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Présidents - Premiers ministres: des histoires qui finissent mal?

Le président Emmanuel Macron doit annoncer ce lundi matin le nom de son Premier ministre. Un choix compliqué d'autant que les relations entre présidents et Premiers ministres ont souvent été tumultueuses sous la Ve République.

Présidents, Premiers ministres: des histoires qui finissent mal? Au lendemain de son investiture, le président de la République dévoilera ce lundi le nom de son Premier ministre, avant d'annoncer la composition de son gouvernement. Le choix est capital pour Emmanuel Macron, qui compte bien consolider son camp et former des alliances en vue des législatives. Mais la nomination d'un Premier ministre n'est pas seulement stratégique, elle doit aussi être subtile tant les relations entre les deux tenants du couple exécutif ont été marquées par les désaccords et les rivalités ces cinquante dernières années. 

> VGE - Jacques Chirac: des rancunes et une démission

Le 25 août 1976, pour la première fois depuis le début de la Ve République, un Premier ministre claque la porte. Jacques Chirac, nommé chef du gouvernement par Valéry Giscard d'Estaing en 1974 quitte Matignon, expliquant lors d'une conférence de presse:

"Je ne dispose pas des moyens que j'estime, aujourd'hui, nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre.

Pourtant, lors de l'élection présidentielle de 1974, Jacques Chirac avait choisi de soutenir le candidat centriste, quitte à tourner le dos à son parti, l'UDR. Mais Valéry Giscard d'Estaing n'a pas caché son dédain à l'égard de celui qui deviendra plus tard président à son tour. En 2009, à l'occasion de la publication de ses Mémoires, dans lesquelles il revient sur son inimitié avec VGE, Jacques Chirac se confie sur Europe 1 et révèle que ce dernier ne lui a laissé le choix "que d'une personnalité [pour former son gouvernement], Simone Veil".

Ces débuts compliqués laisseront des traces. Tout comme un séjour balnéaire qui n'a cessé d'alimenter la chronique politique. En juin 1976, le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, convie son Premier ministre Jacques Chirac et son épouse Bernadette au fort de Brégançon, pour le week-end de la Pentecôte. Alors qu'il arrive sur son 31, pensant aborder des sujets sérieux, le couple présidentiel le reçoit en présence de leur moniteur de ski. Selon le récit de Jacques Chirac, Valéry Giscard d'Estaing s'est "fait servir à table le premier" et ses invités ne se sont vu offrir que "de simples chaises" pour s'asseoir "quand le couple présidentiel occupe deux fauteuils". L'ancien président VGE contestera plus tard cette version, exhumant un petit film tourné par un de ses proches lors de ce fameux week-end. Pourtant, l'événement fut décisif pour Jacques Chirac, qui annoncera son départ deux mois après. 

> La lutte fratricide entre Mitterrand et Rocard

Deux socialistes, deux rivaux. Pendant plus de trente ans, Michel Rocard et François Mitterrand se sont affrontés dans leur quête du pouvoir. Cette fois-ci, tout commence avant même la désignation d'un Premier ministre. En 1956, François Mitterrand, alors garde des Sceaux, refuse de gracier les prisonniers algériens, lors de la guerre contre l'ancienne colonie. Michel Rocard ne pèsera pas ses mots, le traitant "d'assassin".

Cet ancien inspecteur des finances intégrera malgré tout le Parti socialiste en 1974, et tentera, en vain, de se hisser à sa tête. Quatre ans plus tard, alors favori des sondages, il défiera François Mitterrand, en lui reprochant son "archaïsme". Lors des élections de 1981, il annonce sa candidature PS pour la présidentielle, devançant la décision de François Mitterrand, chef incontesté du PS depuis 1971. Un mois plus tard, Mitterrand se déclare et Rocard, accusé par les socialistes d'avoir voulu "tuer le père" doit alors se retirer. En 1988, Michel Rocard croit que son tour venu, mais c'est le même scénario qui l'attend.

À la surprise générale, le président Mitterrand le nomme Premier ministre, pour... le faire échouer. Leur relation a souvent été qualifiée de "haine tranquille", à tel point que dans une autobiographie publiée en 2010, Michel Rocard reconnaîtra que ce duo a fait partie "des plus mauvais rapports président/Premier ministre de l'Histoire". Malgré ce désamour, Rocard a tenu bon et sa popularité n'a pas faibli. Au début des années 90, il regagne même sa place de chouchou dans les sondages. Il est alors "viré", selon ses propres mots, en 1991.

