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Attentats de Paris: le parcours semé d'embûches des 413 blessés

Les pompiers interviennent près du Bataclan pour évacuer les blessés, au soir des attaques terroristes du 13 novembre 2015.

Les pompiers interviennent près du Bataclan pour évacuer les blessés, au soir des attaques terroristes du 13 novembre 2015. - Dominique Faget - AFP

Six mois après les attentats du 13 novembre, les souffrances physiques et psychologiques perdurent. Et alors que 25 victimes restent hospitalisées, 2.512 nouveaux dossiers ont été déposés auprès du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme de Paris.

Le 13 novembre 2015, des centaines de personnes – de tout âge, nationalité et sexe confondus – sont acheminés vers les hôpitaux parisiens avec des traumatismes que l’on observe habituellement sur les champs de bataille. Au total, 413 blessés ont survécu à cette nuit d’horreur selon un bilan donné par ministère de la Justice à BFMTV.com. Mais si la France est l’un des pays les plus avancés au monde en matière de protection des victimes, qu’en est-il de ces centaines de blessés six mois après les attaques sanglantes du 13 novembre?

Pour les victimes, un long chemin vers la guérison

Le secrétariat d'État à l'Aide aux victimes recense six mois après les attaques 25 personnes hospitalisées sur l'ensemble du territoire. La majorité de ces blessés graves sont soignés en Ile-de-France, à l’Institution nationale des Invalides et l’hôpital d'instruction des armées Percy. Les victimes peuvent y bénéficier de l'expérience du service de rééducation de l’armée.

"Toutes les semaines, je me rends aux Invalides où il y a des blessés graves, des jeunes gens qui ont été amputés. Certains d’entre eux vont devoir se reconvertir professionnellement", explique Françoise Rudetzki, membre du conseil d'administration du Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et autres infractions (FGTI) depuis sa création en 1986.

"Leur reconversion professionnelle sera prise en charge par les organismes sociaux et financée par le FGTI, a-t-elle ajouté. Mais il est encore trop tôt: les victimes sont actuellement concentrées sur leurs soins. Quand il sera temps de penser à leur reconversion, il faudra bien évidemment être à l’écoute des victimes."

La question du logement adapté

Françoise Rudetzki a également indiqué à BFMTV.com que certaines victimes seraient en mesure de quitter l’hôpital mais que leur retour au domicile est rendu impossible, faute d’un logement adapté à leur nouvel handicap. "Certains blessés reçoivent des soins de rééducation mais ne nécessitent pas une hospitalisation à plein temps. Ce sont les attributions de logement accessibles qui ne suivent pas", estime cette dernière, elle-même victime de l’attentat du Grand Véfour de 1983.

"Six mois après, un retour au domicile serait envisageable pour une quinzaine de victimes; c’est pour cela que je demande à la mairie de Paris de leur proposer des logements adaptés (…) Ces personnes pourraient ainsi rentrer chez elles chaque soir, ce qui leur permettrait de retrouver une vie plus facile, plus sociale. Psychologiquement, c’est très important."

28.700.000€ de provisions déjà versés aux victimes

Pas moins de 2.512 dossiers ont été déposés auprès du FGTI à la suite des attaques, et ce nombre ne cesse d’augmenter de jour en jour.

Interviewé par BFMTV.com, Guillaume Clerc, le porte-parole du FGTI, explique que l’organisme qui indemnise, entre autres, les victimes d'actes de terrorisme, a déjà versé 28.700.000€ de provisions aux personnes affectées par les attentats du 13 novembre. "Le FGTI s’applique à donner la meilleure indemnisation possible dans le cadre du droit français. Nous travaillons également avec des juristes pour que cette indemnisation soit attribuée de manière encore plus juste et rapide."

"Dans le cadre du terrorisme, chaque victime est attribuée un référent unique et a un accès direct à un interlocuteur qui lui procure tous les renseignements nécessaires", ajoute le porte-parole. "Nous nous efforçons de rendre la démarche d’indemnisation la moins difficile possible."

L'avis médical attendu

Mais malgré toute sa bonne volonté, le Fonds de garantie doit respecter certains délais prévus par la loi. En effet, pour qu’une indemnisation définitive et un éventuel aménagement coordonné par un architecte ait lieu, il faut que l’état de la victime se stabilise. 

"La date de consolidation – c’est-à-dire le moment à partir duquel il n’y a plus d’amélioration ni de dégradation de l’état de santé de la victime – varie d’une personne à l’autre", détaille Guillaume Clerc.

"C’est uniquement à partir de cet instant qu’un médecin expert est capable d’évaluer le préjudice corporel ou moral d’une victime. Lorsqu'il s’agit de blessés graves, comme lors des attentats de Paris, cela peut prendre un an, voire plus."

"L’Etat sera toujours garant de leur indemnisation"

Par conséquent, l’enveloppe accordée aux victimes par le FGTI ne cesse de grandir. A l’heure actuelle, le Fonds de garantie est financé à 75 % par une contribution de 4,30€ prélevée sur chaque contrat d'assurance de biens en France.

"Nous devons envisager tous les scénarios, notamment celui d’un nouvel attentat d’ampleur, tel que celui que nous avons connu le 13 novembre", a déclaré Juliette Méadel, la secrétaire d'Etat chargée de l’aide aux victimes, ce vendredi à BFMTV.com.

"Les victimes doivent être assurées que, en toutes circonstances, l’Etat sera toujours garant de leur indemnisation", a-t-elle conclu.

Priscilla Perot