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"Assurer notre sécurité et infliger un revers à Poutine": Hollande appelle à "arrêter" l'achat de gaz russe

François Hollande le 25 février 2022 à la sortie de l'Elysée après un échange avec Emmanuel Macron sur l'Ukraine

François Hollande le 25 février 2022 à la sortie de l'Elysée après un échange avec Emmanuel Macron sur l'Ukraine - LUDOVIC MARIN / AFP

L'ancien président estime que la France ne "peut plus moralement et politiquement" acheter du gaz à Moscou. Si la fin des livraisons serait un "sacrifice", elle pourrait accélérer le développement des énergies renouvelables tout en poussant l'Europe à "plafonner les prix du gros du gaz".

Pointer du doigt les incohérences françaises et européennes pour arrêter Vladimir Poutine. L'ancien président François Hollande signe une tribune dans Le Monde dans laquelle il appelle Paris à limiter drastiquement l'achat de gaz russe avant de s'en passer totalement au niveau de tous les pays membres de l'Union européenne "pour assurer notre propre sécurité et pour infliger un revers majeur à Vladimir Poutine".

"Peut-on encore moralement et politiquement acheter du gaz venant de Russie quand l’armée de Vladimir Poutine écrase l’Ukraine, assiège Kiev, bombarde des villes entières, inflige un supplice effroyable à la population civile à laquelle nous apportons un soutien que nous ne cessons de rappeler?", s'interroge d'abord l'ancien président au 13ème jour du conflit entre les deux pays, et alors que plus d'1,7 million de personnes ont fui l’Ukraine.

"Nous finançons la guerre que nous condamnons par ailleurs"

Alors que les 27 ont pris des sanctions inédites, entre notamment le gel des avoirs des oligarques, et l'exclusion des banques russes de la plateforme de paiements internationaux Swift, François Hollande reconnaît une "certaine efficacité".

"Mais pour des raisons simples à comprendre et qui tiennent à notre dépendance (40% pour l’Union européenne), les approvisionnements en gaz et en pétrole ont été sanctuarisés et les contrats avec Gazprom ont été jusque-là strictement respectés. (...) Nous finançons ainsi la guerre que nous condamnons par ailleurs", attaque ensuite celui qui a co-négocié les accords de Minsk en 2014 avec Vladimir Poutine.

"La raison comme l'émotion" pour stopper l'achat de gaz russe par la France

C'est qu'une telle décision entraînerait "un double choc de prix et de quantité en résulterait dès l’hiver prochain", explique l'ancien locataire de l'Élysée, avant de dérouler les arguments pour convaincre la France de sauter le pas.

"N'est-il pas nécessaire pour assurer notre propre sécurité et pour infliger un revers majeur à Vladimir Poutine de changer profondément et bien plus rapidement que prévu notre modèle énergétique ? (...) La raison comme l’émotion nous conduisent à faire ce choix et à y travailler dans les plus brefs délais. Pour la France, l’objectif est à notre portée puisque le gaz russe représente 20 % de notre consommation", explique encore l'ancien président.

François Hollande n'hésite pas à en appeler directement aux Français alors que près de 44.000 personnes se sont rassemblées dans l'Hexagone ce samedi en soutien au peuple ukrainien, d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur.

Des "sacrifices" pour les Français

"ll serait incontournable de solliciter les Français pour qu’ils réduisent leur chauffage l’hiver prochain. Cet effort pourrait d’ailleurs être appelé dès aujourd’hui", juge d'ailleurs l'ex chef de l'État qui se dit "convaincu que nos compatriotes" "seraient prêts à ce sacrifice".

"La réduction de la dépendance au gaz devrait également passer pour François Hollande par les énergies renouvelables, qui n'obéissent à "d'autres pouvoirs que celui du vent, du soleil et de la terre". "Aucun dictateur ne peut en déterminer l’usage ou la force", rappelle-t-il.

L'appel de François Hollande dépasse cependant les frontières françaises pour viser directement les pays membres de l'UE et tout particulièrement Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.

Plafonner les prix du gaz au niveau européen

"L’Europe devrait saisir cette occasion pour modifier profondément sa politique en mettant en place un plafonnement des prix de gros du gaz, ce qui aurait l’avantage de limiter la progression du prix de l’électricité puisque les deux sont liés", explique ainsi l'ancien président.

Une telle mesure "ferait peser une charge importante sur le budget de l’Union européenne, mais ne serait-ce pas finalement moins cher, à court terme, que de lancer de grands programmes d’armement à partir d’un financement qui n’est aujourd’hui pas établi?", s'interroge encore François Hollande.

Avant de se permettre des piques à Emmanuel Macron.

La présidentielle "escamotée"

Alors que le président-candidat a annoncé la construction de six nouveaux réacteurs le 10 février dernier, François Hollande appelle à "prolonger les centrales existantes" plutôt que "réfléchir à de nouveaux réacteurs", lui qui a pourtant acté la fermeture de la centrale de Fessenheim pendant son mandat.

"Sommes-nous, en cette veille d’élection présidentielle dont les enjeux n’ont jamais été aussi élevés et dont pourtant les débats risquent d’être escamotés, capables de faire franchir à notre pays des pas décisifs?", s'interroge encore l'ancien président alors qu'Emmanuel Macron a lui-même reconnu dans sa "Lettre aux Français" jeudi dernier que qu'il ne "pourrait pas mener campagne comme (il) l'aurait souhaité en raison du contexte.

Ce n'est pas la première fois que François Hollande porte un jugement sévère sur les choix diplomatiques de son successeur vis-à-vis de Moscou.

Quelques jours avant l'invasion de l'Ukraine, il avait regretté sur BFMTV les "cadres symboliques" qu'a offert Emmanuel Macron à Vladimir Poutine au début de son mandar, entre sa visite à Versailles et au fort de Brégançon, estimant que le président russe ne comprenait que "le rapport de force".

Marie-Pierre Bourgeois