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Plan étudiants: les universités pourront examiner les dossiers des bacheliers

La bibliothèque à l'université de Rouen-Normandie (photo d'illustration)

La bibliothèque à l'université de Rouen-Normandie (photo d'illustration) - Charly Triballeau-AFP

Les universités pourront examiner et classer les candidatures des bacheliers à la rentrée prochaine. Pour certains, c'est bien une forme de sélection que le Premier ministre semblait pourtant vouloir écarter.

Le gouvernement a dévoilé ce lundi son Plan étudiants et sa réforme de l'accès à l'université. Si la "sélection brutale et le tirage au sort" ont été écartés, des conditions ont été avancées par le Premier ministre.

La réforme de l'entrée à l'université prévoit en effet de permettre aux universités d'accéder aux dossiers scolaires et bulletins de notes des bacheliers. Jusqu'à présent, les candidatures étaient gérées par la plateforme controversée d'admission post-bac (APB), qui va disparaître. 

"Dans la plupart des cas, l'université dira 'oui' au choix du bachelier et dans certains cas, elle dira 'oui, si', c'est-à-dire si le candidat accepte un parcours adapté qui lui permette de réussir dans la filière qu'il a choisie", a précisé Édouard Philippe.

Des "attendus requis"

Ce seront donc les universités qui classeront les candidatures. Les réponses pourront être "oui", "oui si" ou "en attente" qu'éventuellement des places se libèrent. Faute de places suffisantes, priorité sera donnée aux profils les plus en adéquation avec la formation demandée. "Cela va être une énorme machinerie et on ne sait pas encore comment nous allons traiter cette grande masse d'étudiants", a confié Gilles Roussel, le porte-parole de la conférence des présidents d'université, au Parisien.

Les formations non-sélectives, c'est-à-dire les licences générales, ne pourront pas refuser un bachelier s'il reste encore des places mais elles pourront néanmoins "conditionner l'inscription à l'acceptation d'un parcours pédagogique spécifique dans le cas où elles estiment que le bachelier n'a pas les attendus requis", selon le ministère de l'Enseignement supérieur. C'est-à-dire une remise à niveau.

Ces "attendus" désignent les connaissances et aptitudes nécessaires à un lycéen lorsqu'il entre dans une filière post-bac. Ils existent pour le moment "de façon tacite" mais seront désormais affichés par les universités. Ils auront un caractère national (mêmes attendus dans toutes les facs pour une filière en psychologie par exemple) mais les établissements pourront préciser des spécificités liées à leur formation.

"Une sélection qui ne dit pas son nom"

Le dernier mot devrait tout de même revenir au candidat. Et le lycéen pourrait maintenir son choix, même si l'université lui aura suggéré une autre filière. Ce qui s'annonce compliqué, estime Hervé Cristofol, porte-parole du Snesup-FSU, premier syndicat de l'enseignement supérieur. "Cela ne marche qu'avec des budgets conséquents, pour créer des places en fonction des demandes. Sinon, on s'oriente vers une sélection qui ne dit pas son nom", a-t-il confié au Parisien. 

C'est également le point de vue de l'Unef, un syndicat étudiant, qui dénonce une forme de sélection. "Oui, il y a une sélection qui dit clairement son nom quand on pourra refuser des jeunes sur la base de leur dossier", a regretté Lilâ Le Bas, sa présidente. L'Unl, un syndicat lycéen, partage le même avis: "On remplace une sélection par une autre", a-t-il dénoncé sur Twitter. 

Valentin Heitzler, le président de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (Fidl), dénonce pour RTL "l'hypocrisie du gouvernement". "On nous a parlé de pré-requis, puis on nous a dit que les pré-requis étaient supprimés, puis que les dossiers allaient être envoyés aux universités. Il y a une contradiction car il y a bien une forme de sélection."

Céline Hussonnois-Alaya