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Hydroxychloroquine: ce que disent les dernières études sur son efficacité contre le Covid-19

Des tablettes d'hydroxychloroquine et de chloroquine

Des tablettes d'hydroxychloroquine et de chloroquine - GERARD JULIEN / AFP

Traitement supposé contre le Covid-19, l'hydroxychloroquine est sujette à de nombreuses critiques, mais fait aussi l'objet de nombreuses études, afin de déterminer son efficacité, ou sa dangerosité, contre le coronavirus. Or à ce jour, aucune étude ne semble assez complète pour donner des conclusions entièrement fiables sur son utilisation.

L'hydroxychloroquine (HCQ) connaît depuis fin février une notoriété inédite depuis que le Pr Didier Raoult, de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée-Infection à Marseille, a relayé une étude chinoise, peu détaillée, affirmant que le phosphate de chloroquine montrait des signes d'efficacité chez des malades du Covid-19.

Dépassant largement le terrain politique, l'hydroxychloroquine est devenue un sujet de débat public et politique très médiatisé, suscitant des discussions enflammées en famille et dans les médias et de féroces empoignades sur les réseaux sociaux, au sujet de son efficacité, ou non, contre le coronavirus.

  • Pas d'étude concluante sur l'hydroxychloroquine

Car c'est là toute la question. L'hypothèse d'une action de ces molécules contre le nouveau coronavirus vient du fait que leurs propriétés antivirales ont montré in vitro ou sur des animaux et sur différents virus, des résultats parfois positifs. Des études ont aussi montré des effets in vitro sur le SARS-Cov2 mais bien souvent, des résultats scientifiques in vitro ne se retrouvent pas in vivo chez l'homme.

Pour ce qui est d'une efficacité sur l'homme contre le SARS-Cov2, il n'y a pas de consensus scientifique, faute de recul suffisant et d'études menées selon les règles habituelles: randomisation (patients choisis par tirage au sort), "groupe témoin" (des patients reçoivent le traitement, d'autres non), "double-aveugle" (patients et médecins ne savent pas qui a pris le traitement et qui a reçu le placebo). La plupart de ces études sont, qui plus est, menées sur un nombre restreint de patients.

"Le problème c'est que pour savoir si cela marche vraiment, ou si c'est l'évolution spontanée de la maladie qui fait qu'on guérit, il faut des études avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de patients, pour que cela ressorte, que cela soit significatif. Et c'est cela qu'on n'a pas comme réponse aujourd'hui", explique ce mardi Alain Ducardonnet, cardiologue et consultant santé BFMTV.

Enfin, une étude doit être publiée dans une revue scientifique après relecture critique et validation par d'autres scientifiques, indépendants de ceux qui ont mené les tests. A ce jour, il n'y a pas d'études qui remplissent tous ces critères à la fois et beaucoup contiennent des biais méthodologiques, plus ou moins importants.

  • Que disent les études publiées?

Une étude réalisée dans des hôpitaux new-yorkais et publiée au début du mois dans la revue américaine NEJM montre que l'hydroxychloroquine n'a ni amélioré ni détérioré de manière significative la situation de patients en état grave. Deux études récentes, une chinoise et une française, constatent que l'HCQ ne réduit pas significativement les risques d'admission en réanimation ni de décès chez les patients hospitalisés avec une pneumonie due au Covid-19.

Une autre étude, avec des données portant sur 96.000 patients au total, parue vendredi dans la revue The Lancet, conclut que ni la chloroquine, ni l'HCQ, ne se montrent efficaces contre le Covid-19 chez les malades hospitalisés. De plus selon les observations, ces molécules augmentent même le risque de décès et d'arythmie cardiaque.

A la suite de la publication de cette étude, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé ce lundi avoir suspendu "temporairement" les essais cliniques avec l'hydroxychloroquine qu'elle mène avec ses partenaires dans plusieurs pays, par mesure de précaution.

Il s'agit de la "première étude à large échelle" à montrer une "preuve statistique robuste" que ces traitements "ne bénéficient pas aux patients du Covid-19", assure son auteur principal, le Dr Mandeep Mehra. De son côté, Didier Raoult a jugé l'étude "foireuse" car réalisée "par des gens qui n'ont pas vu de patients".

Coté essais cliniques en cours: les CHU d'Angers et de Bordeaux testent l'hydroxychloroquine, tandis qu'une étude menée sur 900 soignants doit évaluer si hydroxychloroquine et azithromycine sont efficaces en prévention.

L'essai européen (Discovery) qui teste quatre traitements dont l'hydroxycholoroquine et qui suscitait beaucoup d'espoir se révèle plus compliqué que prévu, notamment faute de patients. Il ne livrera probablement pas de conclusions avant plusieurs semaines. 

  • Pourquoi les études de Didier Raoult sont-elles critiquées?

Le Pr Didier Raoult a rendu publiques plusieurs études, qui selon lui montrent une efficacité de l'hydroxychloroquine associée à un antibiotique, l'azithromycine. Pour lui, l'urgence sanitaire justifie que l'on donne largement ce médicament. Il prône l'administration de cette bithérapie dès les premiers symptômes et affirme dans sa troisième étude portant sur plus de 1000 patients qu'après 10 jours, plus de neuf sur dix (91,7%) n'avaient plus de charge virale.

Mais ce chiffre, comme celui de la mortalité des patients traités, est comparable à celui observé en cas d'évolution naturelle de la maladie.

Parmi les biais méthodologiques, pointés par d'autres scientifiques: pas de groupe témoin, ce qui empêche de démontrer quoi que ce soit sur l'efficacité de l'HCQ. De plus, 95% des patients traités ne présentaient pas de signe de gravité. Ils auraient donc, comme la plupart des patients, pu guérir spontanément.

  • Quels sont les dangers de la chloroquine?

La chloroquine est prescrite depuis plusieurs décennies contre le paludisme, un parasite véhiculé par le moustique. Son dérivé, mieux toléré, l'hydroxychloroquine, connue en France sous le nom de Plaquénil, est prescrit contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. C'est le plus souvent cette seconde forme qui est testée contre le Covid-19.

La chloroquine surtout, mais aussi l'hydroxychloroquine, sont des médicaments dont les effets secondaires peuvent être importants, voire graves. L'agence française du médicament (ANSM) a particulièrement mis en garde contre les risques cardiaques liés à la combinaison hydroxychloroquine et azithromycine. L'Agence suédoise du médicament a interdit le 2 avril la prescription de chloroquine et hydroxychloroquine dans le cadre du Covid-19, faute de données suffisantes sur leur innocuité.

"On ne peut pas donner un médicament qui a un risque reconnu de façon générale, sans des examens extrêmement spécifiques", tels que des électrocardiogrammes, qui permettent de vérifier de possibles troubles cardiaques, explique Alain Ducardonnet. 

Parce que les connaissances sont trop limitées, l'Agence européenne du médicament, notamment, estime que ces médicaments ne devraient "être utilisés que pour des essais cliniques ou des programmes d'urgence" dans le cadre de protocoles stricts validés dans chaque pays. De même, l'étude récente du Lancet préconise de restreindre ces traitements aux essais cliniques.

Salomé Vincendon avec AFP