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Comment le conflit syrien attise les tensions avec la Turquie

L'attentat de Reyhanli en Turquie samedi souligne les risques de l'engagement turc en faveur des rebelles syriens.

L'attentat de Reyhanli en Turquie samedi souligne les risques de l'engagement turc en faveur des rebelles syriens. - -

L'attentat de Reyhanli en Turquie samedi souligne les risques de l'engagement turc en faveur des rebelles syriens. Et attise les tensions entre les deux pays.

Sitôt passé le choc de la double explosion dans la ville frontalière turque, qui a fait 48 morts et plus d'une centaine de blessés, les autorités d'Ankara ont mis en cause samedi la responsabilité du gouvernement syrien. Pour la Turquie, ces attentats sont les conséquences directes du conflit entre le gouvernement de Bachar al-Assad et les rebelles syriens. Explications.

> Pourquoi la Turquie a-t-elle été visée par des attentats?

Pour les analystes, le double attentat à la voiture piégée de Reyhanli a marqué l'échec de la politique turque qui, après avoir tenté en vain de profiter de ses bonnes relations avec Damas pour jouer les médiateurs, a décidé de jouer la carte de la rébellion.

"Jugeant le départ de Bachar al-Assad inévitable, la Turquie a cherché à le déstabiliser en soutenant l'opposition politique et armée en Syrie", observe Soner Cagaptay, du Washington Institute. "Mais cette politique a échoué avec les graves conséquences que les attaques de samedi ont soulignées", ajoute-t-il, "Ankara ne peut plus désormais se considérer comme à l'abri des retombées de la guerre".

Dans un rapport publié il y a quelque jours, l'ONG International Crisis group a précisément mis en garde contre les risques suscités par la forte présence de réfugiés et de rebelles syriens de confession sunnite dans la province turque d'Hatay, où réside une forte minorité alaouite, la confession du président Assad.

> Qui sont les auteurs de l'attentat?

Neuf personnes ont été interpellées dimanche en Turquie après le double attentat dont Ankara a attribué la responsabilité au régime de Damas qui a démenti toute implication.

Quelques heures après la double explosion, le ministre de l'Intérieur Muammer Güler avait déjà affirmé que les responsables de l'explosion étaient "liés à des organisations soutenant le régime syrien et ses services de renseignement".

Dimanche, Muammer Güler s'est refusé à en dire plus sur l'identité des suspects et la nature de leur groupe, mais il a précisé qu'il s'agissait d'activistes "dont on connaît les noms et les activités" et leurs "contacts étroits" avec le régime syrien.

Et le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a imputé, au cours d'une conférence de presse à Berlin avec son homologue allemand Guido Westerwelle, le double attentat à "une ancienne organisation marxiste directement liée au régime" de Damas. Plusieurs journaux turcs ont évoqué dimanche la piste d'un groupuscule clandestin turc de gauche, les Acilciler, dont le chef Mihraç Ural aurait trouvé refuge en Syrie à la fin des années 1970.

> Pourquoi le conflit syrien se propage-t-il?

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a reproché à la communauté internationale son "silence" sur le dossier syrien dont "l'attentat barbare" de samedi est, selon lui, une conséquence.

"Le dernier attentat montre comment une étincelle se transforme en incendie lorsque la communauté internationale reste silencieuse et que le Conseil de sécurité de l'ONU est incapable d'agir", a déclaré le chef de la diplomatie turque au lendemain de l'attentat. Ankara en a attribué la responsabilité au régime de Damas qui a, quant à lui, démenti toute implication.

Le 5 mai dernier, l'ONU s'était déjà inquiété d'une possible escalade de la violence dans la région, après deux attaques aériennes d'Israël sur le sol syrien.

> Quel rôle peut jouer la communauté internationale?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rend en Russie mardi pour s'y entretenir de la situation en Syrie avec le président Vladimir Poutine, a indiqué le Kremlin lundi.

De son côté, John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, doit rencontrer son homologue suédois pour discuter, entre autres, des développements inquiétants en Syrie.

Les puissances occidentales sont toujours divisées au sein du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question syrienne, la Chine et la Russie continuant à soutenir le régime d'Al-Assad. Ce qui favorise l'enlisement du conflit en Syrie.


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Magali Rangin avec AFP