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Hausse des prix des carburants: plusieurs fake news polluent la contestation

Des automobilistes mécontents appellent à bloquer les routes le 17 novembre prochain pour protester contre la hausse des prix des carburants. (Photo d'illustration)

Des automobilistes mécontents appellent à bloquer les routes le 17 novembre prochain pour protester contre la hausse des prix des carburants. (Photo d'illustration) - Benjamin Cremel - AFP

A l'approche de la mobilisation prévue ce 17 novembre contre la hausse des prix des carburants, plusieurs fausses informations font leur apparition sur les réseaux sociaux, parfois largement relayées. Tour d'horizon.

Prix détaxés, menaces contre les manifestants, courrier du Président, raisons de la hausse des prix… A l'approche des blocages prévus le 17 novembre prochain pour protester contre la hausse du prix des carburants, plusieurs fausses informations circulent sur les réseaux sociaux.

Le faux exemple des voitures abandonnées en Allemagne

Une publication partagée plus de 500.000 fois sur Facebook fait mention d'un événement qui se serait passé en Allemagne, sans qu'il ne soit daté ni localisé plus précisément.

"En Allemagne, le gouvernement a augmenté le prix de (sic) carburant. En seulement une heure, les gens abandonnés (sic) leurs voitures dans les rues et les avenus et ont été à pied à la maison. Plus d'un million de voitures abandonnées. Ils ont dû baisser le prix", peut-on lire sur ce qui semble être une capture d'écran d'une précédente publication. L'argument est par ailleurs ré-employé dans des commentaires, sous d'autres publications de protestation contre la hausse des prix des carburants.

L'intox n'est pas nouvelle. En novembre 2017, Le Monde s'était penché sur cette photographie qui faisait déjà des émules. L'image est en réalité celle d'un embouteillage en Chine en octobre 2015 à cause d'un nouveau péage et d'un temps brumeux, dont le journal britannique The Telegraph avait fait état à l'époque. Si un appel au boycott avait bien été lancé en Allemagne en 2012, il n'avait pas été suivi d'un abandon massif de voitures.

Les prix augmentent, oui, mais pourquoi?

Parfois, les critiques sur la hausse des prix se télescopent. Certains se concentrent sur la part des taxes imposées par le gouvernement et y voient une "arnaque" au regard de la transition énergétique, comme le Premier secrétaire du PS Olivier Faure. D'autres, s'ils récusent aussi l'argument écologique, assurent quant à eux que l'enjeu est uniquement géopolitique.

"Enfumage complet, la hausse du prix du carburant n'a rien d'écologique pour l'environnement, la hausse du prix du carburant vient de l'embrouille entre les USA, la Syrie, l'Arabie saoudite, l'Iran", peut-on ainsi lire sur la page "Anti Mafia Française".

En réalité, la hausse des prix dépend à la fois des cours du brut, des prix des produits raffinés et des taxes ajoutées par l'Etat. A cause des deux premiers, le prix du gazole a connu une augmentation de 35% en un an, 28% pour l'essence. D'autre part, la taxe de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) a déjà augmenté en janvier dernier de 7,7 centimes par litre pour le gazole et 3,9 centimes pour l'essence. TVA comprise, les taxes ont augmenté de 14% pour le gazole et 7,5% pour l'essence, relève l'AFP. Elles doivent encore être majorées de 6 centimes pour le premier et 3 centimes pour la seconde l'an prochain.

La mobilisation ambiguë des professionnels

Ce lundi 5 novembre, une opération escargot des ambulanciers sur le périphérique parisien, dont BFM Paris a fait état, a été relayée par plusieurs pages dédiées à la protestation contre la hausse des prix des carburants. Une opération similaire a eu lieu à Nancy.

Problème: les vidéos et publications relayées ne fournissent aucun contexte: pas de légende ni de précision quant à leur motif de contestation, ce qui conduit parfois certains internautes, dans les commentaires, à croire qu'ils protestent contre la hausse des prix. Les ambulanciers s'inquiètent en réalité des conséquences de la réforme du financement des transports sanitaires sur leur profession. 

