BFMTV

De nouvelles restrictions pour contrer le variant Delta? Ce qu'en pensent les soignants

Des médiateurs délivrent du gel hydroalcoolique à des consommateurs le 12 juin 202 à la terrasse d'un bar de Strasbourg après la découverte d'un cluster du variant delta du covid dans une école d'arts de la ville.

Des médiateurs délivrent du gel hydroalcoolique à des consommateurs le 12 juin 202 à la terrasse d'un bar de Strasbourg après la découverte d'un cluster du variant delta du covid dans une école d'arts de la ville. - Frederick FLORIN © 2019 AFP

Alors que plusieurs pays européens comme l'Espagne ou le Portugal font face à une quatrième vague épidémique liée au variant Delta, la France pourrait être amenée à prendre des mesures supplémentaires.

La dernière phase du déconfinement a été amorcée le 30 juin, les boîtes de nuit doivent rouvrir leurs portes ce vendredi, et déjà, le taux d'incidence est en hausse dans onze régions, a indiqué mercredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, s'alarmant d'une possible quatrième vague épidémique "rapide", notamment du fait de la progression du variant Delta, plus contagieux, qui représente plus de 40% des contaminations à ce stade en France.

A l'heure actuelle, les autorités mettent l'accent sur l'incitation à la vaccination. "L'appel désormais aux Français n'est pas 'restez chez vous', mais 'vaccinez-vous'", a résumé mercredi le ministre de la Santé Olivier Véran.

"On a du mal à comprendre pourquoi (la vaccination) n'augmente pas en même temps que le variant Delta", regrettait mercredi sur BFMTV l'infectiologue et cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital parisien Saint-Antoine Karine Lacombe.

"Des décisions fortes sont nécessaires" pour Le Maire

Face à cette potentielle reprise épidémique, le gouvernement n'exclut plus de prendre de nouvelles mesures. Alors qu'un nouveau Conseil de défense sanitaire doit se tenir lundi, plusieurs hypothèses sont sur la table, telles que l'extension du domaine du pass sanitaire, actuellement requis pour les événements de plus de 1000 personnes et à partir de vendredi pour les discothèques, ou encore la vaccination obligatoire pour les soignants ainsi que des mesures de restriction aux frontières.

"Bien sûr que des décisions fortes sont nécessaires, parce qu'on ne va pas menacer l'avenir de notre nation pour les mois qui viennent parce que il y aurait des comportements individuels qui ne seraient pas responsables", a défendu ce jeudi sur BFMTV le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, évoquant le prochain Conseil de défense sanitaire et les "décisions nécessaires" que prendra Emmanuel Macron.

Consensus autour de l'obligation vaccinale des soignants?

Devant l'éventualité d'une quatrième vague, les soignants ne semblent guère se faire d'illusion sur la prise de nouvelles mesures, particulièrement l'obligation vaccinale pour le corps médical, qui trouve grâce aux yeux de nombre d'entre eux.

"La vaccination obligatoire pour les soignants est probablement quelque chose de bien", a estimé Jean-François Timsit, chef du service réanimation et maladies infectieuses de l'hôpital Bichat, ce jeudi sur notre antenne. Et plus largement, le médecin "pense que d'une manière ou d'une autre, un jour, on passera à la vaccination obligatoire" pour le reste de la population.

"Si on refuse de se protéger collectivement par la vaccination, on se protégera collectivement par d'autres mesures, moi je préfère personnellement aller au restaurant et au cinéma et avoir deux doses dans l'épaule", défend Jean-François Timsit.

"Je pense que la France se dirige tout doucement, peut-être très rapidement, vers la vaccination obligatoire pour tout le monde", croyait savoir mercredi l'épidémiologiste Antoine Flahault, sur BFMTV.

"A partir du moment où l'on commence à vouloir restreindre un certain nombre de services, de commerces, de lieux, à des catégories de personnes par rapport à d'autres... La France est trop attachée à son principe d'égalité pour ne pas rendre obligatoire la vaccination", justifie le spécialiste, qui défend par ailleurs la nécessité de "protéger les frontières des zones très à risque".

"Personnellement, je pense que (la vaccination des soignants) doit être obligatoire et je ne comprends pas bien pourquoi on attend", s'impatientait mercredi le virologue Christian Bréchot sur notre antenne.

Rétablir des restrictions passées, judicieux?

En dehors de la vaccination, d'autres mesures pourraient-elles être judicieuses comme la restriction des contacts sociaux, avec par exemple le retour de jauges dans des lieux accueillant du public?

Dans les colonnes du Parisien, Didier Lepelletier met en garde contre un retour en arrière. "Menacer dès maintenant de revenir en arrière serait incompréhensible pour le public", estime le coprésident du groupe de travail permanent sur le Covid-10 au Haut conseil de santé publique (HCSP).

"Revenir aux jauges et au port du masque obligatoire partout au mois d’août serait inaudible. Il faut miser sur la responsabilité de chacun. Le danger, c’est septembre, quand les jeunes, peu vaccinés, vont retourner à l’école ou à l’université et reprendre une activité sociale. Il y aura forcément un rebond en septembre, d’autant que le niveau de vaccination n’est pas terrible", abonde-t-il.

Une majorité de Français pour l'obligation vaccinale générale

Mercredi, Jean-Pierre-Thierry, médecin spécialiste de santé publique, soulignait sur BFMTV "le régime de stop and go" auquel nous sommes soumis "tant que l'on n'est pas à un niveau d'immunité collective suffisant".

"Le brassage de population, notamment lié aux passages transfrontaliers, a accéléré l'épidémie et ça a été assez documenté, ça permet au variant de se diffuser plus vite", a-t-il pointé.

Concernant la vaccination, le médecin, par ailleurs conseiller médical de France Assos Santé, souligne qu'en France, "on a eu depuis le début de la vaccination des obligations vaccinales, et on en a encore en population générale pour les enfants". En effet, depuis 2018, 11 vaccins sont à nouveau obligatoires pour l'entrée en collectivité des enfants nés à compter de cette année-là.

Au sein de la population, l'idée d'une obligation de vaccination contre le Covid-19, pour les adultes et adolescents comme pour les soignants, semble creuser un sillon de plus en plus large.

Selon notre sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, 72% des personnes interrogées se déclaraient favorables à une vaccination obligatoire des personnels médicaux. Et 61% se disaient pour une vaccination obligatoire des adultes et adolescents.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV