BFMTV

Procès en destitution de Donald Trump: les Républicains imposent leurs règles

Donald Trump

Donald Trump - Brendan Smialowski / AFP

Ce mardi, le Sénat a fini, à l'issue d'une séance longue et houleuse, par fixer les règles du procès en destitution de Donald Trump. En position de force, les Républicains ont pu imposer leur agenda et concédé très peu de choses à l'opposition démocrate.

Sûrs de leurs forces, les Républicains sont parvenus mardi, au sortir de 13 heures de débats entre les avocats du pensionnaire de la Maison Blanche et les envoyés de la Chambre des Représentants, à imposer leur volonté aux élus démocrates à l'heure de fixer les règles et le calendrier du procès en destitution de Donald Trump devant le Sénat. Le président des Etats-Unis est accusé d'avoir cherché à abuser de son pouvoir afin de remporter un bénéfice politique personnel en faisant pression sur son homologue ukrainien, conditionnant la délivrance d'une aide militaire importante à l'ouverture d'une enquête contre son rival démocrate Joe Biden, et d'avoir fait obstruction aux travaux de la Chambre des Représentants en interdisant la venue de plusieurs témoins en son sein. 

La première séance de cette procédure d'impeachment entre les murs de ce Sénat qui doit la conduire, qui devrait d'ailleurs acquitter Donald Trump et lui permettre de terminer son mandat au vu de la loyauté de la majorité républicaine au chef d'Etat, était en effet dédiée aux discussions visant à établir le canevas du procès. Si la solution a bien été trouvée, elle ne satisfait pas les deux parties, comme l'a noté ici le site de la radio publique. 

24 heures pour convaincre 

Mitch McConnell, sénateur du Kentucky et surtout patron des Républicains au Sénat, a eu beau jurer qu'il avait pris pour étoile du berger la feuille de route arrêtée il y a vingt ans quand il s'était agi de juger le parjure présumé de Bill Clinton, les Démocrates ont exprimé une autre opinion sur la question. "Ce sont des règles complètement partisanes (...) faites par le président Trump pour le président Trump", a ainsi riposté Chuck Schumer, sénateur de New York et chef, ici réduit à l'impuissance, de son groupe dans la chambre haute du Congrès américain. Il faut dire que les onze amendements déposés par les siens avaient été rejetés par leurs adversaires avec une belle constance. 

Ce programme si âprement élaboré est donc le suivant. Pendant 24 heures réparties sur trois jours, à compter de ce mercredi après-midi, chacun des deux bords - à savoir les avocats de Donald Trump opposés aux "House impeachment managers", c'est-à-dire les représentants expatriés au Sénat provisoirement pour défendre le dossier composé par leur chambre - présentera ses arguments successivement. Cette durée s'avère d'ailleurs la seule concession faite à ce jour par la majorité, qui originellement comptait n'y consacrer que deux jours, à l'opposition. 

Les questions écrites des sénateurs 

Après ces palabres introductifs, les sénateurs commenceront à exercer leur rôle, comme l'a détaillé ici le New York Times. Ils auront 16 heures pour poser leurs questions aux uns et aux autres. Considérant la longueur de la joute à distance entre avocats et détracteurs de Donald Trump en ouverture, les interrogations sénatoriales devraient a priori attendre la semaine prochaine. 

Et il ne faut pas imaginer une salve de questions pleines d'ironie ou de colère lancées à chaud à la face des conseils du président des Etats-Unis ou des parlementaires espérant bien le déboulonner avec quelques mois d'avance sur la prochaine présidentielle. Non, les sénateurs devront impérativement et sagement déposer leurs questions par écrit. 

Les témoins attendront 

C'est après ces sollicitations que se posera sérieusement un enjeu éludé mardi par les Républicains. Parmi les requêtes démocrates repoussées figurait la demande au Sénat de se procurer un mandat lui permettant d'obtenir certains documents au sein des départements d'Etat, de la Défense et de la Maison Blanche. En plus des documents, l'idée était aussi de convoquer plusieurs témoins, au premier rang desquels John R. Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale américaine, ou encore Mick Mulvaney, actuel chef de cabinet de la présidence des Etats-Unis. 

Les Républicains ont argué que cette réclamation serait réexaminé après que les sénateurs ont pu poser leurs points d'interrogation. John R. Bolton a déjà assuré qu'il honorerait un éventuel rendez-vous fixé par le Sénat. 

Premier pugilat 

Les participants n'ont pas attendu le lancement réel des débats pour s'empoigner. Certains d'entre eux en tout cas. L'incertitude autour de la venue de nouveaux témoins, dont John R. Bolton, a grandement frustré Jerrold Nadler, représentant de l'Etat de New York envoyé au Sénat par son institution. Il a raillé ses hôtes, estimant qu'ils montraient tous les signes d'une volonté d'aider "la couverture" de Donald Trump. Pat Cippoline qui mène l'équipe juridique de ce dernier a aussitôt tancé: "Le seul qui devrait avoir honte ici, c'est vous, monsieur Nadler, en raison de la manière dont vous vous adressez à ce grand corps de l'Etat. Il s'agit du Sénat des Etats-Unis d'Amérique. Ce n'est pas vous le patron ici". A quoi l'interpellé a rétorqué: "Le conseil du président n'a aucunement le droit de parler de mensonge". 

Leurs éclats de voix ont tellement défrayé la chronique sénatoriale, par principe policée, que ce mercredi le président de la Cour suprême des Etats-Unis, John G. Roberts Jr, a formulé un avertissement extraordinaire à leur encontre. "Je rappelle qu'ils s'adressent à l'instance de délibération du monde. Ses membres doivent éviter de parler d'une manière - et d'user d'un langage - autre que favorable au débat civique. Je pense que ceux qui prennent la parole devant le Sénat devraient garder à l'esprit la nature de l'endroit où ils se trouvent". 

Pas sûr pourtant que les participants réussissent à prendre des gants. 

Robin Verner