Un autre message a fait état du soutien de la police nationale aux blocages du 17 novembre, sous la forme d'un communiqué de l'Union nationale des policiers nationaux indépendants (UPNI) surmonté du logo des autorités. Si l'UPNI existe bien, et a bien fait part dans un communiqué de son soutien au mouvement, il n'engage en rien la police nationale. La direction de celle-ci a même fait part à Libération de l'étude d'un dépôt de plainte, "Police nationale" étant une marque déposée.

Une prétendue allocution d'Emmanuel Macron le 15 novembre

Une fausse information, souvent relayée sous la forme d'un message Messenger, parfois d'un montage, mentionne une "allocution télévisée le 15 novembre" d'Emmanuel Macron "pour expliquer qu'il ne cédera (sic) pas devant (les) revendications".

S'il n'est pas impossible que le chef de l'Etat prenne la parole ce jour-là, aucune intervention n'est pour le moment prévue; l'agenda du Président n'affiche pour le moment pas la semaine concernée. L'exécutif n'a pas non plus attendu le blocage pour affirmer sa fermeté. Ce lundi sur notre antenne, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a confirmé la hausse des taxes sur les carburants en janvier prochain.

Le faux courrier du Président au préfet

Une autre "infox" concerne la réaction d'Emmanuel Macron, qui aurait envoyé un courrier au procureur de la République de Paris pour légitimer l'usage de la force face à la contestation. "Aucuns blocages (sic) ne sauront être tolérés. L'usage de la force si nécéssaire (sic) n'est pas à mettre de côté. La dissolution de ce mouvement naissant doit être notre priorité, l'extrême droite doit rester où est sa place: dans les campagnes", peut-on lire dans cette fausse lettre. Outre les nombreuses fautes d'orthographe, les majuscules manquantes et la formulation grotesque de certains passages, l'Elysée a confirmé à Libération qu'il s'agissait bien d'un faux.

Pas de menaces du directeur de la gendarmerie nationale

Certains contestataires ont détourné une intervention du directeur de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey, le 24 mars 2018 sur BFMTV. Celui-ci rendait alors hommage au gendarme Arnaud Beltrame tué dans l'attentat de Trèbes. La capture d'écran a été détournée afin de modifier le texte: on peut ainsi y lire "Les contrevenants sont prévenus", au-dessus d'un fil info, sur trois lignes qui relatent les peines encourues pour une entrave à la circulation. Le montage a été relayée plus de 35.000 fois.

Richard Lizurey n'a pas tenu ces propos sur notre antenne, le fil info de BFMTV se tient sur deux lignes et n'a jamais diffusé ce message, ce qui est facilement repérable grâce aux différences de polices d'écriture et de qualité de l'image.

Le carburant détaxé chez Leclerc

Une photo très largement relayée (plus de 200.000 fois sur Facebook) montre un panneau de prix de carburants E. Leclerc, où l'enseigne de grande distribution a, selon la légende, "fait constater le prix taxé et détaxé".

Selon 20 Minutes, il s'agit en réalité d'une station essence de Bourcefranc-le-Chapus, en Charente-Maritime, qui fournit aussi les marins professionnels en carburant détaxé, en plus du service aux particuliers.

En revanche, E. Leclerc et Carrefour ont annoncé ce lundi qu'ils allaient vendre le carburant au prix coûtant pendant le mois de novembre. La première enseigne, qui avait prévu cette opération à l'origine pour le dernier week-end des vacances de la Toussaint, présente la mesure comme "fidèle à son combat en faveur du pouvoir d'achat". La deuxième décrit "une opération inédite" dans le cadre "d'une série de mesures pour défendre le porte-monnaie de ses clients jusqu'à la fin de l'année".

Liv Audigane