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Les tablettes à l'école sont-elles vraiment utiles ?

Une élève avec sa tablette en marge d'un cours.

Une élève avec sa tablette en marge d'un cours. - Flickr/Brad Flickinger

200 000 élèves disposent d’une tablette numérique en cette rentrée 2016. Une volonté du gouvernement, qui participe au financement des équipements. Mais ce dispositif ne fait pas toujours l’unanimité quant à son utilité pédagogique.

Les yeux qui brillent. Tous les enseignants vous le diront: les réactions des élèves sont toujours très enthousiastes lorsqu’ils distribuent des tablettes dans leurs classes.

Voilà plusieurs années déjà que certains départements ont pris l’initiative d’équiper leurs établissements scolaires. Mais pour la première fois cette rentrée, le gouvernement a mis la main à la poche afin de contribuer pour moitié aux dépenses des conseils généraux volontaires dans le cadre du plan numérique pour l’éducation. 200 000 élèves et 1 700 collèges sont à l’heure actuelle équipés d’un "équipement individuel mobile" : tablette, ordinateur portable ou PC hybride. Il n'y a aucune recommandation officielle concernant les marques ou le système d'exploitation. Les conseils généraux sont libres de choisir le matériel qu'ils souhaitent et il reste ensuite sa propriété : il n'est que prêté aux élèves. L'Education nationale remet tout de même une liste de préconisations : l'écran ne doit par exemple pas être inférieur à 9 pouces. 

Les tablettes stimulent la créativité des élèves.
Les tablettes stimulent la créativité des élèves. © Flickr/Brad Flickinger

Côté pédagogique, l’Education nationale se garde bien de présenter les tablettes comme un nouvel outil miracle pour mobiliser les élèves. "On ne cherche pas à équiper les établissements pour le plaisir de les équiper, car les tablettes ne sont pas des baguettes magiques", observe Jean-Yves Capul, chef de service du développement du numérique éducatif au ministère de l’Education nationale. "Leur intérêt dépend entièrement de la façon dont les enseignants les intègrent à leurs cours", ajoute-t-il. Toutes les disciplines sont potentiellement concernées : des mathématiques à la littérature, en passant par les langues vivantes et les arts plastiques. Et les enseignants ont carte blanche pour sélectionner applications et contenus... la plupart du temps gratuits faute de budget. Ils pourront aussi bientôt puiser dans un certain nombre de ressources en ligne achetées par l'Education nationale aux éditeurs des manuels scolaires.

Plus pratique qu’un ordinateur

Géraldine Duboz est professeur d’histoire géographie dans un collège du Jura et une pionnière des tablettes à l’école : elle s’appuie sur des iPad Air depuis deux ans pour faire ses cours. Elle intervient même en tant que formatrice numérique auprès de ses collègues. Et son bilan est clairement positif. "Avant, pour accéder à des outils numériques, il fallait réserver la salle informatique et chacun restait coincé derrière son ordinateur durant tout le cours", se souvient-elle. "Les tablettes, au contraire, sont faciles et légères à transporter et elles ne prennent pas de place sur la table. Cela change tout. On peut travailler par petits groupes, faire un cours et s’appuyer dessus quand on veut, parfois seulement quelques minutes sur toute une heure".

On imagine aussi sans peine que la fonction tactile de la tablette apparaît beaucoup plus séduisante aux enfants qu’un clavier ordinateur. Avec l’immense avantage d’alléger le poids des cartables. Ou encore de faciliter l’apprentissage de certains élèves qui souffrent d’un handicap et qui peuvent, par exemple, grossir les caractères ou encore écouter des contenus audio.

Le code a fait son entrée à l'école en cette rentrée 2016.
Le code a fait son entrée à l'école en cette rentrée 2016. © LEON NEAL / AFP

La créativité stimulée

L’iPad Air est ainsi devenu un véritable support pour Géraldine. "Mes élèves peuvent consulter des vidéos, des images ou des textes à leur rythme, de façon plus autonome. Et cela leur permet aussi d’accéder à des ressources plus riches. Faire un cours de géographie ou d’histoire en utilisant Google Earth et les collections de la Bibliothèque Nationale, c’est tout de même sensationnel", s’enthousiasme-t-elle.

Mais ce n’est pas tout. Pour Marie-Astrid Deweerdt, professeur dans un collège du Val de Marne, l’intérêt est aussi de stimuler la créativité des élèves. Diaporamas, capsules ou reportages vidéos, les collégiens apprennent à produire du contenu et enrichissent leurs exposés. "Avec les tablettes, l’élève devient davantage acteur et producteur de son savoir", résume-t-elle.

Inutile avant 15 ans pour les détracteurs

Il se trouve cependant quelques voix discordantes pour contester ce recours massif aux tablettes. Pour commencer, l’étude européenne Pisa sur les élèves et les nouvelles technologies s’était montrée très critique en 2015 sur l’introduction des écrans à l’école. Le texte soulignait alors qu’aucun lien n’avait été prouvé entre les bons résultats scolaires et l’accès à ce type d’outil numérique. Pire, cela pourrait même accentuer l'inefficacité des processus déjà défaillants. Des pays comme l'Espagne ou la Pologne ont ainsi vu le niveau de leurs élèves baisser après avoir introduit des outils numériques dans les classes.

Un argument de poids pour Karine Mauvilly, ancienne enseignante et auteur avec Philippe Bihoux du livre Le Désastre de l’école numérique. Elle pointe aussi d'autres aspects négatifs liés aux tablettes. "On expose davantage les enfants aux écrans, alors même qu’ils sont déjà très sollicités chez eux. Or, cela a des effets sur le développement de leur cerveau et peut altérer la qualité de leur sommeil, comme l’ont déjà prouvé plusieurs études scientifiques", avance-t-elle. Sans compter le coût financier pour la collectivité et l’impact écologique d’un tel équipement, dont la fabrication et le fonctionnement mobilisent des ressources énergétiques. En clair, il y aurait plus d’inconvénients que d'avantages à recourir aux tablettes avant 15 ans.

Pas de quoi faire vaciller l’Education nationale qui tient à ce que la totalité des collégiens soient à terme équipés. Mais pour cela, il faudra aussi convaincre et accompagner la totalité du corps enseignant. Des formations sont d’ores et déjà dispensées. Tant mieux, car dans certains établissements bien dotés, les tablettes sont parfois restées dans les placards…