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Une 4e vague possible? Les scénarios de l'Institut Pasteur si la vaccination ne décolle pas

Une infirmière prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNtech le 31 mai 2021 à Garlan, dans le Finistère, en France

Une infirmière prépare une dose du vaccin Pfizer-BioNtech le 31 mai 2021 à Garlan, dans le Finistère, en France - Fred TANNEAU © 2019 AFP

"Un certain niveau de contrôle de l’épidémie pourrait être nécessaire cet automne", si la population n'est pas assez vaccinée, notent ainsi les chercheurs dans leurs dernières projections.

"Cet automne, un pic d’hospitalisations important est possible en l’absence de toute mesure de contrôle de l’épidémie" de Covid-19, met en garde l'Institut Pasteur, dans une nouvelle modélisation mise à jour ce lundi.

Dans leurs projections, les chercheurs ont évalué l'évolution possible de la situation sanitaire cet automne, avec l'arrivée de variants plus contaminants, comme le Delta. Ils ont aussi intégré dans leur "scénario de référence" l'impact d'une couverture vaccinale limitée ne permettant pas l'immunité collective avec seulement 30% des 12-17 ans vaccinés, 70% des 18-59 ans et 90% des plus de 60 ans.

Dans ce cas de figure, avec "un nombre de reproduction de base R0=4", "un pic d’hospitalisations comparable au pic de l’automne 2020 pourrait être observé en l’absence de mesures de contrôle", écrivent les scientifiques. En ce sens, "un certain niveau de contrôle de l’épidémie pourrait donc être nécessaire cet automne", ajoutent-il.

"Les personnes non-vaccinées contribuent de façon disproportionnée à la transmission"

Cette pré-publication s'appuie sur le taux de couverture vaccinale et ses conséquences sur la diffusion de l'épidémie, soulignant que "les personnes non-vaccinées contribuent de façon disproportionnée à la transmission: une personne non-vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le SARS-CoV-2 qu’une personne vaccinée".

Ainsi dans le scénario 30%/70%/90%, sans mesures de protection supplémentaires, "les personnes non-vaccinées de plus de 60 ans représentent 3% de la population mais 35% des hospitalisations", notent les chercheurs. Et la couverture vaccinale étant faible chez les enfants et adolescents, "ce groupe représente 22% de la population mais à peu près la moitié des infections". "Par ailleurs, ils sont à l’origine d’à peu près la moitié des transmissions."
Part des infections et des hospitalisations selon les tranches d'âge et le statut vaccinal, considérant un R0 de 4 et une proportion de vaccination 30% / 70% /90% chez les 12-17, 18-59 et plus de 60 ans
Part des infections et des hospitalisations selon les tranches d'âge et le statut vaccinal, considérant un R0 de 4 et une proportion de vaccination 30% / 70% /90% chez les 12-17, 18-59 et plus de 60 ans © Institut Pasteur

À noter que les scénarios modélisés par l'Institut Pasteur prennent en compte un taux de vaccination potentiel au 1er septembre prochain, encore loin d'être atteint: 90% de personnes complètement vaccinées chez les plus de 60 ans, contre autour de 70% actuellement, selon les derniers chiffres des autorités sanitaires - la couverture vaccinale atteint 82,2% pour la classe d'âge la plus vaccinée, les 75/79 ans.

Quant aux 18/59 ans, ils sont bien en-dessous du seuil des 70% de vaccinés: 12,8% pour les 18/24 ans, et seulement jusqu'à 43% pour les 50/59 ans. Ce sachant que la campagne vaccinale ralentit depuis plusieurs jours dans le pays, avec une baisse du nombre de premières doses injectées.

Outre-Manche, les contaminations sont récemment reparties à la hausse, notamment à cause de la propagation du variant Delta. Mais, selon les données britanniques, les personnes les plus touchées par cette mutation sont celles qui ne sont pas vaccinées, ou pas complètement. Sur 60.624 cas de variant Delta identifiés en Angleterre entre le 1er février et le 14 juin, 35.521 ont été recensés chez des personnes non vaccinées - soit 58,5% des cas identifiés, contre seulement 4087 chez des personnes ayant reçu leur deuxième dose il y a plus de deux semaines (6,7%).

