BFMTV

Vaccination: l'Académie de Médecine recommande de ne pas rallonger le délai entre les deux doses

Des infirmières préparent des vaccins, dans un centre de vaccination à Sarcelles près de Paris, le 10 janvier 2021

Des infirmières préparent des vaccins, dans un centre de vaccination à Sarcelles près de Paris, le 10 janvier 2021 - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

Plusieurs organismes ont autorisé l'élargissement de la période de 21 jours entre les deux doses, délai recommandé par Pfizer/BioNTech. En France, Olivier Véran a proposé jusqu'à 42 jours d'écart.

Alors que la campagne vaccinale contre le Covid-19 est lancée en France, l'Académie de médecine recommande dans un communiqué publié lundi de se "conformer autant que possible au schéma vaccinal prescrit par le fabricant" concernant le délai à respecter entre les deux injections, soit 21 jours pour Pfizer/BioNTech et 28 jours pour Moderna.

Ce délai a dernièrement été élargi par l'Organisation Mondiale de la Santé, mais aussi l'Agence Européenne du Médicament et le Royaume-Uni, notamment afin d'accélérer la campagne de vaccination, et d'immuniser une partie de la population avec la première dose le plus rapidement possible.

Olivier Véran a annoncé jeudi soir, lors d'une conférence de presse, que le rappel allait être décalé "jusqu'à six semaines au lieu de trois". "Le délai d’administration de la seconde dose peut être envisagé entre 21 et 42 jours au vu des circonstances actuelles spécifiques, afin d’élargir la couverture vaccinale des personnes prioritaires", écrit l'Agence Nationale du Médicament dans un communiqué du 7 janvier.

Une immunité qui resterait trop faible

Or, l'Académie de Médecine pointe du doigt plusieurs limites potentielles à ce prolongement de délai entre les deux doses. Elle explique que, si le laboratoire BioNTech a bien écrit que l'efficacité de son vaccin était de 52% après la première dose, (95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours), il "ne garantit pas un taux d’efficacité aussi élevé si la seconde injection est différée au-delà".

Toutefois, elle rappelle sur ce sujet que "l’expérience acquise en vaccinologie montre que l’administration tardive d’une injection de rappel ne compromet pas son efficacité puisqu’elle est généralement suivie d’une ré-ascension rapide du titre d’anticorps et d’un renforcement durable de l’immunité protectrice".

"Moi je soigne des patients qui reçoivent des immunoglobulines, les consignes sont qu’on doit recevoir l’injection toutes les trois semaines, de temps en temps ça dépasse et sous surveillance on peut y arriver, à condition de ne pas aller trop loin", expliquait vendredi sur BFMTV-RMC Alain Fischer, immunologue et coordinateur de la stratégie vaccinale en France. "Pour le vaccin, ce sera la même chose. Il faut un cadre strict, il ne faut certainement pas aller au-delà de six semaines et être vigilant sur cette question."

Les "anticorps facilitants"

Ce qui semble inquiéter davantage l'Académie de Médecine, c'est le sujet des "anticorps facilitants", c'est-à-dire quand l'organisme produit des anticorps contre un virus qui ne vont pas s'avérer protecteurs en cas de réinfection, mais plutôt faciliter l'entrée du virus. Ce procédé a été étudié avec le virus de la dengue, Zika ou encore Ebola, et peut s'observer avec la vaccination.

Le magazine Sciences et Avenir s'était fait le relai des inquiétudes de certains scientifiques dès juillet à ce sujet. "Les données de l'étude sur le SARS-CoV et d'autres virus respiratoires suggèrent que les anticorps anti-SARS-CoV-2 pourraient exacerber le COVID-19 par des anticorps facilitants", écrivaient des chercheurs dans le journal scientifique Nature en septembre.

"Le risque individuel d’aggravation par 'anticorps facilitants' doit être évoqué quand l’infection survient chez une personne ayant un faible taux d’anticorps neutralisants, le report de la deuxième injection prolongeant cet état de réceptivité accrue", écrit l'Académie de Médecine.

Ne pas "excéder un dépassement de 3 semaines"

Selon l'institut, "au plan collectif, l’obtention d’une couverture vaccinale élargie, mais fragilisée par un faible niveau d’immunité, constituera un terrain favorable pour sélectionner l’émergence d’un ou de plusieurs variants échappant à l’immunité induite par la vaccination".

En ce sens, l'Académie de Médecine recommande "de ne différer l’injection de la seconde dose que si les circonstances l’exigent (manque de doses disponibles) et sans excéder un dépassement de 3 semaines". L'élargissement du délai devra également être réservé au moins de 50 ans et ne présentant pas de risques de développer une forme grave du Covid-19.

Il est également demandé de "prescrire un renforcement des mesures barrières pour que toute personne vaccinée évite d’être infectée avant l’administration de la seconde dose" et "d’évaluer l’impact de cet élargissement sur l’augmentation du nombre de personnes primo-vaccinées chaque semaine".

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV