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Police-Justice

Bertrand Cantat peut-il encore chanter?

Bertrand Cantat lors du lancement de sa tournée, le 1er mars 2018.

Bertrand Cantat lors du lancement de sa tournée, le 1er mars 2018. - Xavier Leoty - AFP

L'incident survenu avant un concert du chanteur à Grenoble repose la question de l'exercice de son métier d'artiste. Bertrand Cantat est sorti de prison en 2007, après avoir été condamné pour coups mortels sur sa compagne Marie Trintignant.

Les tensions sont de plus en plus vives, à mesure que Bertrand Cantat sort de sa réserve pour la promotion de son premier album solo, "Amor Fati". Quelques heures avant la diffusion lundi d'une interview de la mère de son ex-compagne, Nadine Trintignant, dans laquelle celle-ci exprimait son indignation de voir Cantat se produire sur scène, le chanteur a annoncé renoncer à se produire dans les festivals d'été.

Mardi soir, il a encore été accueilli par des manifestants réunis devant la Belle électrique, la salle de concert grenobloise où il devait se produire. L'ancien leader de Noir Désir a tenté d'aller parler avec les manifestants en faveur des droits des femmes, qui l'ont accueilli aux cris de "Assassin!" et "Casse-toi", en lançant des projectiles. Quelques heures plus tard, il a dénoncé sur Facebook "un déchaînement de violence, d'insultes, une pluie de coups (…) Bref: le retour au Moyen-Age".

Cantat "n'a en rien bénéficié d'un traitement de faveur"

Libéré en 2007 de la prison de Muret, Bertrand Cantat a purgé la moitié de sa peine, soit quatre ans sur huit, après avoir été condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne, la comédienne Marie Trintignant. "Sa libération a répondu à des critères objectifs de comportement, et d'expertises psychiatriques que j'ai demandées", rappelle Philippe Laflaquière, le juge aujourd'hui à la retraite qui a autorisé la libération de Bertrand Cantat.

"Si j'avais tenu compte des réductions de peine auxquelles il avait droit, il aurait pu être libéré un an plus tôt! On peut certes considérer que quatre ans, c'est trop tôt, mais si l'on raisonne comme cela il faut refuser la liberté conditionnelle à tous les condamnés." 

L'ancien magistrat souligne d'ailleurs que Bertrand Cantat "n'a en rien bénéficié d'un traitement de faveur" de sa part. Pour lui, "on se trompe en voulant en faire le porte-drapeau de la violence masculine".

Un appel au boycott

C'est pourtant ainsi que le considèrent les militantes de l'organisation Osez le féminisme. Ces dernières assument leur objectif: "Bertrand Cantat a le droit de chanter mais notre objectif, c'est l'annulation de ses concerts", explique Raphaëlle Rémy-Leleu sur BFMTV. "On ne réclame pas une interdiction administrative, ce qu'on veut c'est que le public cesse d'applaudir un homme qui a tué une femme".

Elles appellent donc au boycott des concerts du chanteur. Une position qu'Henri Leclerc, ancien président de la Ligue des droits de l'homme et avocat, déplore:

"Ce n'est pas parce qu'on l'applaudit qu'on accepte ce qu'il a fait", avance-t-il, avant de marteler: "Bertrand Cantat a terminé sa peine et a le droit à la liberté de création."

La situation tient également à la médiatisation autour du chanteur. Depuis le début de sa tournée, lui qui respectait jusqu'alors une certaine discrétion, multiplie les prises de parole sur Facebook.

"Depuis qu'il a fait la une des Inrocks, il tente de communiquer, on dirait qu'il veut s'expliquer", note le journaliste de Paris Match Benjamin Locoge. Problème: "c'est mal fait", selon lui. Lorsqu'il évoque le Moyen-Age, "c'est violent et pas très malin de sa part". "On sent qu'il ne sait plus trop comment faire". La situation de l'artiste semble dans l'impasse.

Ariane Kujawski