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Le retour impossible de Bertrand Cantat

Bertrand Cantat sur scène au Printemps de Bourges en 2014

Bertrand Cantat sur scène au Printemps de Bourges en 2014 - Guillaume Souvant - AFP

Le rockeur tente d’assurer son retour sur scène malgré la polémique liée au décès de Marie Trintignant, morte sous ses coups en 2003. À cette disparition s’ajoute celle de son ex-femme, Krisztina Rády. Pour certains, elle aurait elle aussi été victime des violences du chanteur.

Rarement un retour sur scène aura été si difficile. Depuis le mois de mars, Bertrand Cantat se heurte à une retentissante opposition. L’ancien leader de Noir Désir, qui défend son album solo Amor Fati sorti en décembre, transporte avec lui deux fantômes du passé: l’actrice Marie Trintignant, son ancienne compagne morte sous ses coups en 2003, et Krisztina Rády, son ex-femme originaire de Budapest, mère de ses deux enfants, qui s’est suicidée en 2010.

Des manifestants se mobilisent devant les salles de concert, demandant l’annulation de ses spectacles. À chaque fois, sur les pancartes, apparaissent les visages des deux femmes qui ne sont plus:

"On n’oublie pas qu’il a tué une femme, qu’il l’a rouée de coups, cette femme en est morte", explique une manifestante à BFMTV. "Il a poussé au suicide une autre femme. Remettons en lumière les femmes qui sont mortes sous les coups, n’oublions pas leurs histoires."

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de détention après la mort de Marie Trintignant à Vilnius en 2003. À sa sortie de prison en 2007, après avoir effectué la moitié de sa peine, il s’est installé dans le sud-ouest et a repris sa vie de famille avec Krisztina Rády. S’il a été mis hors de cause après la mort de cette dernière par une enquête de justice, le mystère plane toujours autour de cette femme et de son décès. A-t-elle menti pour protéger Bertrand Cantat?

Elle aurait demandé de "cacher les violences de Bertrand"

Pour certains, Krisztina Rády aurait joué un rôle décisif après la mort de Marie Trintignant, en taisant les violences conjugales dont elle aurait été victime. La journaliste du Point Anne-Sophie Jahn, autrice du livre Les 7 péchés capitaux du rock (Flammarion) affirme avoir recueilli les propos d’un membre de Noir Désir, qui lui aurait raconté une scène compromettante:

"Krisztina Rády vient les voir et leur dit: 'Il faut qu’on mente, il faut que je protège mes enfants, je ne veux pas que mes enfants grandissent sans père', raconte-t-elle à BFMTV. ''On va tous cacher les violences de Bertrand'. À partir de ce premier mensonge, malheureusement, suivront d’autres. Parce que couvert une première fois, ayant menti lors du procès, il sera très difficile pour eux de revenir sur leurs versions." Des informations réfutées par les membres du groupe.

Un message glaçant, six mois avant son suicide

Dans son enquête, Anne-Sophie Jahn décrit le climat de peur physique dans lequel aurait vécu Krisztina Rády. Elle s’appuie notamment sur un message glaçant que la jeune femme a enregistré sur le répondeur de ses parents, le 3 juillet 2009; six mois avant de se donner la mort. Un long monologue de plus de 7 minutes dans sa langue natale:

"Hier, j’ai failli y laisser une dent. Il m’a balancé mon téléphone, mes lunettes, il m’a jeté quelque chose de telle façon que mon coude est complètement tuméfié, et malheureusement un cartilage s’est même cassé. Avec lui dans un état aussi grave, on n’arrive pas à réfléchir la tête claire et on ose à peine respirer dans cet état de peur", déclarait-elle sur cette messagerie.

La journaliste explique le contexte dans lequel ce message a été déposé :

"Le week-end d’avant, elle est partie à Paris avec son amant. Week-end qu’elle a caché à Bertrand Cantat. Dans les messages que j’ai pu consulter, ses sms et ses mails, elle dit à son amant: 'Fais attention, ne m’écris pas, Bertrand va se mettre en colère. S’il découvre ces messages c’en est fini de moi ici-bas'. Elle a ces mots."

