BFMTV

Un ancien salarié du MoDem affirme avoir bénéficié d'un emploi fictif

François Bayrou et Marielle de Sarnez, président et vice-présidente du MoDem.

François Bayrou et Marielle de Sarnez, président et vice-présidente du MoDem. - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Un ancien employé du MoDem affirme avoir été employé par le député européen Jean-Luc Bennahmias, mais avoir travaillé au siège du parti.

Le MoDem a-t-il utilisé des fonds européens pour rémunérer des collaborateurs qui travaillaient en réalité pour le parti ? Oui, à en croire le témoignage d'un ancien salarié du Mouvement Démocrate devant la justice mercredi. L'homme, qui souhaite conserver l'anonymat, a signalé au parquet de Paris avoir bénéficié d’un emploi fictif d’assistant parlementaire alors qu’il travaillait au siège du parti, alors qu'une enquête préliminaire sur ces pratiques a déjà été ouverte en mars dernier. 

L’ancien salarié a expliqué au Parisien avoir été embauché par le MoDem avant d’être partiellement détaché auprès du député européen Jean-Luc Bennahmias, mais sans travailler pour lui.

"Je le croisais de temps en temps dans les locaux de l'UDF (ancien MoDem), à Paris, mais comme les autres eurodéputés. J’avais plutôt moins de relations avec lui qu’avec Marielle de Sarnez ou François Bayrou", témoigne l'ex collaborateur.

Jean-Luc Bennahmias aurait pourtant pris en charge une partie de son salaire entre janvier et décembre 2011. Le président du Front démocrate affirme "ne plus bien se souvenir de sa mission".

Un cas parmi d'autres

Selon franceinfo, il ne s'agirait pas d'un cas isolé, mais bien d'un "système" de financement des salaires du MoDem par les rémunérations d'assistants parlementaires. Sur la période 2009-2014, une dizaine de salariés du siège du parti étaient parallèlement collaborateurs des députés européens du parti centriste, présidé par l'actuel garde des Sceaux François Bayrou.

Deux ministres en exercice pratiquaient ce cumul: Sylvie Goulard, actuelle ministre des Armées, avait comme assistant parlementaire le responsable de la formation des élus au sein du MoDem. Marielle de Sarnez, ministre chargée des Affaires européennes, a quant à elle employé pour sa part comme assistantes parlementaires, au statut local, la cheffe de cabinet François Bayrou, le président du MoDem, sa secrétaire particulière et une attachée de presse. 

Pour autant, il n'a pas été prouvé pour l'heure que l'argent européen ait été détourné. Au MoDem, on assure que fonctions et salaires étaient bien cloisonnés.

Un témoignage dans le sens de Lepage

Le témoignage de l'ancien employé du MoDem conforte celui de l'ancienne députée européenne du MoDem Corinne Lepage, à couteaux tirés avec les dirigeants du parti.

"C’est ainsi, écrivait-elle dans un livre paru en 2014, que des assistants parlementaires servent en réalité le parti politique, et non le parlementaire… Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le MoDem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé, en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes, et d’autre part illégal. Le MoDem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire à cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européens."

Un témoignage gênant pour le MoDem et François Bayrou, qui défend une loi de moralisation de la vie politique.

Louis Nadau