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Pédophilie dans l'Eglise: un sommet au Vatican fin février

Le pape François lors d'une prière pour l'année 2018, le 31 décembre 2018 à la basilique Saint-Pierre de Rome.

Le pape François lors d'une prière pour l'année 2018, le 31 décembre 2018 à la basilique Saint-Pierre de Rome. - Filippo Monteforte - AFP

Retraite spirituelle, procès majeurs, grand sommet sur la "protection des mineurs" en février... 2019 s'annonce comme une année charnière pour le Vatican afin d'éliminer les cas de pédophilie et de protection des agresseurs dans l'Eglise.

"Cela ne doit plus jamais se produire. C'est le choix et la décision de toute l'Eglise." C'est par ces mots que le pape François a clos une année 2018 plombée par une vague de révélations et d'accusations d'agressions sexuelles par certains membres du clergé.

"Il doit être clair que face à ces abominations, l'Eglise ne se ménagera pas pour faire tout ce qui est nécessaire afin de livrer à la justice quiconque aura commis de tels délits", a martelé fin décembre le pape argentin. Il invitait aussi "ceux qui abusent des mineurs" à se "convertir et (se) remettre à la justice humaine" et se "préparer à la justice divine".

Et le pape François ne compte pas lambiner. Dès ce début janvier, le souverain pontife a invité les évêques américains à participer à une retraite spirituelle de six jours afin de prier et réfléchir pour trouver comment répondre au mieux au scandale des abus sexuels. Il leur a également intimé d'éviter les calculs "marketing ou stratégiques" pour restaurer la confiance dans l'Eglise.

Les États-Unis ont connu en 2018 deux scandales majeurs de pédophilie au sein du clergé. Mi-août, les services du procureur de Pennsylvanie ont publié un rapport accablant détaillant des agressions sexuelles perpétrées durant plusieurs décennies par plus de 300 prêtres et dont ont été victimes un millier d'enfants. En décembre, la justice américaine a révélé que près de 700 membres du clergé avaient été accusés d'agressions sur mineurs, là aussi sur plusieurs décennies.

Deux procès en janvier et février

Deux procès ayant trait à la pédophilie dans l'Eglise doivent aussi se tenir en ce début d'année. Lundi 7 janvier, le cardinal Philippe Barbarin, comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Lyon. L'archevêque est accusé de "non-dénonciation d'abus sexuels". Cinq anciens membres du diocèse de Lyon sont convoqués comme lui pour ne pas avoir dénoncé des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts en 1991 - des faits pour lesquels le délai de prescription est dépassé.

Après six mois d'enquête et dix heures d'interrogatoire du cardinal par la police, le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite à l'été 2016, mais des plaignants ont lancé depuis une procédure de citation directe devant le tribunal.

Le 4 février, ce sera au tour du cardinal George Pell de comparaître devant la justice civile australienne. L'ancien numéro 3 du Vatican est accusé d'agressions sexuelles qui remonteraient aux années 1970 à 1990. Un premier procès a eu lieu en décembre, dans lequel il a été reconnu coupable par un jury mais dont les Australiens n'ont pu connaître le verdict, en vertu d'une loi locale.

Un sommet au Vatican fin février

Le point d'orgue de la lutte contre la pédophilie au sein de l'Eglise catholique sera en février, avec la rencontre au Vatican des présidents des conférences épiscopales du monde entier. Du 21 au 24 février, environ 180 participants - ecclésiastiques mais aussi experts - discuteront de la "protection des mineurs" et notamment de la responsabilité et de la transparence de l'Eglise en matière de pédophilie.

Le Vatican a nommé récemment quatre proches du pape pour orienter ce sommet majeur, qui vise aussi à sensibiliser certains pays d'autres continents, comme l'Afrique ou l'Asie, qui affirment ne pas être concernés par de tels crimes.

En amont du sommet, le Saint-Siège a appelé les participants à "rendre visite à des victimes d'abus sexuels commis par le clergé dans leurs pays respectifs (...) afin d'écouter de première main les souffrances qu'elles ont enduré".

Les victimes demandent à être incluses au sommet

De leur côté, des groupes militant pour les droits des victimes d'abus sexuels perpétrés par des ecclésiastiques ont demandé mercredi à Chicago à participer au sommet. Deux organisations ont dit avoir envoyé une lettre ouverte au pape François pour être incluses dans les discussions des réformes au sein de l'Eglise.

Les militants ont également demandé que deux cardinaux américains chargés de rôles-clés dans l'événement du Vatican soient écartés parce qu'ils sont soupçonnés d'avoir couvert des abus: Blase Cupich et Daniel DiNardo.

"Nous demandons au pape de faire quelque chose de très simple: mettez à la tête de votre sommet des personnes qui n'ont pas couvert de crimes sexuels contre des enfants. Alors, les survivants et le reste du monde pourraient peut-être avoir une lueur d'espoir", a dit Peter Isely, porte-parole d'une de ces organisations et lui-même une victime de ces abus.
Liv Audigane avec AFP