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Un communiqué du Parquet financier à double-tranchant pour François Fillon

François Fillon

François Fillon - Sébastien Bozon - AFP

Ce jeudi, le Parquet national financier a déclaré que les éléments recueillis dans le cadre de l'affaire Fillon ne permettaient pas d'envisager en "l'état, un classement sans suite de la procédure". Du côté du candidat, on veut croire que ce communiqué étaient un non-événement, voire une bonne nouvelle pour la campagne. Pour certains observateurs, l'information revêt un caractère plus ambivalent pour le candidat.

Le Parquet national financier a publié ce jeudi un communiqué, après trois semaines d’enquête préliminaire au sujet des soupçons d’emplois fictifs dans la famille de François Fillon. Et pour le candidat de la droite et du centre, ce n’est ni un coup de grâce, ni une libération. "Les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d'envisager, en l'état, un classement sans suite de la procédure", a ainsi déclaré le parquet et en conséquence les investigations vont continuer. Dans un entretien accordé au Figaro, François Fillon a décrit cette publication comme un non-événement: "Il n y a rien de nouveau, ni poursuite, ni mise en examen".

Sur notre antenne, ce jeudi soir, son avocat, maître Antonin Lévy, était sur la même ligne. "Rien de nouveau", a-t-il assuré, avant de poursuivre: "Ça signifie qu’aujourd’hui une mise en examen est impossible. (…) Les enquêteurs n’ont pas les moyens de classer, très bien, ils n’ont pas non plus les moyens de poursuivre".

Sur un plan politique, comment interpréter le communiqué du parquet financier et en quel sens influencera-t-il la campagne de l’ex-Premier ministre? C’est la question qui agite aujourd’hui, non seulement les acteurs évoluant sur la scène politique mais aussi les observateurs. Sur BFMTV, Ruth Elkrief a rappelé que la poursuite des investigations pouvaient bien sûr peser sur la suite de la tentative présidentielle de Français Fillon mais a noté que ce bref communiqué des magistrats laissait planer un doute:

"Des avocats avec lesquels je me suis entretenue depuis ce matin considèrent que c’est un peu étonnant, que c’est rare qu’il y ait cette forme de suspension et que peut-être ce communiqué est une forme de médiatisation de la justice qui n’est pas utile car il aurait mieux valu annoncer une décision claire et nette." 

L’éditorialiste a ajouté que ce flou a quelque chose d’ambivalent pour le camp de François Fillon: "Aujourd’hui, on a un peu de mal à distinguer si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle dans l’entourage de François Fillon. On n’arrive pas à savoir si c’est une forme d’enterrement de l’affaire ou au contraire le début et que ce sera suivi de poursuites et de nouveaux épisodes."

Patrick Stefanini, directeur général du parti "Les Républicains" et personnage-clé du premier cercle du prétendant à l’Elysée, a pourtant su quelle lecture il entendait pour sa part donner à l’information: "Les parlementaires et tous ceux qui attendaient avec appétit une décision judiciaire défavorable pour François Fillon en sont pour leurs frais", a-t-il dit à des journalistes en référence au début de fronde parcourant quelques bancs de la droite de l’hémicycle ces derniers jours.

Selon Mariana Grépinet, journaliste politique de Paris Match qui a fait une apparition sur le plateau de BFMTV ce jeudi, dans l’intimité, François Fillon lui-même voit les choses avec optimisme:

"En privé, il considère que ce n’est pas une si mauvaise nouvelle que ça, que les médias l’avaient déjà mis en examen et renvoyé devant le tribunal et que finalement, pour l’instant, ça n’a pas eu lieu. Et puis, il considère qu’en ayant proposé l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, il reprend la main sur le fond." 

Difficile donc de savoir si la campagne de l’ancien chef de gouvernement se porte mieux depuis cette déclaration de la justice ou si elle en sort au contraire, plus abîmée encore. "Bonne ou mauvaise nouvelle? Il y a du bon et il y a du mauvais du point de vue de François Fillon. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas empêché, il n’est pas disqualifié. Il peut continuer sa campagne et ça évidemment pour lui, c’est l’essentiel," a développé Thierry Arnaud, chef du service politique de notre chaîne, qui a remarqué que désormais la question du calendrier se poserait de manière aiguë.

En effet, à partir du 17 mars, 18h, et du dépôt des parrainages au Conseil constitutionnel, la justice a coutume de respecter une manière de trêve électorale pour ne pas gêner l’élection. Et, justement, dans la perspective de celle-ci, la poursuite d’une enquête demeure un handicap pour François Fillon, a assuré notre journaliste: "La mauvaise nouvelle évidente pour lui, la procédure se poursuit. Et ça veut dire que jusqu’au bout de sa campagne, quelle qu’en soit l’issue, il va continuer à traîner ce boulet."

Robin Verner