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Henri Leclerc Bourdin direct BFMTV

Henri Leclerc, avocat et président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, était mardi matin l'invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et sur RMC.

Invité mardi matin sur BFMTV et RMC, maître Henri Leclerc est d'abord revenu sur l'engagement de La Voix du Nord contre le Front national, à quelques jours du premier tour des régionales: "C'est le propre des journaux d'opinion, La Voix du Nord n'est pas un journal officiel. Que les journalistes donnent leur opinion, ce n'est pas un scandale! Il ne faut pas une presse neutre, qui ne dit rien, qui ne bouge pas". Mais Marine Le Pen "peut absolument demander un droit de réponse", rappelle l'avocat.

Manuel Valls n'écarte ce mardi matin pas la possibilité de prolonger à nouveau l'état d'urgence au-delà du 26 février. "Je suis inquiet depuis le lendemain de la proclamation de l'état d'urgence. (...) Quel est le gouvernement qui aura le courage de dire un jour 'ça y est, nous n'avons plus besoin de l'état d'urgence, le terrorisme est éradiqué'?", s'inquiète Henri Leclerc. "Nous avons eu des crimes effroyables. Mais face à cela, vous avez eu un jour le Premier ministre de Norvège qui après les attentats d'Oslo, a dit 'face à cela, nous répondrons par encore plus de démocratie, de liberté. Ca c'est quand on croit à son régime".

Pour le président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, l'état d'urgence "est un état de faiblesse de la démocratie". "Bien sûr l'opinion est rassurée, il fallait faire quelque chose. En proclamant l'état d'urgence, le gouvernement était dans une situation effroyable où il fallait tout de suite répondre à une situation de peur généralisée, nous avions des commandos organisés, nous avions quelque chose de très violent, avec un chagrin national qui était terrible. Mais on aurait pu prolonger (l'état d'urgence) d'un mois, non, on prolonge de trois mois. Et on crée une situation qui, à mon avis, est génératrice de danger".

"Bavures" policières 

Henri Leclerc "n'accuse pas ce gouvernement d'être un gouvernement tyrannique", mais juge "terrible" le chiffre de 2.000 perquisitions administratives, c'est-à-dire préventives, déjà pratiquées au domicile de particuliers. L'avocat évoque "une énumération des bavures" policières. "C'est terrible, nous avons des coups de fil tous les jours de gens qui sont chez eux, on frappe à la porte, mais avant qu'ils soient arrivés la porte explose, et entrent dans l'appartement des Robocop. Les pratiques sont terribles: on vide les tiroirs par terre, on éventre les matelas et les coussins, il y a des enfants quelquefois, et là je ne sais pas où on va".

"Au lendemain des crimes, nous espérions que le lien social allait se resserrer, je crains que le lien social ne se distende", prévient Henri Leclerc.

La peur de l'état d'urgence permanent

L'avocat est toutefois rassuré qu'il n'y ait "aucune censure de la presse alors qu'elle était prévue par la loi de 1955", qui fixe le cadre de l'état d'urgence, et qu'il y ait "une information des assemblées parlementaires".

"Je n'ai pas peur de Manuel Valls", précise Henri Leclerc, "je suis inquiet de cette solution, qui curieusement a l'approbation de tout le monde. J'ai peur que nous nous installions dans une sorte d'état d'urgence permanent. Le juge disparaît, en grande partie. Le juge n'autorise pas la perquisition. Le juge n'autorise pas l'assignation à résidence, c'est presque une rétention administrative. Vous avez des gens qui perdent leur travail: ils sont assignés à résidence dans leur maison, où ils doivent rester au moins 12 heures, et les reste du temps ils doivent pointer 3 fois par jour à un commissariat et quelquefois à plusieurs kilomètres de chez eux. Là, le juge n'intervient. Le judiciaire, où il est passé? C'est un pouvoir, aussi! Pourquoi élimine-t-on le judiciaire?", s'interroge Henri Leclerc.

"Je crois que l'Etat islamique tend un piège, ce sont des gens qui détestent ce que nous sommes, des gens qui prennent un café sur une terrasse par la dernière belle soirée d'automne. Je crois qu'un des objectifs pour eux, c'est de montrer que notre système démocratique n'est pas capable de leur résister", juge Me Henri Leclerc. "La réponse que nous donnons est une réponse sécuritaire, qui était immédiatement nécessaire, on ne pouvait pas faire autrement. Mais le besoin de sécurité fait qu'on finit par accepter de vivre dans une société sans liberté, mais ce que depuis deux siècles nous crions au monde, c'est que le plus important de tout c'est la liberté (...) Mettre en place un état d'urgence permanent, ce n'est pas possible".