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Raids israéliens en Syrie: vers une escalade régionale?

Un tank israéliens à la frontière syrienne, le 5 mai.

Un tank israéliens à la frontière syrienne, le 5 mai. - -

Les deux raids israéliens de ces derniers jours contre des cibles du Hezbollah en Syrie ont mis le feu aux poudres dans une région qui était déjà au bord de l'implosion. Faut-il craindre une escalade régionale? Éléments de réponse.

Deux raids et beaucoup d'interrogations. Ce lundi, l'ONU a fait savoir sa "préoccupation" face à une éventuelle escalade au Proche-Orient, au lendemain d'un week-end marqué par deux attaques aériennes d'Israël sur le sol syrien. En tête des craintes occidentales: une possible riposte de Damas, qui déclencherait inévitablement un conflit israélo-syrien, le premier depuis 1973 et la guerre du Kippour.

Pourquoi Israël a frappé la Syrie?

Israël avait, de toute évidence, des objectifs militaires plutôt que politiques. Vendredi, les forces de l'Etat hébreu ont visé un entrepôt abritant des missiles de fabrication iranienne Fateh-110, à proximité de l'aéroport de Damas. Des armes fournies par Téhéran, en transit sur le sol syrien avant d'être transférées au Hezbollah, le mouvement chiite libanais, pro-syrien et pro-iranien. Samedi, c'est le centre de recherches scientifiques de Jamraya, à Damas, qui a été détruit.

Par ces frappes, qui ont certes touché le sol syrien, Israël ne visait pas directement la Syrie. Au contraire, Jérusalem sait qu'un effondrement du régime d'Al-Assad ne ferait qu'instaurer l'instabilité à ses frontières. Le but de ces attaques était d'empêcher le Hezbollah de se doter d'armes puissantes – la hantise d'Israël.

Avec ces missiles Fateh, dont la portée peut atteindre 300 kilomètres, le mouvement chiite libanais pourrait en effet atteindre la quasi-totalité du territoire israélien. Nul doute que le Hezbollah lancerait ces missiles, sur ordre de Téhéran, si Israël ou les Etats-Unis se décident à frapper les sites nucléaires iraniens.

Les paris d'Israël

S'il ne dément aucunement ces raids, qui ont tué au moins 42 soldats syriens, selon un dernier bilan, le gouvernement israélien ne confirme pas officiellement. Comme l'explique Le Monde, Jérusalem cherche, de cette manière, à ne pas fournir d'arguments qui justifieraient une riposte de Bachar al-Assad.

Les autorités israéliennes parient aussi sur le fait que la Syrie, déjà engluée dans sa guerre civile, ne cherche pas à entamer un conflit ouvert avec une puissance militaire du niveau d'Israël.

Enfin, le maintien du déplacement de cinq jours du premier ministre Benyamin Netanyahu en Chine, loin de ces tensions, tend à montrer qu'Israël ne s'inquiète pas vraiment des conséquences de ses frappes.

Vers une réponse de Damas?

Mais c'était sans compter sur la stratégie de Damas, qui a annoncé, ce lundi, que la Syrie "choisirait le moment" de sa riposte. "La Syrie répondra à l'agression israélienne mais choisira le moment pour le faire", a ainsi affirmé un responsable politique syrien proche du pouvoir.

Des menaces à prendre au sérieux? "La puissance militaire israélienne dans cette région est telle que le rapport de force est très défavorable à la Syrie, qui est assez occupée avec ses rebelles", analyse le spécialiste de géopolitique Frédéric Encel sur BFMTV.

"Israël ne subira vraisemblablement pas de riposte", estime-t-il. Il faut cependant garder à l'esprit que plusieurs milliers de soldats du Hezbollah sont venus prêter main forte aux autorités syriennes pour combattre les rebelles, ce qui pourrait pousser Bachar Al-Assad à riposter, pour défendre les intérêts de son allié.

Rappelons toutefois que le raid aérien mené par les forces israéliennes à la frontière syro-libanaise, le 29 janvier dernier, contre un convoi de missiles destinés au Hezbollah, était resté sans suites. "Détail" important: les attaques de ce week-end, comme celle de janvier, auraient été menées à partir de l'espace aérien libanais, ce qui fournit un élément de dissuasion de plus à Bachar Al-Assad.

Quelle attitude attendre des alliés?

En cas de confrontation directe entre Israël et la Syrie, l'évolution vers un conflit régional impliquant le Hezbollah puis l'Iran serait prévisible. Et c'est véritablement ce qui préoccupe les puissances occidentales, toujours divisées au sein du Conseil de sécurité de l'ONU sur la question syrienne, la Chine et la Russie continuant à soutenir le régime d'Al-Assad.

Mais pour Frédéric Encel, cette idée d'une solidarité de l'axe chiite ne s'impose pas forcément. Car bien qu'ils soient alliés, l'Iran, le Hezbollah et la Syrie n'interviennent pas quand l'un d'entre eux entre en conflit (armé ou informatique) avec Israël. D'autant plus que la conjoncture actuelle ne leur est pas favorable: occupée par le conflit sur son sol, la Syrie n'est pas en l'état de riposter efficacement face à Israël. Même chose pour le Hezbollah, qui investit une forte part de ses moyens militaires sur le conflit syrien, et ne pourrait pas gérer les deux fronts.

Bien que les éléments jouent, à première vue, en sa faveur, Israël a tout de même déployé deux batteries antimissiles Iron Dome dans le nord du pays, à la frontière libanaise.

Adrienne Sigel