BFMTV

Gilets jaunes: une grogne éparse, hétérogène et disparate selon les services de renseignement

Madrid condamne les blocages de routes orchestrés en France par les "gilets jaunes".

Madrid condamne les blocages de routes orchestrés en France par les "gilets jaunes". - Charly Triballeau - AFP

Depuis le 17 novembre, plus de 550 personnes ont été blessées et deux sont mortes en marge des rassemblements des gilets jaunes. Le gouvernement pointe la "radicalisation" d'un mouvement pourtant très hétérogène, selon la direction du renseignement de la Préfecture de police.

Les gilets jaunes poursuivent leurs actions et le gouvernement durcit le ton. Face aux débordements constatés depuis le 17 novembre - premier jour de rassemblement - l’exécutif a assuré ce mercredi que "la sévérité sera[it] de mise" pour endiguer les "comportements inacceptables". Christophe Castaner, patron de la place Beauvau, a même dénoncé "une dérive totale d’une manifestation qui pour l’essentiel était bon enfant samedi" et pointe la "radicalisation" du mouvement.

Dérives racistes et xénophobes

Plus de 550 personnes ont été blessées et deux sont mortes en marge des blocages qui durent depuis le 17 novembre, et les gilets jaunes défrayent la chronique, parfois accusés de racisme et de xénophobie. Une mauvaise réputation qui les suit depuis la diffusion de plusieurs vidéos dans la presse ou sur les réseaux sociaux. "Retourne chez toi !" "Retourne dans ton pays !" "Dégage !" "Casse-toi pouffiasse !" A Cognac, en Charente-Maritime, une automobiliste noire a été la cible de propos racistes, samedi 17 novembre, comme le montre ce court film publié par le quotidien régional La Charente libre.

A Saint-Quentin, en Picardie, des gilets jaunes ont obligés une femme à retirer son voile, rapporte au Courrier Picard un témoin de la scène. "Qu’on manifeste car la vie est chère oui, mais on ne manifeste pas pour agresser les gens", précise une autre femme, ajoutant: "Ce que j’ai vu c’est qu’ils faisaient des grimaces de singes devant la voiture."

Mouvement hétérogène et disparate

Le mouvement des gilets jaunes a-t-il été récupéré par la fachosphère? Leur "radicalisation" n’est en tout cas pas aussi évidente que le ministère de l’Intérieur le laisse entendre. Une note du renseignement territorial, que BFMTV a pu consulter, fait état de profils très disparates.

"Le mouvement semble fédérer une grogne éparse, au-delà de la thématique relative à la hausse des carburants", est-il indiqué.

Certains se laissent effectivement aller à la violence, et localement, les services de renseignement compte des militants d'extrême droite et d'extrême gauche dans les rangs des gilets jaunes. Mais outre les quelques détracteurs qui font beaucoup parler d'eux, le mouvement semble majoritairement composé d’individus "pacifiques, bon enfant", note les renseignements. Si chaque point de blocage est différent d’un département à un autre, aucune mouvance ne prend le pas sur les autres, et le mouvement demeure très hétérogène.

Cécile Ollivier avec Ambre Lepoivre