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Le cardinal Barbarin condamné à 6 mois de prison avec sursis

Le cardinal Barbarin à l'arrivée de son procès au mois de janvier.

Le cardinal Barbarin à l'arrivée de son procès au mois de janvier. - Jeff Pachoud - AFP

Le cardinal Barbarin a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Lyon de "non-dénonciation" des agressions sexuelles pour lesquelles est accusé le père Preynat.

"Je suis serein, notre objectif c'était de remettre en question la justice et le législateur", disait François Devaux, président de l'association La Parole Libérée. Un but atteint pour cette victime du père Preynat. Loin des réquisitions prononcées par la procureure générale au mois de janvier dernier, la justice a reconnu coupable le cardinal Barbarin pour "non-dénonciation", en 2014 et 2015, d'abus sexuels par ce prêtre lyonnais et l'a condamné à 6 mois de prison avec sursis. Le prélat n'était pas présent à la lecture de ce délibéré rendu par le tribunal correctionnel de Lyon.

"Cette victoire envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu'elles sont entendues, écoutées et reconnues", a félicité François Devaux, le cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée, estimant qu'il s'agissait de "l'aboutissement d'un long parcours pour qu'émerge une prise de conscience". Pour les cinq autres prévenus, le tribunal a considéré que les faits étaient, selon les cas, soit pas constitués soit prescrits et n'a donc pas prononcé de condamnation à leur encontre. Les avocats du cardinal Barbarin ont immédiatement annoncé qu'ils faisaient appel de cette décision.

Un procès sur citation directe

A l'encontre d'un procès qui avait été décrit comme un "acharnement contre un homme", la tenue des débats qui se sont déroulés sur trois jours au début du mois de janvier avaient été salués par le différentes parties. Pendant trois jours en ce début d'année 2019, la présidente de la 17e chambre correctionnelle de Lyon a écouté tour à tour les victimes et les prévenus faisant preuve d'empathie mais aussi pouvant être grinçante. 

Aux côtés de cinq autres personnes, le cardinal Barbarin a comparu pour "non-dénonciation de délit" et "non-assistance à personne en péril" dans le cadre d'une citation directe appuyée par des victimes du père Preynat, un prêtre lyonnais mis en examen pour une centaine d'agressions sexuelles sur des scouts dans les années 80. Quand la cardinal avait-il été mis au courant de ces faits? A-t-il tout fait pour protéger les enfants? Lors de l'audience, la justice s'est étonnée de la légèreté du dossier Preynat retrouvé dans les archives du diocèse mais aussi pour l'absence de réaction immédiate.

"J'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé"

Aux accusations, le cardinal Barbarin s'était défendu de tout crime. "Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu d’erreur mais je ne vois pas de quoi je suis coupable", avait tranché le primat des Gaules. Face au tribunal, il avait accepté de répondre aux questions: de son arrivée en 2002 dans le diocèse, des "rumeurs" qui lui étaient parvenues puis de sa rencontre en 2010 avec le père Preynat qui lui assure n'avoir plus commis d'autres actes répréhensibles depuis 1991. "On m’a reproché de l’avoir cru, s'est indigné le cardinal. C’est une critique très vigoureuse qui m’a été adressée."

"Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles", avait assuré le prélat de 68 ans, expliquant n'avoir appris les agressions reprochées au père Preynat qu'en 2014, quand une victime, Alexandre, se confia à lui. "Jusqu'alors je n'avais jamais entendu pareil récit", avait-il poursuivi, se défendant d'avoir tardé à réagir pour écarté, qu'en 2015, le père Preynat. Une manière d'"éviter le scandale public". "J'ai fait exactement ce que Rome m'a demandé", avait-il conclu pour justifier ce délai dans la prise de sanctions.

Justine Chevalier