Le spectre des restrictions à la rentrée

Si la couverture vaccinale ne s'améliore pas, et qu'aucune restriction n'est prise à la rentrée, les chercheurs prévoient donc un nouveau pic d'hospitalisation à l'automne, qui pourrait s'approcher de celui connu lors de la deuxième vague à l'automne 2020, avec plus de 2500 hospitalisations quotidiennes.

"La situation des enfants et adolescents, qui devraient être peu vaccinés cet automne, est une source d’inquiétude", est-il ainsi précisé dans la modélisation, car "en cas de reprise de l’épidémie, le contrôle de la circulation virale dans les écoles, collèges, lycées pourrait être nécessaire pour diminuer la pression sur le système hospitalier. Cela expose les enfants et adolescents au risque de nouvelles mesures de contrôle en milieu scolaire".

À défaut d'une couverture vaccinale suffisante, l'Institut Pasteur recommande par exemple de mettre en place une politique de dépistage massive pour limiter la propagation. Selon leurs résultats, des tests hebdomadaires réalisés sur au moins 50% de la population non vaccinée de plus de 12 ans "pourraient réduire le pic d'hospitalisations de 27%" avec des autotests, et de 32% "si le test est effectué par un professionnel". Il est toutefois noté que cette méthode est beaucoup plus onéreuse, et moins efficace contre l'épidémie, que la vaccination.

Les chercheurs précisent que "les mesures non-pharmaceutiques ont quasiment le même impact si elles ciblent l’ensemble de la population ou uniquement les personnes non-vaccinées". En ce sens, la question de mettre en place des mesures uniquement pour les personnes non vaccinées est posée, "cela soulève néanmoins des questions éthiques et sociales qu’il est important d’explorer", expliquent-ils.

"Imaginons qu'on ait une vague - ce que je ne souhaite pas - à la rentrée ou à l'automne", "je crois que les Français ne comprendraient pas qu'on soit amenés à se poser la question de refermer les restaurants, les commerces, parce que 20% des Français auraient fait le choix de ne pas se vacciner", a commenté ce mardi matin le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur France Info.

"La vaccination des non-vaccinés reste l’approche la plus efficace"

Afin d'éviter une reprise de l'épidemie d'ici quelques mois, notamment à cause de la circulation de variants plus contagieux, l'Institut Pasteur souligne donc qu'il est "essentiel de maximiser la couverture vaccinale chez les plus fragiles", afin entre autres d'éviter un engorgement des hôpitaux.

"La vaccination des non-vaccinés reste l’approche la plus efficace pour contrôler l’épidémie", insistent les chercheurs.

Il est important de préciser que les données présentées sont des projections qui peuvent être modifiées en fonction de l'évolution de l'épidémie, par exemple de l'arrivée de nouveaux variants. L'Institut Pasteur a ainsi fait ses calculs avec un R0 pouvant aller jusqu'à 5, soulignant qu'il pourrait aller jusqu'à 7 avec le variant Delta. De plus "nous ignorons la dégradation potentielle de l'immunité, qu'elle ait été acquise par infection naturelle ou vaccination", ainsi que la résistance des variants futurs à cette immunité, notent les chercheurs.

Comparaison de l'impact des stratégies de contrôle dans un scénario de référence avec R0=4 et une couverture vaccinale de 30%-70%-90% chez les 12-17 ans, 18-59 ans. et plus de 60 ans.
Comparaison de l'impact des stratégies de contrôle dans un scénario de référence avec R0=4 et une couverture vaccinale de 30%-70%-90% chez les 12-17 ans, 18-59 ans. et plus de 60 ans. © Institut Pasteur
Toutefois, "du fait de la vaccination, l’effort nécessaire pour contrôler un rebond épidémique devrait être nettement moindre que pendant la période pré-vaccinale", rassure l'Institut Pasteur.

Le gouvernement français a regretté ces dernières semaines que le rythme de la vaccination diminue en France. "C'est trop peu, on a fait beaucoup mieux, on doit faire beaucoup mieux", a lancé jeudi dernier le Premier ministre Jean Castex. L'objectif du gouvernement est de passer la barre des 40 millions de primo-vaccinés à la fin de l'été, dont 85% des adultes atteints de "comorbidités" ou âgés de plus de 50 ans, et 35 millions de "schémas complets" d'ici fin août.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV