BFMTV

Pisa: pourquoi les inégalités scolaires se sont-elles creusées?

Un élève découvre les sujets de l'épreuve de philosophie du baccalauréat 2011.

Un élève découvre les sujets de l'épreuve de philosophie du baccalauréat 2011. - -

Le rapport Pisa de l'OCDE publié mardi met en lumière une particularité française: l'inégalité scolaire entre les élèves, liée aux inégalités sociales. Qu'est-ce qui peut expliquer l'aggravation de ce phénomène?

Le système d'éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu'il ne l'était en 2009, c'est le constat que dresse le rapport Pisa de l'OCDE, publié mardi. Ainsi, en France, "la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus forte" que dans les autres pays de l'OCDE. Qu'est-ce qui peu expliquer cette particularité française? Eléments de réponse avec la sociologue spécialiste des questions d’éducation, Marie Duru-Bellat, auteur de Les inégalités sociales à l’école. Genèse et mythes et Eric Charbonnier, expert à la direction éducation de l'OCDE.

> Comment expliquer la hausse des inégalités scolaires en France?

D'abord ce n'est pas un phénomène nouveau, souligne Marie-Duru-Bellat, qui évoque pour la France des "raisons historiques de culture un peu élitiste". Pour expliquer l'évolution récente, elle cite cependant deux facteurs qui peuvent avoir joué sur la dégradation des performances des élèves les plus faibles, qui sont issus des milieux sociaux les moins favorisés.

C'est d'une part la fin de toute formation des jeunes maîtres, envoyés dans "des zones où personne ne veut aller, sans aucune formation, alors que ce sont des élèves qui ont besoin d'enseignants efficaces. Or les enseignants gagnent de l'efficacité au fur à mesure de leur carrière." Même analyse pour Eric Charbonnier, s'exprimant sur notre antenne, pour qui cette évolution souligne "l'échec de politiques vers les établissements difficiles, les établissements ZEP (Ndlr: zones d'éducation prioritaire)".

Marie Duru-Bellat avance un autre facteur qui peut expliquer la hausse des inégalités: la suppression de la carte scolaire. Pour la sociologue, "cela a contribué à ghettoïser les établissements dans les zones populaires". "Ceux qui avaient les moyens sont partis. On sait que la ségrégation est une catastrophe pour les élèves, parce que les profs sont moins stimulés, les élèves eux-même se stimulent moins", analyse t-elle.

> Comment redresser la barre?

Pour Eric Charbonnier, "les pays qui réussissent bien ont affecté des enseignants expérimentés dans les établissements difficiles, ont développé la formation continue et du tutorat pour les enseignants". Et de citer en exemple le bon élève du rapport Pisa: "à Shangaï, les meilleurs chefs d'établissement, les meilleurs enseignants sont affectés dans les établissements les plus difficiles".

Pour l'expert de l'OCDE, "il faut pour engager tout un ensemble de réformes, réformes des rythmes, formation professionnelle des enseignants, accompagnement des enseignants en début de carrière". Ce sont "des politiques qui ont marché dans des pays comme l'Allemagne, la Pologne, et le Portugal".

Les réformes structurelles engagées par ces trois pays ont des résultats positifs. "En France, on est un peu découragés, note Marie Duru-Bellat. Chaque ministre fait de plus ou moins petites réformes, ou au contraire prétent faire des grandes révolutions, dont on ne voit pas les débouchés".

> La politique menée par le gouvernement Peillon va-t-elle dans le bon sens?

"Revenir sur cette aberration française, d'absence de toute formation des maîtres, cela va tout à fait dans le bon sens", indique Marie Duru-Bellat.

Par ailleurs, note la sociologue, "ce n'est pas anodin de jouer sur les rythmes scolaires, notamment pour les élèves faibles. L'organisation du temps et des maîtres, c'est très important". Eric Charbonnier abonde dans ce sens. Le passage à 4 jours et demi est "une bonne chose" selon l'expert.

Pour Eric Charbonnier, Vincent Peillon a commencé des réformes, mais "il faut aller plus loin". Selon lui, Pisa et les travaux de l'OCDE donnent des éléments aux politiques pour améliorer le système éducatif.

Magali Rangin