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Le CFCM boycotte le dîner annuel du Crif après les propos de Cukierman

Dalil Boubakeur, le président du CFCM.

Dalil Boubakeur, le président du CFCM. - Joël Saget - AFP

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a décidé d'annuler sa venue lundi soir au dîner annuel du Crif, à la suite de propos tenus le matin même par le président de cet organe de représentation des institutions juives, qui estime que "toutes les violences sont commises aujourd'hui par de jeunes musulmans".

Le traditionnel dîner du Crif, le Conseil représentatif des institutions juives de France, a lieu ce lundi soir dans un grand hôtel parisien du 14e arrondissement de Paris, sous très haute sécurité. Or, une polémique a éclaté avant même le début de la soirée: le CFCM, l'équivalent du Crif pour la communauté musulmane, a annoncé dans l'après-midi qu'il annulait sa participation. En cause? Les propos tenus par Roger Cukierman, président du Crif, le matin même sur Europe 1.

Propos controversés sur les musulmans

"Le FN est un parti pour lequel je ne voterai jamais, mais c’est un parti qui, aujourd’hui, ne commet pas de violences. Toutes les violences sont commises par des jeunes musulmans, il faut dire les choses. Bien sûr, c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane, et les musulmans en sont les premières victimes", a asséné le président du Crif (à réécouter à partir de 6mn15, Ndlr)

Des déclarations jugées "irresponsables et inadmissibles" par le Conseil français du culte musulman, qui juge de fait "inopportun de participer" à ce dîner. Le Crif n'a pas réagi dans l'immédiat.

Lassana Bathily décoré mais absent

Trois personnalités seront toutefois décorées au cours de la soirée: Lassana Bathily, jeune Malien devenu Français après son acte héroïque face à Amedy Coulibaly à l'Hyper Cacher, Alexandre Arcady pour son film sur l'affaire Ilan Halimi, et Marie-Castille Mention-Schaar, pour son film Les Héritiers. Selon un proche de Lassana Bathily, le jeune homme serait encore au Mali, et ne sera pas présent ce soir pour recevoir son prix. 

Plus de 700 convives sont par ailleurs attendus pour ce repas caritatif, dont des invités politiques de premier plan. Le président François Hollande, d'abord, qui prononcera un discours et présentera un plan d'action de lutte contre l'antisémitisme, et Nicolas Sarkozy. Lors de leur précédente rencontre au dîner du Crif, qui remonte à 2012, l'un était candidat à la présidentielle, et l'autre encore chef d'Etat. La poignée de mains avait été visiblement franche et sympathique. Manuel Valls et une partie du gouvernement auront aussi leur place à la table du dîner.

Cet événement médiatique résonne cette année de manière particulière avec l'actualité, marquée par l'attentat antisémite au supermarché Hyper Cacher de la Porte de Vincennes à Paris, en janvier, puis par l'attaque devant une synagogue à Copenhague, au Danemark, la semaine dernière.

Ce climat de peur a poussé certains responsables, dont le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, à inciter les juifs d'Europe à venir vivre en Israël. "Je crois que les gens qui envisagent de partir ne prennent absolument pas en considération les propos du Premier ministre israélien", a balayé Roger Cukierman, lundi matin, sur Europe 1. Le président du Crif compte, lui, délivrer "un message d'espoir" lors du dîner lundi soir.