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L'Iran aurait demandé l'aide d'Israël pour détendre ses relations avec Washington

L'ancienne ambassade des Etats-Unis en Iran, en janvier 2005 à Téhéran.

L'ancienne ambassade des Etats-Unis en Iran, en janvier 2005 à Téhéran. - -

Selon la chaîne d'informations israélienne i24news, Téhéran aurait tenté d'établir des liens indirects avec le pouvoir israélien dans l'espoir d'apaiser les tensions diplomatiques avec les Etats-Unis.

Cela paraît à peine croyable, mais l'Iran aurait bien eu des prises de contact indirectes avec Israël, dans un passé récent. Selon le site israélien i24news, Téhéran a cherché à entrer en contact avec le pouvoir israélien en 2006. On est alors au coeur des années Bush, l'Iran est plus que jamais perçu par les Etats-Unis comme un Etat terroriste, aussi la république islamique cherche-t-elle à apaiser les tensions.

C'est à l'époque la demande surprenante de l'Iran, rapporte i24news: des officiers supérieurs des Gardiens de la révolution, la garde prétorienne du chef de l'Etat, font passer le message à un homme d'affaire israélien, ancien diplomate. Lequel transmet aussitôt la demande au cabinet du Premier ministre israélien d'alors, Ehud Olmert.

Finalement, la requête de l'Iran restera sans réponse: Ehud Olmert ne veut surtout pas jouer les entremetteurs entre Téhéran et Washington, de peur de provoquer la colère des faucons de l'administration Bush, qui s'opposent à tout contact avec l'Iran.

"Il y a toujours eu un canal de discussion"

Quel crédit apporter à ces informations? Pour Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris, "c'est tout à fait vraisemblable". Ce spécialiste du Proche-Orient veut rappeler l'ancienneté de ce type de contacts entre Israël et l'Iran: "Il y a toujours eu un canal de discussion, de régulation des tensions [entre les deux pays, NDLR], dès les années 80, mais ce ne sont pas des liens officiels".

En clair, les messages transitent la plupart du temps entre services secrets ennemis, qui passent leur temps à se traquer... et qui savent donc parfaitement où et comment se trouver. Mais ce lien est "très ténu", précise Frédéric Encel, la plupart du temps "avec un interlocuteur de chaque côté".

Comment expliquer qu'Israël et l'Iran, incarnations des ennemis jurés, puissent se parler en coulisses, qui plus est depuis les années 80? "Dans les années 84-85", rappelle Frédéric Encel, "Khomeini [le guide spirituel de la révolution islamique en Iran, NDLR] avait beau être antisémite, l'ennemi commun était l'Irak de Saddam Hussein, qui menaçait autant l'Iran qu'Israël". Lorsque les Israéliens observaient les Iraniens, et vice versa, ils voyaient aussi l'ennemi de leur ennemi, et par conséquent de bonnes raisons de maintenir un fil de discussion, fût-il aussi ténu qu'improbable.

|||Frédéric Encel a publié de nombreux ouvrages de géopolitique et sur Israël. Dernier d'entre eux: De quelques idées reçues sur le monde contemporain: précis de géopolitique à l'usage de tous (éditions Autrement).

Alexandre Le Mer