Le soutien de son ancienne belle-mère

Un message dont se souvient Csilla Rády, la mère de Krisztina Rády, que BFMTV a rencontrée à Budapest:

"C’était affreux, mon estomac s’est resserré par l’angoisse. Je ne savais pas comment l’aider, c’était terrible. Mon mari, le père de Krisztina, a voulu partir en France pour qu’il puisse ramener Krisztina à la maison. Au bout de trois jours, on a réussi à lui parler au téléphone; elle nous a dit que ce n’était pas la peine de venir."

Un mois plus tard, Krisztina Rády s’est rendue en Hongrie pour le festival de Sziget, "comme d’habitude": "Elle m’a raconté ce qui s’était passé mais elle ne se plaignait pas, ce n’était plus d’actualité."

Dans un premier temps, les parents de Krisztina Rády avaient évoqué dans la presse la terreur vécue par leur fille. Aujourd’hui, Csilla Rády est plus mesurée sur les raisons du suicide de Krisztina:

"Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas. Peut-être que Bertrand Cantat pourrait le raconter. On ne le sait pas et il ne parle pas de ça. Tout ce que je sais, c’est que lorsqu’il parle de Krisztina, il a les larmes aux yeux.

La vielle de notre entretien, ils se sont parlé au téléphone. Csilla Rády assure entretenir de bonnes relations avec Bertrand Cantat, qu’aujourd’hui elle défend malgré le drame et la polémique:

"C'est un homme, mais c'est d'abord un artiste. C'est dans ses gênes, c'est grâce à ses parents. Et c'est un homme qui aime ses enfants. Il s'en occupe aussi bien qu'un homme pourrait le faire. C'est très difficile pour lui, très difficile", affirme-t-elle.

Elle condamne les manifestants qui se mobilisent devant les salles de concert: "C'est horrible, horrible, ce qu'ils font. Ce n'est pas normal. Je suis une femme indépendante, je suis une femme féministe, une féministe positive. Mais ce qu'ils font c'est scandaleux, criminel même."

Selon l’avocat des parents, un mot de la jeune femme a joué en faveur du chanteur : "Elle a laissé un mot où elle demande pardon à ses enfants", raconte-t-il. "Mais pas un mot sur Bertrand Cantat. On ne peut pas imaginer que quelqu’un qui va se suicider laisse un mot, et ne dise pas pourquoi elle se suicide."

La colère des Trintignant

La famille Trintignant, elle, se montre bien moins indulgente avec le rockeur: "Je ne veux pas le rencontrer, je ne veux pas savoir ce qu'il dit", confiait Jean-Louis Trintignant en 2013. Nadine Trintignant, la mère de Marie, s'indigne aujourd'hui de retour du chanteur:

"Qu’il monte sur scène, pour moi, est un scandale", explique-t-elle à BFMTV. "C’est d’une indécence et d’une prétention énormes. Il n’y a pas d’exemple d’un homme qui a tué et qui après vient sur scène se faire applaudir (…) Et tout le monde dit 'Il a fait sa peine'. Quelle peine? Quatre ans, qu’est-ce que c’est?"

C’est le juge Philippe Laflaquière qui a rendu sa liberté à Bertrand Cantat en 2007, l’accompagnant d’un contrôle judiciaire: l’obligation de suivre une psychothérapie et l’interdiction de s’exprimer sur les faits commis pendant trois ans. Une décision appuyée sur deux expertises, comme il l’explique à BFMTV:

"Aussi bien l'expert psychologue que de notre côté l’expert psychiatre, qui ont travaillé séparément, ont dépeint un homme qui était beaucoup dans la réflexion sur les raisons de son acte, beaucoup dans le respect des victimes", relate-t-il. "Il n’y avait aucune conclusion inquiétante quant à sa dangerosité une fois qu’il serait sorti".

Aujourd’hui, Bertrand Cantat plaide pour sa réinsertion. Un chemin qui paraît compliqué. Pour mettre fin aux polémiques, il avait décidé de se retirer des festivals d’été, tout en maintenant sa tournée. Elle s’avère très compromise, tant les tensions sont fortes; ses deux concerts dans la salle mythique de l’Olympia viennent d’être annulés.

B.P.