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Vers une quatrième vague? Des sénateurs préconisent la vaccination obligatoire pour les 24-59 ans

La place de la République à Paris accueille pour quelques jours un centre de vaccination contre le Covid-19, qui cible en priorité les coursiers franciliens le 29 juin 2021

La place de la République à Paris accueille pour quelques jours un centre de vaccination contre le Covid-19, qui cible en priorité les coursiers franciliens le 29 juin 2021 - MARTIN BUREAU © 2019 AFP

Les sénateurs expliquent s'être concentrés sur "la seule stratégie dont les pouvoirs publics disposent pour assurer un endiguement efficace d’un éventuel rebond" à l'automne.

"Agir maintenant pour limiter l'impact". Dans un rapport d'une mission d'information sénatoriale sur l'épidémie de Covid-19 daté de jeudi, des sénateurs s'alarment de l'arrivée potentielle d'une quatrième vague en septembre en France et proposent, pour y remédier, la mise en place d'une "obligation vaccinale, dans un premier temps, vers les seules classes d'âge intermédiaires" des 24-59 ans.

"La mission s’est concentrée sur la seule stratégie dont les pouvoirs publics disposent pour assurer un endiguement efficace d’un éventuel rebond: le levier vaccinal, combiné à une politique volontariste de dépistage", est-il écrit.

"La simple incitation ne suffira pas à atteindre les taux requis"

L'importance de la vaccination pour lutter contre le Covid-19 a été soulevée à plusieurs reprises, notamment avec l'arrivée du variant Delta en France, 60% plus contagieux que le Alpha, et potentiellement plus virulent. Dans des projections publiées lundi, l'Institut Pasteur écrit qu'avec une couverture vaccinale de 30% chez les 12-17 ans, à 70% chez les 18-59 ans, et à 90% chez les plus de 60 ans, "cet automne, un pic d’hospitalisations important est possible en l’absence de toute mesure de contrôle de l’épidémie". Ce sachant que les chiffres de la vaccination sont bien en-dessous actuellement.

Expliquant que dans ce scénario, "une personne non-vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le SARS-CoV-2 qu’une personne vaccinée", les chercheurs écrivent que "parmi toutes les mesures étudiées, la vaccination des non-vaccinés est l’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie".

C'est en s'appuyant sur ces modélisations que les sénateurs ont rendu leurs conclusions. Evoquant "une défiance envers la solution vaccinale", la mission "constate que la progression actuelle de la couverture vaccinale des différentes classes d’âge indique clairement que la simple incitation ne suffira pas à atteindre les taux requis pour se passer de restrictions à l’automne prochain". En ce sens, selon eux, l'obligation vaccinale doit être étudiée.

Pourquoi les moins de 60 ans?

Pour expliquer le choix de cette tranche d'âge, en partant des modélisations de l'Institut Pasteur, les sénateurs écrivent que "l’immense majorité (plus de 90%) des personnes infectées par une forme de la Covid-19 sont des personnes âgées de moins de 60 ans", mais aussi que "près de 60% des infections à la Covid-19 [sont] dues à un individu de moins de 18 ans et près de 40% à un individu âgé entre 18 et 60 ans".

Or, comme l'a remarqué le journaliste Vincent Glad, ces conclusions à partir des graphiques sont erronées.

En effet, les graphiques sur lesquels s'appuient les parlementaires sont des projections où s'appliquent différents taux de vaccination (le 30%/70%/90%) selon les tranches d'âges. En ce sens, il est normal que sur le dessin, les plus de 60 ans soient beaucoup moins infectés que le reste de la population car ils sont censés être vaccinés à 90%. Ou dans le même temps, que les tranches d'âges inférieures à 60 ans soient plus contagieuses, c'est parce qu'elles sont moins vaccinées dans cette projection.

Part des infections et des hospitalisations selon les tranches d'âge et le statut vaccinal, considérant un R0 de 4 et une proportion de vaccination 30% / 70% /90% chez les 12-17, 18-59 et plus de 60 ans
Part des infections et des hospitalisations selon les tranches d'âge et le statut vaccinal, considérant un R0 de 4 et une proportion de vaccination 30% / 70% /90% chez les 12-17, 18-59 et plus de 60 ans © Institut Pasteur

D'après les données de Geodes, le virus circule actuellement davantage chez les moins de 60 ans qui sont, pour rappel, moins vaccinés en proportion que leurs aînés. Selon les dernières données, le taux d'incidence chez les 10-17 ans est de 25,6 pour 100.000 habitants, alors que la moyenne nationale est à 18,9. Il est au plus fort chez les 20-29 ans, avec un taux de 35,9, puis plus la tranche d'âge augmente, plus il diminue, et passe sous la barre des 10 après 60 ans.

Pourquoi les plus de 25 ans?

Pour expliquer la limite d'âge basse de cette partie de la population sélectionnée (24-59 ans), les sénateurs parlent de "chiffres encourageants concernant le nombre de personnes de moins de 24 ans ayant déjà reçu une première dose de vaccin (58%)". Il n'est pas précisé d'où vient ce chiffre, mais il ne correspond pas aux données actuelles.

La plateforme Vaccin Tracker notait ainsi qu'au 28 juin, 41,6% seulement des 18-24 ans avaient reçu une première dose. Les données concernant les 12-17 ans sont elles encore faibles, notamment parce que la vaccination leur est ouverte depuis peu. Il est donc logique de penser que le taux de vaccination dans cette tranche d'âge est bien en dessous des 58%, et même des 41%.

Dans le cadre de ses projections, l'Institut Pasteur note que "du fait d’une couverture vaccinale faible, les enfants et adolescents représentent à peu près la moitié des infections alors qu’ils couvrent seulement 22% de la population. Par ailleurs, ils sont à l’origine d’à peu près la moitié des transmissions".

Pour palier la circulation du virus chez les plus jeunes, les sénateurs recommandent de "lancer dès la rentrée une stratégie ambitieuse de dépistage en milieu scolaire". "Une politique de dépistage volontariste constituerait un complément efficace à la vaccination comme mesure d’endiguement de la quatrième vague à venir, sans pour autant menacer l’assiduité scolaire", expliquent-ils.

La vaccination obligatoire sur la table

Toujours dans le cadre de la vaccination, les sénateurs proposent également de mettre en oeuvre une politique du "aller vers", pour pouvoir atteindre toutes les populations, notamment les plus touchées. Il est également préconisé de "relancer la stratégie 'tester/tracer/isoler' permettant véritablement de remonter les chaînes de transmission".

Les sénateurs souhaitent, pour étudier ces questions et empêcher un rebond épidémique en septembre, "la saisine en urgence du Haut Conseil de la santé publique et de la Conférence nationale de santé".

La possibilité d'un vaccin obligatoire a été plusieurs fois mise sur la table à l'arrivée du vaccin en France, mais a à chaque fois été écartée. Elle est depuis peu de nouveau envisagée par le gouvernement, selon les informations de BFMTV jeudi. Jean Castex envisage en effet de potentiellement l'appliquer aux soignants à la rentrée, et pourquoi pas "plus largement".

Alors que moins de 50% de la population française se disait favorable à la vaccination cet hiver, dans un sondage Odoxa-Backbone consulting publié ce jeudi pour franceinfo et Le Figaro, 58% des sondés se sont dits favorables à une vaccination obligatoire. Selon les derniers chiffres ce jeudi, 50,6% de la population française a pour le moment reçu au moins une première dose de vaccin, et 34,5% présente un schéma vaccinal complet.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV