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Pape François: un pontificat empoisonné par les scandales de pédophilie

Le pape François sur la place Saint-Pierre, le 29 août 2018 au Vatican.

Le pape François sur la place Saint-Pierre, le 29 août 2018 au Vatican. - Alberto Pizzoli - AFP

Alors qu'il était critiqué pour ses atermoiements sur la lutte contre la pédophilie, le chef de l'Eglise catholique, poussé par l'éclatement de nouveaux scandales, a nettement durci ses positions ces derniers mois.

"Éradiquer la culture de l'abus": dans son adresse au "peuple de Dieu", le pape François, s'exprimant sur les scandales pédophiles qui secouent l'Eglise catholique - le dernier en date, révélé en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, concerne 300 "prêtres prédateurs" et plus de 1.000 enfants victimes -, appelle tous les fidèles, clercs et laïcs, à lutter contre ces "atrocités".

Dans cette adresse en forme de mea culpa, traduite en sept langues, le Saint-Père reconnaît les manquements de l'Eglise, estimant "avec honte et repentir" que l'institution catholique "n’a pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies".

"Nous avons trop tardé dans l’application des mesures et sanctions si nécessaires", conclut-il.

Louvoiements

Cette pénitence, faite cinq ans après l'élection de l'évêque de Rome, pourrait marquer une rupture dans la gestion des cas de pédophilie par l'Eglise, qui acterait la fin d'une ère de tergiversation dans les actes, jusqu'alors bien en-deçà de la "tolérance zéro" prêchée par le souverain pontife.

Les démissions successives des membres de la Commission pontificale sur la protection des mineurs ont montré, au sein même des institutions vaticanes, la frilosité du pape sur ce dossier. Malgré la nomination à la tête de cette commission du cardinal O’Malley, prélat connu pour avoir "redressé" le diocèse de Boston après le scandale Spotlight, le Britannique Peter Saunders, l'Irlandaise Marie Collins, puis la Française Catherine Bonnet ont claqué la porte de cette institution.

"Le Vatican et le pape devraient cesser de nous dire combien les abus sont terribles (...). Au lieu de cela ils devraient nous dire ce qu'ils entendent faire pour que les coupables rendent des comptes sur leurs actions. C'est ce que nous voulons entendre", avait écrit sur Twitter Marie Collins, victime d'abus sexuels à 13 ans.

Création d'un tribunal pour juger les évêques ayant couvert des prêtres pédophiles, obligation de signaler des suspicions de violences sexuelles sur mineurs aux autorités civiles, levée exceptionnelle du secret pontifical pour les violences sexuelles sur mineurs, possibilité d'entendre les victimes: autant de propositions de la Commission pontificale restées lettre morte ou appliquées a minima.

Le soutien total de François au cardinal français Philippe Barbarin, primat des Gaules cité à comparaître pour non-dénonciation d’agression sexuelle sur mineurs, avait semé le doute sur la détermination du chef de l'Eglise, tout comme la confiance maintenue à l'Australien George Pell, ministre de l'économie du Vatican, lui aussi mis en cause dans une affaire de pédophilie. 

Récentes sanctions

Depuis, un tournant semble toutefois s'être opéré. Au cours des derniers mois, le pape François a accepté la démission du cardinal Theodore McCarrick, archevêque émérite de Washington accusé d'abus sexuels sur un adolescent, et de plusieurs autres responsables religieux, contraints de démissionner pour leur silence, dont les cardinaux Roger Mahony, à Los Angeles et Bernard Law, à Boston. 

En mai 2018, tous les évêques chiliens ont remis leur démission au pape François, après qu'une mission spéciale du Vatican a révélé les déviances de la hiérarchie cléricale dans la gestion des affaires de pédophilie. Il s'agissait d'une première pour l'Eglise catholique. 

Avec les révélations du bureau du procureur de Pennsylvanie, un nouveau pallier pourrait être franchi dans la libération de la parole au sein de la communauté catholique. Indice de ce changement, le ton du pape François s'est nettement durci dans sa lettre aux fidèles: pour qualifier les affaires de pédophilie, ce dernier ne parle plus de "péchés", mais de "crimes". 

Louis Nadau