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Gaza: la communauté internationale peut-elle imposer la paix?

Une Palestinienne est arrêtée par un garde-frontière israélien à Jérusalem, le 24 juillet 2014.

Une Palestinienne est arrêtée par un garde-frontière israélien à Jérusalem, le 24 juillet 2014. - -

Imposer la paix aux Israéliens et aux Palestiniens semble pour le moment relever d'un vœu pieux. C'est en tout cas celui qu'a formulé jeudi Dominique de Villepin sur BFMTV, en appelant à une action de l'ONU. Mais est-ce seulement envisageable?

Au 17e jour de l'offensive israélienne sur Gaza et en dépit d'initiatives diplomatiques répétées, comme celles du secrétaire d'Etat américain John Kerry, le processus de paix semble enterré sous les destructions et les cadavres, principalement des civils palestiniens de Gaza. Seuls de fragiles cessez-le-feu, peu respectés et conclus pour quelques heures afin d'évacuer les blessés, ont jusqu'alors pu être consentis.

Sur BFMTV, jeudi, l'ancien ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a évoqué un "mandat de l'ONU" afin d'"imposer la paix", au besoin par le "déploiement de Casques bleus". "Complète utopie", répondent deux experts interrogés par BFMTV.com, Alain Dieckhoff, directeur de recherches au CNRS, et Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris. "Imaginez des soldats indiens, français, espagnols... tués au Proche-Orient? Israël n'en prendra jamais la responsabilité", explique ce dernier.

Reste que cette idée d'imposer la paix aux belligérants contre eux-mêmes paraît, au bout du bout, une des seules options viables. A condition bien entendu, que la communauté internationale et le Conseil de sécurité de l'ONU s'en donnent les moyens. Analyse.

> Pourquoi la diplomatie internationale paraît-elle impuissante?

"John Kerry est arrivé deux semaines après le début de l'offensive" menée par Tsahal, fait remarquer Alain Dieckhoff. "S'ils ont appelé rapidement à un cessez-le-feu, les Etats-Unis ont la volonté de laisser une certaine marge de manœuvre à Israël, mais le conflit dure certainement plus longtemps que prévu", analyse le chercheur. "John Kerry a été assez actif depuis 2013, mais les Etats-Unis ne se sont pas donnés les moyens de leur politique." Frédéric Encel fait un constat identique: "on [la communauté internationale] laisse Israël amenuiser les capacités du Hamas".

Sur le fond, le chercheur du CERI souligne la complexité pour la diplomatie d'avancer en "tenant compte de multiples acteurs". L'Egypte qui jouait un rôle essentiel du temps de Mohamed Morsi, le président proche des Frères musulmans évincé à la suite d'un vaste mouvement populaire, est maintenant dirigée par le général Sissi et "ne joue plus le rôle d'intermédiaire avec le Hamas". Quant au Qatar, pays proche du mouvement palestinien, "son rôle ne peut être qu'indirect".

> Comment le Hamas est-il perçu?

La défiance envers le Hamas jouerait d'ailleurs un rôle central, dans la tournure actuelle des événements et l'apparente frilosité des diplomates. Selon Frédéric Encel, "le Hamas est perçu, à tort ou à raison, comme ayant déclenché les hostilités à l'égard d'Israël". Il est donc dans une position beaucoup moins favorable que l'Etat hébreu. Les mots employés par les différentes puissances occidentales, note-t-il, sont ceux de "riposte", de "réplique", de "réponse", induisant une agression préalable.

Cette perception négative du Hamas est aussi motivé par une volonté de "ne pas voir des mouvements islamistes radicaux rester puissants ou monter en puissance", avance encore Frédéric Encel. "On est dans un contexte très particulier où la quasi-totalité des chancelleries du monde craignent comme la peste la poursuite de l'offensive fulgurante de l'Etat islamique en Syrie et en Irak".

"Le Hamas n'a jamais été aussi isolé", résume-t-il, avec "l'Egypte qui lui fait porter l'entière responsabilité de la guerre".

> Quel rôle peut jouer la France?

"La France a l'oreille à la fois de l'Autorité palestinienne et d'Israël, ce qui n'était pas évident dans les années 70 ou 80", constate Frédéric Encel. Mais les deux experts s'accordent à dire que si la France peut "être une locomotive au sein de l'Europe", elle ne peut en revanche "être le principal pourvoyeur d'un cessez-le-feu ou de paix dans la région". Notre pays doit se contenter d'"accompagner" les efforts vers la paix.

> Une solution peut-elle venir de l'ONU?

Pour Frédéric Encel, une solution diplomatique imposant un cessez-le-feu "pourrait venir du Conseil de sécurité, s'il était uni". Cette union de "cinq puissances viscéralement opposées " à "l'islamiste radical à dominance sunnite", encore une fois le Hamas, pourrait donc jouer un rôle fédérateur.

Concrètement, "une résolution pourrait être votée au titre du chapitre VI de la Charte des Nations Unies par le Conseil de sécurité". Mais quand bien même "toutes les résolutions du Conseil de sécurité sont contraignantes, ce chapitre ne prévoit pas de sanction", souligne Frédéric Encel.

Alain Dieckhoff fait observer de son côté qu'une résolution doit, pour être efficiente, "être soutenue par une volonté politique de les faire appliquer". A défaut, elle reste donc lettre morte. "Il faut relancer de façon énergique le processus de paix entre Israël et l'autorité palestinienne, un cessez-le-feu suivi d'une trêve ne changera rien sur le fond. Il faut que les Américains viennent avec un plan, fixant les paramètres de ce que doit être un accord, comme Bill Clinton l'avait fait à la fin de son mandat en décembre 2000". D'ailleurs, souligne-t-il, "les paramètres ne seraient pas très différents de ce qu'ils étaient à l'époque".

> L'enquête de l'ONU va-t-elle peser dans les débats?

Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a lancé mercredi une enquête sur l'offensive israélienne, après que la haute-commissaire des Nations Unies avait évoqué de "possibles crimes de guerre".

Pour Alain Dieckhoff, le Conseil des droits de l'Homme est "dans son rôle", mais "encore faut-il qu'Israël permette aux enquêteurs" de travailler voire de se rendre sur place, ce qui semble loin d'être certain. Selon Frédéric Encel, l'enquête "qui sera", in fine, "rejetée par les deux parties", ne pourra aboutir qu'à constater, tout en faisant état de "la puissance militaire sans commune mesure" de l'armée israélienne face aux Palestiniens, de crimes de guerre... des deux côtés.

David Namias