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Accès des géants d'Internet aux données scolaires des élèves: un risque de fichage?

(Photo d'illustration d'une classe)

(Photo d'illustration d'une classe) - AFP

Le directeur du numérique pour l'éducation a donné début mai son feu vert à la collecte par les géants du web des données personnelles des élèves. Les syndicats sont inquiets et dénoncent un fichage dénué de tout contrôle.

Votre note catastrophique à l'épreuve de philosophie du bac va-t-elle vous poursuivre toute votre vie? Si, jusqu'à présent, vous pouviez aisément gonfler votre résultat lorsque l'on vous interrogeait sur la question, à l'avenir, cela ne sera peut-être plus possible. Comme le rapporte Le Figaro, le directeur du numérique pour l'éducation s'est dit favorable à ce que les géants du web accèdent aux données scolaires des élèves.

Mathieu Jeandron a en effet adressé un courrier au début du mois de mai dernier à ses délégués académiques dans lequel il assure qu'il n'y a "pas de réserve générale" sur l'usage par les établissements scolaires des "Gafam", c'est-à-dire Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft. Le directeur du numérique pour l'éducation ajoute qu'il n'y a pas de "blocage juridique de principe à la connexion d'un annuaire avec l'un de ces services".

"Quelles informations seront récupérées?"

L'Éducation nationale détient en effet de gigantesques annuaires collectant les notes, appréciations et données concernant les élèves, leur scolarité et leur situation familiale, précise à BFMTV.com Jean-François Clair, responsable du groupe sur les technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement au Snes, le premier syndicat des personnels enseignants du secondaire. Selon le syndicaliste, ce libre accès aux donnés des élèves serait "extrêmement dangereux". 

"Il n'y a pas de cadre légal pour protéger les données. Et il n'y a aucun moyen de savoir quelles informations seraient communiquées et récupérées. Cerise sur le gâteau, il n'y a même pas de gendarme. C'est un coup de canif dans la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés."

C'est, selon lui, déjà le cas avec le logiciel de vie scolaire Pronote, développé par une société privée, particulièrement critiqué par les syndicats pour l'opacité de son fonctionnement, son manque de transparence et le risque de fichage qu'il représente.

"Aucune idée de ce qui pourrait en être fait dans le futur"

Si, selon Jean-François Clair, cette initiative s'intègre probablement au plan numérique pour l'éducation -qui vise à équiper les élèves de tablettes- il s'interroge quant à la remise en cause de la protection des données personnelles. Et craint que "ce qu'il s'est passé dans la scolarité d'un élève" ne ressorte un jour, bien des années plus tard, faisant fi du droit à l'oubli.

"Elles (les données, NDLR) vont partir sur les serveurs d'une société dont on ne saura pas combien de temps elles seront conservées ni l'usage qui en sera fait. Et se baladeront avec le cloud. Pourraient-elles être vendues? Avec les progrès de l'intelligence artificielle, on n'a aucune idée de ce qui pourrait être fait de ces données dans le futur." 

La Commission nationale de l'informatique et des libertés s'est elle aussi montrée frileuse. Elle a réagi le 23 mai dernier, estimant que "compte tenu de la sensibilité des données en jeu", un "encadrement juridique contraignant" était nécessaire, rapporte Le Figaro. De son côté, le ministère de l'Éducation nationale a indiqué à BFMTV.com ne pas souhaiter communiquer tant que "la ligne numérique n'aura pas été précisée".

Céline Hussonnois-Alaya