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Quand Bayrou voyait en Macron un candidat au service du "pouvoir de l'argent"

François Bayrou a formulé ce mercredi, au cours d'une conférence de presse, une proposition d'alliance à Emmanuel Macron dans le cadre de la présidentielle. Il y a six mois pourtant, sur BFMTV, le président du MoDem plaçait ce dernier dans le sillage de Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn.

C’était le 7 septembre 2016 sur BFMTV. Le ton de François Bayrou, peu de jours après l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron à qui il a proposé une "alliance" ce mercredi, y était particulièrement véhément à l’égard du patron d’"En marche!". Des mois avant le meeting haute technologie de Jean-Luc Mélenchon, le maire de Pau qualifiait Emmanuel Macron d’"hologramme" et enchaînait:

"Ce qu’il y a derrière cet hologramme, c’est une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois de très grands intérêts financiers et autres qui ne se contentent plus d’avoir le pouvoir économique mais veulent avoir le pouvoir politique."

Il comparait Emmanuel Macron à Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn

Dans la phrase suivante, le président du MoDem fustigeait tout à la fois la médiatisation d’Emmanuel Macron, à la télévision ou en Une des magazines, et la vacuité qu’il prêtait à cette démarche: "Posez-vous une question. Pourquoi ces heures et ces heures de télévision en direct, pourquoi ces couvertures de magazines, pourquoi ces pages et ces pages de photographies couleurs autour de sujets, d’histoires qui sont assez vides?"

L’élu centriste avait la réponse à sa question: "Parce qu’on a déjà essayé plusieurs fois. On a essayé en 2007 avec Nicolas Sarkozy, ça n’a pas trop bien marché. On a essayé en 2012 avec Dominique Strauss-Kahn. Ce sont les mêmes forces qui veulent réussir avec Macron ce qu’elles ont raté avec Strauss-Kahn."

La séparation de "l'Etat et de l'argent"

Il s’agissait là, à l’époque, d’un fossé entre lui et l’ex-ministre de l’Economie du gouvernement de Manuel Valls:

"Je ne suis pas pour que le pouvoir de l’argent prenne le pas sur la politique. Toute ma vie, je me suis opposé au mélange entre la décision politique qui doit être d’ordre civique et le monde des grands intérêts, le monde de l’argent. Ce n’est pas mon terrain, c’est le contraire de mon terrain."

François Bayrou ajoutait: "Je suis pour la séparation de l’Etat et de l’argent." Mais c’est bien connu les "contraires" s’attirent et ce mercredi, ils ont même fini par se rejoindre.

A l'issue de la conférence qui vient de le voir renoncer à toute ambition présidentielle, François Bayrou a été interrogé sur cette saillie, ou plutôt ces saillies, contre Emmanuel Macron. Il a renvoyé la journaliste aux "exigences" qu'il a pointées comme préalables à une campagne en faveur de l'ancien protégé de François Hollande: "L'indépendance à garantir entre les forces politiques et les grands intérêts est traité dans le deuxième point de mes exigences."

Cette deuxième condition était énoncée ainsi: "Je demande que le programme d’Emmanuel comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique en particulier concernant les conflits d’intérêt." Par ailleurs, il a assuré qu'il rencontrerait dans "les heures qui viennent". 

Robin Verner