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Nucléaire iranien: "L'Occident doit saisir l'importance du moment"

Hassan Rohani est prêt à négocier sur le nucléaire

Hassan Rohani est prêt à négocier sur le nucléaire - -

Réelle volonté d'ouverture ou discours sans conséquence? Alors que le nouveau président iranien, Hassan Rohani, a appelé l'Occident au dialogue, le chercheur Thierry Coville estime que les Occidentaux devraient saisir cette chance.

Le nouveau président iranien Hassan Rohani a affirmé ce mardi être prêt à des "négociations sérieuses" sur la question du nucléaire. Cette déclaration pourrait réactiver un processus jusqu’à présent inefficace. Décryptage avec Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l’Iran.

Les signes d'ouverture du président iranien sont-ils crédibles?

La déclaration du président Rohani, selon qui l’Iran est prêt à des "négociations sans perte de temps" sur la question nucléaire, n’étonne pas le chercheur Thierry Coville. Selon lui, la résolution du conflit est une priorité du nouveau gouvernement: "Rohani veut vraiment négocier. Cela correspond aux attentes de sa population, les journaux iraniens parlent même de l’équipe de négociation qu’il a mis en place pour cela".

Rohani est un modéré, assure le chercheur, même si certains en doutent. "Je pense qu'il a une approche différente de celle de ses prédécesseurs, il cherche à nouer des relations plus constructives avec le reste du monde, sur le nucléaire et sur d’autres sujets".

Pour autant, la position iranienne n’a pas radicalement changé. Le nouveau président a bien signifié que l’Iran ne renoncera pas au nucléaire civil. Un programme qui a été lancé par le Shah d'Iran dans les années 1950 et n'est donc pas l'apanage des mollahs. "Personne n’a dit (…) on cessera l’enrichissement d’uranium. C’est clair que c’est le droit indéniable [de notre pays]." Une déclaration sans surprise selon le chercheur: "C’est la ligne rouge à ne pas franchir, cela l’a toujours été. L’Iran veut que son programme soit reconnu, l’approche de Rohani est juste moins agressive."

Les négociations avec les Occidentaux peuvent-elles aboutir?

"Nous allons poursuivre les négociations avec le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne). Nous cherchons à répondre aux inquiétudes communes", a encore assuré Hassan Rohani. Les pays en question ne peuvent pas refuser la main tendue par le président iranien, estime Thierry Coville: "Ils doivent saisir l’importance du moment. S’ils ne le font pas, des forces en Iran en profiteront pour dire que l’Occident ne comprend que les mesures fortes. Rohani aura par la suite du mal à s’imposer en interne."

Le chercheur pense qu’un consensus accepté par les deux parties est envisageable: "Il pourrait être mis en place des ‘crans de sureté’, comme un niveau maximum d’enrichissement de l’uranium ou l’acceptation par Téhéran de visites de sites sensibles par l’Agence internationale de l'énergie atomique."

Les Etats-Unis auront nécessairement un rôle très important à jouer. La Chambre des représentants américaine a récemment approuvé de nouvelles sanctions contre l’Iran, avec des limites très strictes sur l’industrie pétrolière du pays. Condamné à nouveau ce mardi par le président Rohani, ce type de mesures a déjà fait chuter les exportations et les devises pétrolières du pays de moitié. "Le Congrès américain a une forte influence sur la politique extérieure des Etats-Unis. Il a une lecture archaïque de la situation. Nous verrons si Obama est assez fort pour l’affronter", ajoute Thierry Coville. Si tel n’est pas le cas, le président américain risque de laisser croire que le problème du nucléaire n’est qu’un prétexte servant à appuyer un changement de régime politique en Iran.

Israël a-t-il un rôle à jouer?

La relation israélo-iranienne s’est tendue ces derniers jours, après que le nouveau président iranien a qualifié la création d’Israël de "blessure dans le corps du monde musulman". Selon Thierry Coville, cette déclaration, qui a eu lieu à l’occasion d’une journée de soutien à la Palestine, est moins grave que celle proférée il y a quelques années par son prédecesseur: "Il faut comprendre le contexte iranien, n’importe quel dirigeant dira la même chose. Il n’a pas été aussi dur que Mahmoud Ahmadinejad."

Benyamin Netanyahou a pour sa part affirmé que Rohani est un "loup déguisé en mouton" sur la question du nucléaire. Le 14 juillet dernier, le premier ministre israélien a déclaré sur une télévision américaine qu’il était prêt, s'il en ressentait le besoin, à attaquer l’Iran avant les Etats-Unis. "Pour Israël, l’Iran demeure une menace existentielle", estime Thiery Coville. "Il ne faut pas compter sur eux pour régler le problème diplomatiquement, mais sur l’Europe et les Etats-Unis." Selon le chercheur, même si l’Iran n’est pas une démocratie, une porte a été ouverte et il ne faut pas la manquer.

Maxence Kagni