> François Fillon, le "collaborateur" de Nicolas Sarkozy

Le 17 mai 2007, un jour avant la nomination du gouvernement, Nicolas Sarkozy et François Fillon partagent une heure de jogging ensemble au bois de Boulogne. "On va constituer une équipe très soudée, avec un président qui donne les impulsions et un Premier ministre chargé de la mise en œuvre", promet le lendemain le tout nouveau Premier ministre, François Fillon. Mais l'image d'une équipe soudée s'évanouira bientôt, notamment lorsqu'en août 2007 Nicolas Sarkozy rangera François Fillon au rang de "collaborateur".

"Le Premier ministre est un collaborateur et le patron, c'est moi", lance l'hyper-président, qui reviendra plus tard sur le sens de cette phrase.

Dès la fin de l'année 2007, les rivalités se font savoir. Dans une interview accordée à Europe 1, François Fillon laisse échapper une confidence: s’il ne va pas autant sur le terrain qu’il le souhaiterait, c’est que Nicolas Sarkozy "ne le veut pas". Les tensions s'accentuent à mesure que le président dégringole dans les sondages, tandis que son Premier ministre reste au beau fixe. En 2010, François Fillon avouera dans un ouvrage avoir envisagé à plusieurs reprises de démissionner, du fait de sa relation avec le président, puis pour des raisons de santé. Mais Nicolas Sarkozy l'a toujours refusée.

"Il n'a jamais été mon mentor", a-t-il reconnu lors du remaniement, en 2010.

Quatre ans après avoir quitté le pouvoir, François Fillon a pris en 2016 sa revanche en se présentant contre Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite et du centre. "J'ai été loyal et discipliné depuis la roue a tourné et me voici avec ma liberté et ma volonté de vaincre", lance-t-il alors lors d'un meeting à Sablé-sur-Sarthe le 28 août 2016.

> Hollande - Valls: du gouvernement de "combat" aux passes d'armes 

Le 31 mars 2014, après avoir rendu hommage à Jean-Marc Ayrault, François Hollande annonce l'ouverture d'une "nouvelle étape" avec la nomination de Manuel Valls, assurant qu'il est le candidat idéal pour former un "gouvernement de combat". L'ex-ministre de l'Intérieur veut être loyal, mais ses ambitions présidentielles se font vite savoir. Le 22 octobre 2014, lors de la remise des insignes de grand croix de l'Ordre du mérite à Manuel Valls, François Hollande n'a pas pu s'empêcher de railler le Premier ministre à ce sujet. Dans son discours, il cite avec ironie Georges Clemenceau, l'un des modèles républicains de Manuel Valls: "Clemenceau n'a pas été président de la République, mais on peut réussir sa vie sans être président de la République".

Attentats de Charlie-Hebdo et de l'HyperCacher, puis novembre 2015: malgré les désaccords qui se sont déjà fait savoir depuis la nomination de Manuel Valls, les liens entre les deux hommes apparaissent renforcés face au péril terroriste. Salués pour leur gestion des attentats, ils voient même leur cote de confiance prendre quelques points. 

Mais en octobre 2016, la parution du livre de Fabrice Lhomme et Gérard Davet Un président ne devrait pas dire ça, met le feu aux poudres. Dans l'ouvrage, François Hollande accuse notamment la Justice d'être "une institution de lâcheté". Manuel Valls ne cache pas sa gêne et assure regretter les "débats" lancés par les propos de François Hollande sur les juges, qui, selon lui, nuisent à la vie politique et démocratique. Deux jours plus tard, le Canard Enchaîné révèle que le Premier ministre a lâché de nouvelles piques à l'encontre des confidences de François Hollande, dénonçant un "suicide politique"

Le 26 novembre 2016, les crispations refont surface. Dans le Journal du dimanche, Manuel Valls confie qu'il était prêt à se présenter à la présidentielle alors que François Hollande n'a pas encore renoncé officiellement.

"Je ne le respecte pas et je ne le supporte plus" aurait même confié le Premier ministre en décembre 2016, selon le journal Libération

"Si il y a un traître, quelqu’un qui a flingué Hollande, c’est Valls" analysera Emmanuel Macron dans un documentaire diffusé sur TF1. Reste que cette stratégie ne sera pas gagnante pour Manuel Valls, battu au second tour de la primaire de la gauche face à Benoît Hamon. Depuis 1958, seuls deux premiers ministres ont réussi à se faire élire président de la République.

Maëva Poulet