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13-Novembre, Nice: quand la douleur devient insurmontable pour les victimes

Survivant du Bataclan, Guillaume Valette s'est suicidé en novembre 2017. La justice pourrait reconnaître que son geste était une conséquence directe de l'attentat, alourdissant de fait le bilan à 131 morts. A Nice, Tahar Mejri a perdu son ex-femme et son enfant lors de l'attaque sur la promenade des Anglais. Il a succombé à son "chagrin", mercredi.

Tous les deux n'ont pas été physiquement touchés par les attentats, mais profondément blessés psychiquement. Guillaume Valette a survécu à l’attaque du Bataclan mais s'est suicidé en novembre 2017. La justice a fait un premier pas pour le reconnaître comme la 131e victime du 13-Novembre. Tahar Mejri, lui, avait perdu sa femme et son enfant au cours de l’attentats de Nice. Il est mort le 12 juin. Tous les deux étaient victimes de stress post-traumatique.

"Conséquence ultime" de l'attentat

Rescapé de la salle de concerts parisienne, Guillaume Valette, ancien analyste dans un laboratoire, avait été admis à la clinique psychiatrique du Val-de-Marne en octobre 2017, toujours traumatisé par l'attaque. Il s'y était pendu dans sa chambre d'hôpital. Les juges d’instruction estiment que le geste de ce jeune homme de 31 ans est bien "une conséquence ultime de l'attentat du 13/11/15". Une décision qui doit être confirmée par la cour d'assises prochainement.

Pour les proches de Guillaume Valette, cette première reconnaissance est un soulagement:

"Depuis le début, ils sont convaincus que le suicide de leurs enfants, ou de leurs frères, est lié à ce syndrome de stress post-traumatique, qu'il avait développé dans les suites de l'attentat et qui est très fréquent chez les victimes d'attentat", nous explique Claire Josserand-Schmidt, avocate des parents et frères du jeune homme.

"Véritable anéantissement"

Tahar Mejri, avait perdu son fils de 4 ans et son ex-femme lors de l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016. Il est "mort de chagrin" mercredi, selon ses proches, a rapporté vendredi l'association Promenade des Anges. "Pour la famille il est mort de chagrin. S'il n'avait pas été musulman, il se serait suicidé", a témoigné Seloua Mensi, coprésidente de l'association d'aide aux victimes Promenade des Anges auprès de l'Agence France-Presse (AFP), avant d'ajouter: "Il n'était pas suicidaire, mais il se laissait mourir, il était tellement vide et attristé."

"La perte d'un enfant peut tellement fragiliser psychiquement et physiquement que la personne ne peut pas lutter. C'est un véritable anéantissement, une mort symbolique", analyse devant nos caméras Lois Rouet, psychologue.

Des manquements dans le suivi médical ?

De son côté, l'avocate de Tahar Mejri pointe du doigt un manque de suivi:

"Le suivi doit être personnalisé, adapté. On doit faire des mises au point afin de se rendre compte si le patient évolue favorablement, retrouve un certain équilibre, retrouve une joie de vivre, ce qui n'était pas son cas", regrette Cathy Guittard.

Une enquête doit encore déterminer les circonstances exactes de sa mort. Son avocate souhaite que Tahar Merji soit reconnu comme la 87ème victime de l'attentat de Nice. De son côté, le maire de Nice, Christian Estrosi, a annoncé que la ville lui rendra hommage le 14 juillet prochain, "comme à toutes les autres victimes".

Esther Paolini