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Obama-Poutine: un G20 en plein coup de froid

Vladimir Poutine et Barack Obama lors du G20 de 2012, au Mexique.

Vladimir Poutine et Barack Obama lors du G20 de 2012, au Mexique. - -

Les chefs d'Etats du G20 se réunissent pour deux jours à compter de ce jeudi, à Saint-Pétersbourg. Parmi eux, Barack Obama et Vladimir Poutine vont se croiser sur fond de crise syrienne et de sensible dégradation des relations américano-russes.

Durant 48 heures, les regards seront braqués sur Saint-Pétersbourg. La ville accueille, jeudi et vendredi, les dirigeants du G20, pour le sommet du même nom. Un rassemblement qui s'ouvre en pleine crise syrienne, quelques jours avant le vote du Congrès américain sur une éventuelle intervention militaire, à laquelle la Russie s'oppose toujours formellement.

Le sujet plus qu'épineux, qui divise l'opinion internationale, vient s'ajouter aux nombreux motifs de discorde entre les Etats-Unis et la Russie.

> Syrie et Snowden, un sérieux coup de froid

S'ils ne sont pas les seuls vecteurs de tensions, les dossiers Snowden et Syrie ont marqué le retour de ce que les experts appellent une "crise froide" entre les Etats-Unis et la Russie, particulièrement exacerbée ces dernières semaines. Moscou continue en effet de soutenir le régime de Bachar al-Assad, alors que se profile une possible intervention militaire des Etats-Unis.

Quant à l'affaire Snowden, elle semble avoir été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, aux yeux de Barack Obama. Ainsi, début août, quelques jours après l'octroi d'un asile temporaire de la Russie à Edward Snowden, le président américain avait annoncé l'annulation du sommet bilatéral prévu avec Vladimir Poutine, à Moscou.

Une décision rarissime. "L'annulation, par l'un des deux dirigeants, d'une rencontre bilatérale déjà prévue est une situation inédite depuis la fin de la Guerre Froide", analyse Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste des Etats-Unis, interrogé par BFMTV.com.

> Des tensions politiques et personnelles

Cependant, ce coup de froid n'a rien de particulièrement nouveau. Il remonterait même à l'arrivée de Poutine au pouvoir. "L'ADN politique du régime russe tel qu'il a été redéfini et réorienté par Vladimir Poutine est véritablement la cause principale de ce refroidissement, qui n'a fait que monter en puissance depuis le début des années 2000", explique Bruno Tertrais, qui précise que cette période a été ponctuée de tentatives de réchauffement des relations de la part des deux pays, et notamment d'un vrai effort des Etats-Unis à l'arrivée d'Obama à la Maison Blanche, en janvier 2009.

Ce "reset", ou "redémarrage", de la relation, avait été un succès, au moins pendant le premier mandat d'Obama. Il avait en effet permis la signature du traité New START de réduction des armes nucléaires et l'accession de la Russie à l'OMC. Mais les rapports se sont considérablement dégradés à partir de la réélection du président américain, Moscou allant jusqu'à accuser les Etats-Unis de fomenter les manifestations anti-Poutine organisées en Russie.

En décembre 2012, le Congrès américain a ajouté une crise à la crise en votant la "loi Magnitski", refusant l'entrée aux Etats-Unis aux auteurs d'atteintes aux droits de l'homme en Russie. En guise de réponse, Moscou interdit aux Américains l'adoption d'enfants russes.

Mais au-delà de leurs désaccords politiques, les deux dirigeants, qui se sont croisés au G8 en juin dernier, n'ont rien en commun. "Ce sont deux personnes que tout oppose, aussi bien leurs origines, leur formation, leur expérience, que leur caractère", rappelle ainsi Bruno Tertrais. " Sur le plan personnel, le courant passait clairement mieux entre Obama et Medvedev", ajoute-t-il.

> Un climat de Guerre froide?

"On assiste plutôt à un retour de la 'coexistence pacifique' des années 60 et 70", nuance Bruno Tertrais. "A savoir deux pays qui ne sont d'accord sur à peu près rien, qui ne s'empêchent pas de coopérer sur certains dossiers, mais dont les objectifs et les choix de politique étrangère divergent fondamentalement".

Une atmosphère de tension qui conviendrait parfaitement à Moscou, pour qui la grandeur du pays ne peut se concevoir que dans l'opposition aux pays occidentaux, selon le spécialiste. Or, la Russie n'a plus la grandeur de l'Union soviétique. "La Russie veut maintenir l'image de deux pays égaux, mais dans les faits, ses moyens sont bien inférieurs à ce qu'étaient ceux de l'URSS. C'est d'ailleurs en partie cette perception de faiblesse qui explique le raidissement du Kremlin", ajoute Bruno Tertrais.

> A Saint-Pétersbourg, la stratégie de l'évitement?

Nul doute que l'ambiance sera tout aussi tendue, durant ces deux jours de G20. Aucun entretien bilatéral entre Barack Obama et Vladimir Poutine n'est ainsi prévu au programme, ce qui n'exclut toutefois pas une discussion informelle entre les deux hommes, entre des réunions officielles. "Ne pas se parler aurait quelque chose d'infantile", juge Philippe Moreau Defarges, chercheur à l'IFRI et spécialiste de géopolitique. "Ce sont des hommes d'Etat responsables, il n'est pas du tout impossible qu'ils se parlent, y compris confidentiellement", estime l'expert.

Les tensions entre les deux présidents ont en tout cas perturbé le protocole du G20. Le quotidien russe Izvestia rapporte ainsi que, contrairement à la tradition voulant que le placement des dirigeants soit déterminé selon l'alphabet du pays d'accueil, les chefs d'Etats ont été répartis selon l'alphabet latin et en anglais. Cinq dirigeants se trouveront donc entre Barack Obama et Vladimir Poutine. Si l'alphabet cyrillique avait été maintenu, seul le roi d'Arabie saoudite les aurait séparés.

En vidéo, sur le même sujet, par Brune Daudré:

Adrienne Sigel