et bien vivant si vous travaillez assez dur et si vous avez suffisamment de personnes pour vous soutenir", avait-elle déclaré dans une interview à Politico

Trait d'union entre police et Afro-Américains

Pour Joe Biden, l'aubaine est à saisir. En cette période de troubles aux Etats-Unis, et dans une société extrêmement fracturée après la mort de George Floyd lors d'une intervention policière le 25 mai, avoir à ses côtés une femme noire et ancienne policière dans la course à la Maison-Blanche serait pour lui un atout majeur. A plusieurs reprises, les Républicains avaient d'ailleurs reproché au septuagénaire une certaine mollesse dans ses propositions. 

Ces derniers jours, Val Demings a personnellement pris position sur le sujet des violences policières. Dans un éditorial nommé My fellow brothers and sisters in blue, what the hell are you doing? ("Mes frères et sœurs en bleu, qu'est-ce que vous êtes en train de faire?") publié dans le Washington Post, elle retrace son parcours au sein des forces de l'ordre, tout en critiquant les derniers événements. 

"En tant que nation, nous devons procéder à un examen sérieux des normes et des pratiques d'embauche, de la diversité, de la formation, des politiques de recours à la force, de la rémunération et des avantages sociaux", écrit-elle.

Val Demings est un atout majeur pour Joe Biden et les démocrates. D'autant que, dans le cadre de l'élection nationale, plusieurs swing states, ces États-charnière qui peuvent faire basculer le scrutin, comptent une forte population Afro-Américaine. Dans le Wisconsin, la ville de Milwaukee est peuplée à 40% de Noirs, un chiffre qui bondit à 78% à Detroit, dans le Michigan. En 2016, ces deux États avaient été remportés par Donald Trump. 

Influence nationale

D'un point de vue plus politique, la vie de Val Demings est également bien remplie. Après avoir quitté la direction de la police d'Orlando, elle est élue en 2016 à la Chambre des représentants, où elle décroche un second mandat en 2018. Là, elle occupe un siège au sein de la commission du renseignement et de la commission de la justice.

C'est pourtant ces derniers mois que Val Demings obtient ses galons au niveau national, et face à un adversaire de choix: Donald Trump. Ainsi, après les soupçons de collusion avec la Russie durant l'élection présidentielle de 2016, elle s'est illustrée au moment de la publication du rapport Mueller pour ses questions face à l'auteur du rapport. Elle avait également été partie prenante dans le procès mis en place pour destituer l'actuel président des États-Unis

"Lorsque Val parle, vous obtenez beaucoup d'Amens! [...] Elle est dynamique, un acte difficile à suivre. J'essaie de parler avant elle, pas après elle, lors d'événements", explique ainsi John Morgan, soutien de Biden originaire de Floride, auprès de Politico. 

Ainsi, cette étape supplémentaire passée au niveau national place Val Demings dans une position d'outsider pour le poste de vice-présidente. Dans les médias américains, son nom est de plus présent, et les articles à son sujet se multiplient. A l'heure actuelle, elle figurerait dans une liste restreinte d'une douzaine de noms, pour devenir colistière. 

"Val coche beaucoup de cases, et plus vous listez ses qualités, plus elle grimpe en haut de la liste", souligne de son côté un proche collaborateur de Joe Biden. 

Quant à la principale intéressée, contactée par Buzzfeed, elle se dit prête à se lancer à l'assaut de la Maison-Blanche. 

"Je crois que mon expérience réelle sur le terrain - traiter avec de vraies personnes, de vraies familles, de vrais problèmes, des problèmes critiques, la gestion de crise - serait un atout précieux pour le vice-président Biden", conclut-elle. 
Hugo Septier