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Corée du Nord : la stratégie de la Chine pour amadouer Pyongyang

La Chine entend mettre la Corée du Nord sous sa coupe par le biais économique et non en condamnant fermement les essais nucléaires

La Chine entend mettre la Corée du Nord sous sa coupe par le biais économique et non en condamnant fermement les essais nucléaires - -

Alors qu'un nouvel essai nucléaire nord-coréen affole le monde occidental et ses proches voisins sud-coréen et japonais, la Chine ne semble pas s'inquiéter outre mesure. Décryptage de la stratégie chinoise.

"La République démocratique et populaire de Corée a effectué un nouvel essai nucléaire malgré l'opposition générale de la communauté internationale. Le gouvernement chinois exprime sa ferme opposition". La réaction du ministère chinois des Affaires étrangères à l'annonce d'un nouveau test nucléaire mardi en Corée du Nord tranche avec celle du président américain Barack Obama, qui y voit, lui, une nouvelle "provocation" du régime de Pyongyang.

Pourquoi cette réaction du bout des lèvres à l’heure où le Conseil de sécurité de l’ONU a formellement condamné ce geste de la Corée du Nord ? Décryptage d'une stratégie chinoise en quatre points.

> Prendre son temps

"Li Kepiang, récemment nommé au poste de Premier ministre de Xi Jinping le nouveau timmonier, est encore neuf dans la fonction, pose d’entrée Jean-Luc Domenach, chercheur au CERI de Sciences Po et spécialiste de la Chine, il préfère prendre son temps avant de prendre une position ferme sur le sujet. De plus ce n’est pas un acte très important pour la Chine".

> Faire plier la Corée du Nord... autrement

Si la Chine préfère éviter le bras de fer sur la question nucléaire, c'est pour mieux peser ailleurs, explique encore Jean-Luc Domenach à BFMTV.com.

D'autant que la Corée du Nord est chatouilleuse sur ce point. Elle a d'ores et déjà affirmé qu’elle n’acceptera pas les résolutions "totalement déraisonnables" prises contre son programme d'armement nucléaire. "Les discussions sur la paix et la stabilité de la péninsule coréenne" sont possibles, a redit Jon Yong Ryong, premier secrétaire à la mission de la Corée du Nord devant la Conférence sur le désarmement des Nations Unies, mais pas celles "sur la dénucléarisation". En clair, isolement et pressions n’ont absolument aucun effet sur Pyongyang.

D'où cette volonté de Pékin de tenter d'intégrer la Corée du Nord par voix économique.

Il faut dire que la Chine nourrit un dessein précis pour Pyongyang. Par le biais diplomatique et par ses services secrets, "Pékin entend faire plier la Corée du Nord en la forçant à adopter une politique économique proche de la sienne il y a trente ans, prévoit Jean-Luc Domenach. Washington et Séoul opte pour la même position malgré les discours de façade". Un objectif suffisant à contenir la colère momentanée des essais nucléaires.

> Peser sur les Etats-Unis et le Japon

Une vision à long terme doublée d'une stratégie de géopolitique globale. Furieux contre ses voisins japonais et sud-coréen en raison des troubles actuels en mer de Chine, l'empire du Milieu est prêt à laisser le régime de Kim Jong-Un développer toujours plus loin son programme nucléaire militaire.

"Pékin estime que c’est la solution la moins coûteuse, reprend Jean-Luc Domenach. Disons que c’est comme un mari ou une femme qui accepte que son conjoint découche et préfère cela au divorce. Et puis cette situation laisse à la Chine des cartes diplomatiques pour peser contre le Japon et la Corée du Sud, notamment en mer de Chine, et contre les Etats-Unis lors de discussions internationales". 

Samuel Auffray