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Apostasie: pourquoi certains baptisés souhaitent-ils quitter l'Église?

Les demandes de débaptisations sont passées de 50 en 2017 à 100 en 2018. Pour les premiers mois de 2019, déjà 30 courriers ont été reçus par le diocèse de Strasbourg.

Écœurés par les récentes affaires de pédophilie qui ont touché l'Église et par plusieurs propos polémiques du pape François, qui avait entre autres recommandé l'usage de la psychiatrie pour les homosexuels, de plus en plus de Français tournent le dos à la religion catholique. 

Hausse des demandes

Si des chiffres officiels n'existent pas, la Conférence des évêques de France refusant pour l'heure de communiquer à ce sujet, les diocèses reçoivent de plus en plus de demandes d'apostasie. Selon une étude datant de 2008, il y aurait annuellement un millier de ces débaptisations, dont le nom provient du grec ancien et signifie "se tenir à l'écart de".

Interrogé par BFMTV, le père Bernard Xibaut, chancelier de l’archevêché de Strasbourg, confirme cette tendance à la hausse. Dossiers à l'appui, l'homme de foi souligne que les demandes sont passées de 50 en 2017 à 100 en 2018. Pour les premiers mois de 2019, déjà 30 courriers ont été reçus. 

"Il faut bien dire que depuis l’automne les affaires s’enchaînent et les courriers aussi. Je comprends qu’ils soient choqués comme nous le sommes nous-même et dégoûtés au point de partir", assure ce dernier. 

"Apostasie pour tous"

Afin de comprendre les motivations précises de ces apostats, BFMTV est allé à la rencontre de l'un d'eux. Baptisé depuis ses deux mois, Hans n'est pas entré dans une église depuis "qu'il est majeur", selon ses propres dires. Mais ce n'est que récemment qu'il a pris conscience de son malaise face à l'Église. 

"Les dernières affaires touchant l’église catholique m’ont fait réfléchir sur cette appartenance. Il (le pape, ndlr) a défroqué un évêque, il a accepté d'autres démissions, mais pas celle-là", explique-t-il.

Hans fait ici référence à la récente condamnation du cardinal Barbarin à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé plusieurs crimes pédophiles il y a plusieurs années. Lors d'une récente rencontre avec le Saint-Père au Vatican, ce dernier avait proposé sa démission, qui lui avait été refusée par la maison-mère. 

Alors, comme de nombreux autres ex-fidèles avant lui, ce quadragénaire a fait appel au site Apostasie pour tous pour rédiger sa lettre destinée au diocèse. Le postulat de la page est simple: "Ne cautionnez plus les actes de l'Église", peut-on lire en guise d'introduction. Par la suite, plusieurs courriers-types sont mis à disposition par thèmes: avortement, pédophilie, violence...

"Complice de crimes odieux"

Hasard du calendrier ou non, cette volonté de quitter la religion catholique connaît donc un regain nouveau ces dernières semaines. Fin mars, le site Slate était allé à la rencontre de plusieurs apostats.

"Ça me fait plaisir de faire chier l’Église", estimait l'un d'entre eux.

Et les appels à renoncer au premier sacrement se retrouvent également sur les réseaux sociaux. Dernièrement, le hashtag #apostasie a fait des émules et les témoignages se sont multipliés. 

"C'est décidé: je vais aviser mon évêché de naissance afin que soit retiré mon nom sur la liste 'éternelle' des baptisés", estime une internaute, qui dénonce la volonté de l'Église de "rester complice de crimes odieux."
"Après l'attitude ignominieuse du primat des Gaules et la complicité du pape François qui couvre les agissements d’un protecteur de pédo-criminel, je vais à mon tour demander l'apostasie", assure un autre utilisateur de Twitter. 

En revanche, comme le précise de nouveau le père Bernard Xibaut à BFMTV, les noms des baptisés ne vont pas disparaître des registres de l'Église. Tout juste la mention "a renié la religion" sera annotée en marge de l'acte de baptême. 

Déclin de l'Église

De manière plus générale, l'augmentation des débaptisations est-elle également l'une des conséquences d'un déclin de l'Église catholique en France? 

Selon les chiffres officiels, le nombre de baptêmes en France à très nettement baissé depuis 2000, passant de 400.000 à un peu moins de 250.000 en 2016. En ce qui concerne les confirmations, le chiffre baisse également de manière conséquente puisque sur le même laps de temps, elles sont passées de 62.000 à 44.000. 

Un délitement qui se retrouve également au niveau financier, puisque fin 2018, 90% des diocèses étaient "en déficit d'exploitation" soulignait du côté de la Conférence des évêques. Lors des neuf premiers mois de 2018, l'Église catholique a constaté une baisse de 2,2% du "denier", sa principale ressource.

Hugo Septier