BFMTV
International

Comment Benoît Hamon est perçu à l'étranger

-

- - Un débat opposera François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon le 20 mars en direct à 21H00 sur TF1 - LIONEL BONAVENTURE, AFP/Archives

Le succès de Benoît Hamon à la primaire à gauche a surpris en France. La victoire de cet ancien ministre de l'actuelle majorité devenu une figure de l'aile gauche du Parti socialiste a également suscité de nombreux articles dans la presse internationale.

A moins de trois mois du premier tour de la présidentielle, la presse internationale s’intéresse de près aux candidats qui aspirent à présider aux destinées du pays jusqu’en 2022. Il y a quelques jours, Marine Le Pen intervenait à l’antenne de la chaîne américaine CNN. L’affaire Penelope Fillon, souvent rebaptisée "Penelopegate" pour être mieux comprise des différents publics, a été abondamment couverte par les médias du monde entier. Emmanuel Macron, lui aussi, suscite l’intérêt des journalistes en dehors de nos frontières. Mais à en juger par le nombre d’articles et d’éditoriaux qui lui ont été consacrés ici et là, Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste et de ses alliés, n’est pas en reste.

Sur son site, le quotidien indien, The Indian Express, se fait même l’écho du ralliement de l’économiste Thomas Piketty à l’équipe de campagne du vainqueur de la primaire à gauche. Cependant, la personnalité et le positionnement de Benoît Hamon dans sa famille politique ne font pas l’unanimité.

Un "apparatchik" pour la presse conservatrice espagnole

Pour cet article paru sur le site du journal ABC, situé à la droite de l’échiquier politique espagnol, l’ancien ministre de l’Education nationale aurait tout de l’homme au couteau entre les dents. Sous le titre, "Benoît Hamon, un bureaucrate gauchiste", le correspondant du média à Paris tire un portrait peu amène de l’ex-membre des gouvernements Ayrault et Valls. La publication souligne d’abord qu’il est "un professionnel de la politique depuis ses 19 ans", pourvu seulement d’une "vague ‘licence’ en histoire", et a "traversé sa vie en apparatchik" (terme russe qui désignait les cadres du Parti communiste en URSS). Enfin, l’auteur estime que Benoît Hamon a parcouru d’un bout à l’autre le spectre de la gauche française:

"Il a successivement défendu des positions politiques qui ont commencé du côté des sociaux-réformistes pour terminer du côté des partisans de la rupture, à la gauche de la gauche du PS, hostiles aux politiques de François Hollande et Manuel Valls".

Entre imagination et inspiration

Le ton est différent dans les colonnes d’El Pais, même si l’on y souligne qu’avant d’incarner une ligne tranchée au sein de son clan, Benoît Hamon avait conclu une alliance avec ses futurs rivaux dans la primaire: Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Après avoir écrit que Benoît Hamon se définissait à présent comme "écosocialiste", El Pais décrit l’infléchissement de la pensée du candidat en matière d’économie, et plus particulièrement de croissance: "Pédagogue de ‘la tension entre le peuples et les élites’ ou de la confusion entre les lobbies et le gouvernement, il rejette le culte de la croissance sans fin." L’article s’intéresse spécialement à l’un des points du programme du député élu dans les Yvelines: sa volonté de taxer les revenus produits par des robots, mesure qualifiée d’"imaginative".

El Periodico, quant à lui, remarque les influences étrangères du Français. Le site du quotidien catalan de gauche rapporte ainsi qu’en 2016, Benoît Hamon a rendu "visite à l’américain Bernie Sanders et au leader du Labour britannique Jeremy Corbyn, et observe avec attention Podemos."

Le "Corbyn français"?

Il y en a d’autres à qui le parallèle éventuel avec le leader de l’opposition d’outre-Manche n’a pas échappé: ce sont les Britanniques eux-mêmes. S’il s’agit parfois de l’infirmer, la parenté entre le candidat du revenu universel et celui qui est vu comme l’antithèse du très réformiste Tony Blair à la tête du Parti travailliste est souvent maintenue.

Tous deux apparaissent comme ancrés à la gauche de leur mouvement. Dans ce portrait assez railleur publié par The Guardian au lendemain de la victoire de Benoît Hamon à la primaire, la comparaison est assumée dès le titre. L’auteur s’amuse même à franciser le nom du responsable du Labour pour fabriquer un surnom au Français: "Jérémie Courbin". Pour ce média de centre-gauche, économiquement libéral, c’est une manière de critiquer la feuille de route de Benoît Hamon, dont le projet est jugé trop dispendieux.

Pour Sky News, cependant, le portrait croisé a ses limites: "Alors que le leader travailliste a surgi de l’arrière-plan, M. Hamon est un ancien ministre qui a une longue expérience de la politique de premier plan." En bons Britanniques, ces médias ont passé les chances présidentielles de Benoît Hamon au crible des bookmakers. Pour le Guardian, au 30 janvier, une victoire du membre du PS le 7 mai prochain est donnée à 30 contre un. Dix jours plus tard pour Sky News, les choses allaient un peu mieux pour Benoît Hamon, dont le succès est alors évolué à 20 contre un.

Calamité électorale ou aubaine, une issue incertaine

Ce dernier n’est décidément pas à la fête chez les Anglo-saxons car, dans la version européenne du site américain Politico, la possible "vague de désertions" en faveur d’Emmanuel Macron des partisans de Manuel Valls donne à penser que la contestation du profil de Benoît Hamon au sein-même des élus de son parti marque "le premier jour de l’implosion du Parti socialiste français".

Plus optimiste, la vitrine numérique du magazine de gauche The New Statesman, qui assure pourtant que la désignation de Benoît Hamon est une aubaine pour Emmanuel Macron, lui prête un meilleur destin et affirme que le parlementaire pourrait rallier à lui certains électeurs proches de Jean-Luc Mélenchon. Dans tous les cas, le correspondant du magazine en est certain, le triomphe inattendu de Benoît Hamon à la primaire est une mauvaise nouvelle pour l’hémisphère droit de la vie publique française:

"Que Benoît Hamon parvienne à maintenir l’unité de la gauche ou accélère le déclin du PS au bénéfice de Macron, son improbable victoire dans la primaire accroît les chances que la présidence française ne bascule pas à droite ou à l’extrême droite."

Une dernière tribune, mise en ligne par le Guardian, écrite par une journaliste en poste à Paris, examine moins les conséquences politiques de la présence de l’ancien porte-parole du Parti socialiste au sein de la campagne présidentielle que son versant idéologique. Ainsi, la victoire préliminaire de Benoît Hamon sur Manuel Valls signerait le retour en force d’une conception plus "multiculturelle" de la laïcité dans un pays de plus en plus polarisé autour de cette question: "La victoire de Benoît Hamon a redonné vie à la laïcité ouverte (en français dans le texte), ou sécularisme doux, qui avait semblé disparu ces dernières années", est-il ainsi écrit.

Le débat présidentiel français n'en a pas fini de rencontrer de nombreux échos à l’étranger.

Robin Verner