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Accord sur le nucléaire: les grandes puissances et l'Iran satisfaits, Israël en colère

Les chefs de diplomatie John Kerry (Etats-Unis), Sergueï Lavrov (Russie), et Laurent Fabius (France), après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien.

Les chefs de diplomatie John Kerry (Etats-Unis), Sergueï Lavrov (Russie), et Laurent Fabius (France), après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien. - -

L'Iran et les grandes puissances ont scellé dimanche un premier accord historique pour contenir le programme iranien. Si l'Occident se réjouit de ce texte, Israël, en revanche, fustige "une erreur historique".

Le moment est historique. Après cinq jours d'âpres négociations, les diplomates européens, russes et chinois ont réussi à tomber d'accord avec l'Iran sur un texte contraignant temporairement l'armement nucléaire de ce pays. La République islamique accepte de limiter son programme nucléaire, en échange d'un allègement des sanctions économiques, ouvrant une nouvelle période de pourparlers sur le fond, et une série d'inspections internationales plus poussées pendant six mois.

Il y a seulement cinq jours, lors de l'amorce de cette période de négociations, cet objectif semblait quasi-inatteignable. La satisfaction est donc grande du côté des puissances en jeu. L'Elysée a salué "un pas important dans la bonne direction". Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, qui s'est rendu sur place samedi, parle, lui, d'"avancée importante pour la sécurité et pour la paix". Cet accord "confirme le droit de l'Iran à l'énergie nucléaire civile, mais exclut de sa part tout accès à l'arme nucléaire", a ajouté le ministre, estimant que cela constituait une "première étape majeure".

Le président russe, Vladimir Poutine, estime que l'accord international signé à Genève sur le nucléaire iranien est une "percée", seulement un "premier pas" sur un chemin long et difficile. Plus tôt, sur Twitter, avec un enthousiasme tout à fait inhabituel, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s'est réjoui de l'issue de ces négociations, qu'il a rejoint vendredi.

Group of "Six" and #Iran did it! @mfa_russia @PressRUSUN @mission_russian #Lavrov @JohnKerry @eu_eeas @JZarif pic.twitter.com/oXNcusfd2v
— MFA Russia (@mfa_russia) 24 Novembre 2013

Déjà des divergences sur les modalités

Le président iranien Hassan Rohani a rappelé que "l'Iran n'a jamais cherché et ne cherchera jamais à fabriquer l'arme atomique", mais a une interprétation différente de celle de ses homologues. Selon lui, le texte signé dimanche valide le principe de l'enrichissement d'uranium de son pays. "Les droits nucléaires et les droits de l'Iran à l'enrichissement d'uranium ont été reconnus par les grandes puissances", a-t-il affirmé dans une déclaration à la télévision d'Etat.

Peu de temps après, il a été contredit sur ce point par le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, qui a martelé que le texte "ne dit pas que l'Iran a le droit à l'enrichissement d'uranium, quoique que disent certaines commentaires d'interprétation". Depuis la Maison Blanche, le président des États-Unis Barack Obama a qualifié de "première étape importante" cet accord intérimaire, qui "barre le chemin le plus évident" de l'Iran vers une bombe atomique, tout en soulignant que d'"énormes difficultés" persistaient dans ce dossier.

Israël évoque une "erreur historique"

En revanche, Israël, en froid avec les Etats-Unis, ne cachait pas son amertume dimanche après un "mauvais accord" et "une erreur historique" sur le nucléaire selon eux, tout en n'excluant pas une opération militaire contre l'ennemi juré iranien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait posé des conditions très strictes à tout arrangement avec l'Iran et mené une offensive diplomatique contre l'administration de Barack Obama accusée de vouloir faire trop de concessions, est rapidement monté au créneau. "C'est un mauvais accord qui offre exactement ce que l'Iran voulait: la levée partielle des sanctions et le maintien d'une partie essentielle de son programme nucléaire", a déploré le Premier ministre.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a tenté de rassurer Israël. "Cet accord complet rendra le monde plus sûr", a-t-il assuré à Genève. En vain. Prenant acte de "l'échec", le ministre de l'Économie Naftali Bennett a assuré qu'Israël n'était pas lié par l'accord de Genève et avait le droit de se défendre. "Si l'Iran menace Israël, Israël a le droit et la capacité de se défendre", a estimé Naftali Bennett, dirigeant du Foyer juif, un parti nationaliste religieux. "L'accord laisse intacte la machine nucléaire iranienne et pourrait permettre à l'Iran de produire une bombe dans une période de six à sept semaines. Israël est prêt à toute éventualité".

Alexandra Gonzalez avec AFP