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Covid-19: le virus recule en France, mais l'embellie pourrait n'être que temporaire

Les chiffres sont indiscutables. Qu'il s'agisse du taux d'incidence, de celui des hospitalisations ou des admissions en réanimation, tous les indicateurs montrent que le Covid-19 marque le pas dans l'Hexagone. Mais les spécialistes appellent ce mardi soir à la plus grande vigilance.

Sur le papier, il n'y a peut-être pas de quoi se réjouir encore mais la décrue est incontestable. Ce mardi, on compte 27.611 patients hospitalisés à cause du Covid-19 contre 33.000 lors du pic une quinzaine de jours en arrière. On recense encore 3594 personnes alitées en réanimation, mais le pourcentage d'occupation des lits dans ces services était redescendu à 73% lundi.

Une embellie statistique

Intervenant sur notre plateau ce mardi soir, Guillaume Rozier, l'ingénieur fondateur du site de suivi des données liées au coronavirus CovidTracker, a souligné qu'on relevait désormais 9000 nouveaux cas par jour contre près de 50.000 au pire de l'épreuve. Ce taux baisse de 40% d'une semaine sur l'autre, tandis que le taux de positivité des tests n'est plus que de 11%, contre 22% au plus fort de la seconde vague.

Se fondant sur les statistiques nationales consolidées au 27 novembre, on remarque de plus que le taux d'incidence (soit le nombre de personnes infectées dans une région donnée pour 100.000 habitants) décroît partout. La moyenne nationale est dorénavant de 97. Les progrès sont frappants dans certaines zones que le virus a douloureusement frappées précédemment, comme en Île-de-France, où cet indice est jaugé à présent à 85.

Subsistent tout de même quelques poches de résistance de la maladie: en Bourgogne-Franche-Comté, le taux d'incidence est encore de 159 personnes pour 100.000 habitants et de 157 en Auvergne-Rhône-Alpes.

"On a fait le plus dur temporairement"

Dans cette région pourtant, un réel optimisme émerge. Ce mardi soir, le professeur Jean-Paul Stahl, chef du service maladie infectieuses et tropicales au CHU de Grenoble-Alpes, a témoigné sur BFMTV: "La décroissance est tout à fait évidente. A l’hôpital, nous n’avons plus que, si je puis dire, 319 patients hospitalisés au CHU alors qu’on était quasiment à 400 la semaine dernière." "Si les mesures barrières préconisées sont respectées normalement ça doit marcher. La preuve, le déconfinement a marché, le confinement aussi", a-t-il poursuivi.

Cependant, l'épidémiologiste Catherine Hill a douché quelques espoirs devant nos caméras. "On a fait le plus dur temporairement", a-t-elle lâché. Elle a ajouté, en référence à l'allègement du confinement inauguré ce week-end: "Ça va commencer à repartir dans quinze jours. Ça va arrêter de baisser car les gens se promènent, sont allés faire des courses dans les magasins, ils ont fait la queue chez Leroy-Merlin. Ils se sont fait plaisir donc le virus va recommencer à circuler". "Tant qu’on ne testera pas massivement la population on va droit dans le mur", a-t-elle souligné.

Par phases

Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, a quant à lui préféré parler de "ralentissement" dans le nord de la France. S'il partage la prudence de Catherine Hill, il n'en a pas repris les options. "En effet, c’est bien mieux que les semaines précédentes, mais on n’en est pas à des chiffres qui permettraient de se dire qu’on a suffisamment peu de cas dans la population pour commencer un dépistage massif", a-t-il expliqué à notre antenne.

"La pente de décroissance suit les prévisions qu’on avait pu faire, c’est-à-dire une baisse de 30 à 40% par semaine après la quatrième semaine. Mais il faudrait qu’il n’y ait pas de reprise après cette première phase de libération de confinement", a-t-il espéré, avant d'appeler à la responsabilité des uns et des autres lors des retrouvailles familiales et amicales de Noël et du Nouvel An. "Le robinet va être ouvert avec les fêtes de fin d’année: nous, individuellement, on doit maintenir la garde d’autant que la vaccination va s’étaler par phases", a approuvé en studio le professeur Imad Kansau, infectiologue à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart, dans les Hauts-de-Seine.

Dimanche, la Haute Autorité de Santé a plaidé pour une vaccination de la population en cinq phases. Ce mardi, au cours d'un point-presse aux côtés du Premier ministre belge Alexander de Croo, Emmanuel Macron a décrit les opérations à venir. Il a entrevu pour le début de l'année 2021 "une première campagne de vaccination très ciblée, avec des vaccins de première génération" suivant les doses dont la France disposera alors, suivi "d'une deuxième vague entre avril et juin, plus large et plus grand public, allant vers la vaccination du plus grand nombre".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV