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Pédophilie dans l'Eglise: sommet de crise historique au Vatican après les scandales sexuels

Le pape François devant une foule de fidèles à la basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 25 décembre 2018. (Photo d'illustration)

Le pape François devant une foule de fidèles à la basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 25 décembre 2018. (Photo d'illustration) - Vatican Media - AFP

Les patrons des évêques du monde entier, de hauts responsables de l'Eglise et des victimes seront réunis dès ce jeudi et pour 4 jours au Vatican pour un sommet historique sur les abus sexuels commis par des ecclésiastiques.

C'est un sommet qui se veut historique. De ce jeudi à dimanche, le pape réunit au Vatican la hiérarchie épiscopale de la planète, placée devant ses responsabilités face aux scandales d'agressions sexuelles de mineurs. La rencontre, source de fortes attentes, s'annonce périlleuse.

Seront non seulement présents les présidents d'une centaine de conférences épiscopales de tous les continents, mais aussi les hauts prélats du Vatican, de chefs des Eglises catholiques orientales et de responsables de congrégations religieuses.

Avant de prendre le chemin de Rome, le pape François leur a demandé de rencontrer des victimes d'abus sexuels dans leurs pays respectifs. Quelques victimes sont aussi invitées au Vatican. Une première rencontre entre victimes de prêtres pédophiles et le Vatican a eu lieu mercredi, a confirmé le Saint Siège. "Douze personnes, des hommes et des femmes, provenant de diverses parties du monde et appartenant à diverses organisations, étaient présentes à la rencontre qui a duré un peu plus de deux heures", a indiqué un communiqué du Vatican.

Des exigences très concrètes des victimes

A l'instar de plusieurs commissions d'enquête, les organisations de défense des victimes espèrent des choses bien précises de cette commission: l'inscription dans la loi universelle de l'Eglise de la "tolérance zéro pour les abus sexuels perpétrés par des ecclésiastiques", le renvoi de "tout évêque ou cardinal impliqué dans la couverture d'agressions sexuelles du clergé, et une "définition claire" de l'agression sexuelle sur mineur.

Ces structures souhaitent aussi un "registre public" des prêtres coupables d'agressions, une "commission vérité indépendante au Vatican" rendant publiques les archives de l'Eglise, l'obligation pour "les évêques du monde entier de remettre leurs dossiers à la justice civile pour des enquêtes indépendantes" et la remise en question du célibat obligatoire. 

Luis Badilla, un vaticaniste chilien animant un blog après une carrière à Radio Vatican, parle d'un "moment décisif pour le pontificat". "Nous voulons que cette rencontre se termine avec des choses concrètes", dit-il, en écho à ces associations de victimes.

"Un défi urgent de notre époque"

"Je vous invite à prier pour ce rendez-vous, que j'ai voulu comme un acte de forte responsabilité pastorale devant un défi urgent de notre époque", a déclaré dimanche le pape François, devant la foule des fidèles rassemblés place Saint-Pierre pour la prière de l'angélus.

Car l'événement se veut une prise de conscience collective du phénomène mondial des viols sur mineurs dans les rangs de l'Eglise, alors que beaucoup de pays sont encore dans le déni. Dans certaines régions, les multiples formes de violence contre les enfants et la sexualité demeurent des tabous, d'où la nécessité d'une rencontre "éducative".

"Quelqu'un qui rencontre une fois une victime, entend ses cris à l'aide, ses pleurs, ses blessures psychologiques et physiques, ne peut pas rester comme avant", avance le père allemand Hans Zollner, un psychologue parcourant la planète pour éduquer les épiscopats, et l'un des organisateurs de cette rencontre.

"L'Eglise catholique a été confrontée à ce problème depuis 35 ans", rappelle-t-il, en mentionnant des mesures de prévention mises en place par des épiscopats au Canada, aux Etats-Unis, en Irlande, au Royaume-Uni, en Allemagne ou encore en Australie. "Cela fonctionne: dans tous ces pays le nombre de nouvelles allégations d'agressions sexuelles à l'encontre de prêtres est désormais minimal", assure-t-il.

Mais le père jésuite ne croit pas en une baguette magique faisant disparaître le problème avec de nouvelles lois. Les évêques doivent surtout "arriver à un changement d'attitude", insiste-t-il.

"La crédibilité de l'Eglise est en jeu"

C'est en se sentant épaulés que les chefs des épiscopats peuvent arriver "à un sens de responsabilité commune", analyse le père Federico Lombardi, qui dirigera les débats. "La crédibilité de l'Eglise est en jeu", admet-il.

Le pape a défroqué à point nommé samedi l'ex-cardinal américain Theodore McCarrick, 88 ans, accusé d'abus sexuels il y a près d'un demi-siècle. Une première historique pour "un prince de l'Eglise".

Mais conscient des attentes "surdimensionnées" suscitées par sa courte réunion, le pape a souligné récemment que "le problème des abus continuera". "En résolvant le problème dans l'Eglise par une prise de conscience, nous contribuerons à le résoudre dans la société, dans les familles, où la honte fait que l'on couvre tout", a-t-il ajouté.

En France, le président de la Conférence des évêques de France a fait un spectaculaire mea culpa dans le Journal du Dimanche, dénonçant un "péché collectif" dans la couverture des abus sexuels. "Il existe une vénération de l'Église qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole", a-t-il déclaré, notamment dans "certains familles" a-t-il précisé.

Et les autres religions?

La réunion au Vatican élaborera "des protocoles" car "parfois les évêques ne savent pas quoi faire", a stipulé François. Reste que l'Eglise catholique, l'institution la plus montrée du doigt, est l'une des rares à s'auto-flageller en commandant des enquêtes pour sortir de la crise, à l'instar de l'épiscopat allemand cet automne.

Une bombe à retardement sommeille sans doute pour d'autres pans de société et d'autres religions. La principale église protestante américaine, la Southern Baptist Convention, vient ainsi d'être secouée par un scandale sexuel de grande ampleur impliquant près de 400 pasteurs, bénévoles et éducateurs sur deux décennies.

Liv Audigane avec AFP